AU FIL DES HOMELIES

Photos

L'ATTENTE DE DIEU

Is 62, 1-5 ; Ac 13,16-17+22-25 ; Lc 1, 67-79

Samedi de la quatrième semaine d'Avent – A

(24 décembre 1983)

Homélie du Frère Michel MORIN

F

 

rères et sœurs, il faut maintenant cesser d'attendre. Il faut cesser de penser que l'espérance est pour demain. Il faut cesser de veiller puisque, déjà, à l'horizon de notre cœur, les lumières du salut nous illuminent et grandissent. Ne nous occupons plus de notre propre attente.

Je vous propose, ce matin, pour alimenter notre prière, en ces heures préparatoires à la fête de Noël, avant de célébrer l'Incarnation du Christ, je vous propose de vous tourner et d'entrer dans l'attente de Dieu. En ce temps de l'Avent, nous avons beaucoup parlé de l'attente des hommes, de l'attente de l'Église, de cette veille à laquelle nous avons été, de multiples fois, appelés. Je pense qu'il est temps, maintenant d'entrer dans l'attente de Dieu, car s'il y a eu l'Avent de l'Église et des hommes c'est parce que, depuis bien longtemps, depuis bien plus longtemps que notre attente, il y avait celle de Dieu, il y avait le désir de Dieu, il y avait la veille de Dieu qui est éveillé, qui veillait dans la nuit du péché de l'humanité, comme le dit le psaume : "Il ne dort ni ne sommeille, le Gardien d'Israël !" et plus encore quand Israël s'éloigne dans les ténèbres. Et pour alimenter cette prière, pour rejoindre l'attente même de Dieu, nous allons lire ensemble ce texte du Cardinal Jean Newman, cardinal anglais du dix-neuvième siècle. Evidemment, nous pourrions penser que l'Ami dont il est question, c'est Dieu par rapport à nous. C'est une lecture possible, c'est la première. Mais je vous propose de comprendre ce texte dans le sens où l'ami dont il est question, c'est nous par rapport à Dieu. Nous sommes cet ami que Dieu attend, que Dieu espère. Nous sommes cette humanité qu'Il n'a de cesse d'unir à sa divinité pour que, dans cette alliance, nous puissions vivre comme Lui-même a voulu que nous vivions. Vous retiendrez l'une ou l'autre de ces phrases que vous vous murmurez dans l'attente et le cœur de Dieu jusqu'en la vigile de Noël.

"Non seulement voir, mais veiller. Non seulement aimer, mais veiller. Non seulement se donner, mais veiller. Et veiller dans l'attente de quoi ? De cet événement sans mesure, l'advenir du Christ. Savez-vous ce que c'est que d'attendre un Ami? D'espérer qu'il vienne et de souffrir de son retard ? Savez-vous ce que c'est que d'être anxieux d'une chose qui peut arriver ou ne pas arriver ? Ou d'être à portée d'un grand moment qui fait battre votre cœur, quand on vous en parle, et auquel vous pensez en vous réveillant ?

Savez-vous ce que c'est que d'avoir son amour au loin ? D'attendre de ses nouvelles ? Et de se demander, jour après jour, ce qu'il fait en ce moment ? Et si tout va bien pour lui ? Savez-vous ce que c'est que de vivre pour quelqu'un qui vous est si intimement proche que vos yeux suivent ses regards, que vous lisez dans son cœur, que vous mimez les jeux de ses traits, que vous prévoyez ses désirs, que vous souriez de sa joie, que vous pleurez de sa tristesse, que sa peine vous abat, et que sa réussite devient votre victoire."

Veiller dans l'Avent du Christ est un élan intérieur qui naît de la même source. Et si nous-mêmes nous avons pu veiller dans cet Avent du Christ, c'est parce que nous avons pu nous plonger dans cet autre Avent qui est source, qui est l'attente de Dieu. Cette attente de Dieu ne cesse pas, car si le Christ est venu épouser la chair humaine pour que l'homme puisse devenir Dieu, toute cette chair humaine n'a pas encore été épousée. Il y a encore de nombreux membres du corps qui n'ont pas été intègres à la communion de la vie divine. Il y a encore de nombreux amis de Dieu qui sont loin de Lui et pour lesquels Il souffre. Il y a encore de nombreux amis de Dieu dont Il ignore ce qu'est le fond de leur vie, car cette vie est cachée dans les ténèbres et Lui-même en souffre. Il y a encore beaucoup d'hommes qui n'ont pas vécu cette victoire du Christ et Dieu n'est pas encore victorieux en eux et cette peine abat son cœur.

Frères et sœurs, que ces dernières heures de l'Avent ne soient pas d'abord le nôtre, mais celui de Dieu dont le cœur ne cesse déjà de tressaillir parce qu'Il sait que le Christ vient et parce qu'Il désire que tout homme vienne au Christ. Que notre prière s'unisse à l'attente de Dieu, pour que tous les hommes qu'Il est venu sauver, puissent entrer bientôt dans cette joie de l'Incarnation, puissent comprendre qu'en Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, ils ont toutes leurs raisons de vivre, toutes leurs raisons de croire, toutes leurs raisons de mourir.

 

AMEN

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public