AU FIL DES HOMELIES

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LA FOI DE JOSEPH

Mt 1, 18-24

Samedi de la quatrième semaine de l'Avent – C

(24 décembre 1994)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

I

l y a quelques jours, nous lisions dans l'évangile de saint Luc le récit de l'Annonciation et com­ment l'ange Gabriel faisait savoir à Marie qu'elle concevrait en son sein un enfant par l'action de l'Es­prit Saint. "Comment cela se fera-t-il" disait Marie "puisque je ne connais pas d'homme ?" - "L'Esprit saint viendra sur toi. C'est pourquoi l'être saint qui naîtra sera appelé Fils de Dieu."

Le texte d'aujourd'hui nous dit exactement la même chose en se plaçant du point de vue de Joseph. Joseph constate que son épouse, alors qu'ils n'ont pas encore mené vie commune, attend un enfant. Il est peiné, surpris. Comme Joseph est un homme juste, il veut se séparer d'elle, mais l'ange du Seigneur lui apparaît : "Ne crains pas de prendre chez toi ton épouse, Marie, car ce qui est engendré en elle vient de l'Esprit Saint".

L'enfantement virginal de Jésus par Marie est donc une vérité fondamentale de notre foi puisque dans deux traditions tout à fait indépendantes, Luc et Matthieu, on nous affirme de la même manière que Jésus est né de Marie alors qu'elle n'avait pas encore connu Joseph, alors qu'elle n'avait pas connu d'homme, et que cet enfant était en elle l'œuvre de l'Esprit Saint.

Ne nous laissons pas tromper par le vocabu­laire. On nous dit que Marie était fiancée à Joseph. La signification des mots fiançailles ou mariage n'est pas exactement la même que de nos jours qu'elle l'était autrefois. Ce que l'on traduit par fiancée s'écrit en grec "épousée", mariée, car le mariage connaissait deux temps dans l'Antiquité. Il y avait d'abord le consentement irrévocable par lequel s'unissaient les futurs époux et puis le commencement de la vie commune, de la vie conjugale proprement dite qui était séparé du premier temps par des délais plus ou moins longs. C'est donc alors qu'elle était vraiment l'épouse légale de Joseph, qu'elle avait été donnée à Joseph en mariage, que Marie a été visitée par l'Esprit saint et qu'elle a conçu ainsi Jésus le Fils de Dieu. C'est pourquoi l'ange dit à Joseph : "Ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse," mais une épouse qu'il n'avait pas encore connue, "puisqu'ils n'avaient pas encore mené la vie commune".

C'est donc du point de vue de Joseph que nous place l'évangile de saint Matthieu en cette im­minente attente de Noël. Joseph, comme Marie, est invité par l'ange à la foi.

Joseph n'a aucune preuve, il a seulement la parole, la Parole de Dieu que l'ange lui transmet. Cet enfant que Marie, sa femme, attend, dont il n'est pas le père, cet enfant est l'œuvre de l'Esprit. Et à la diffé­rence de Marie c'est dans un songe que Joseph reçoit cette parole de l'ange qui lui vient de Dieu. Peut-être parce que son nom évoque cet autre Joseph de la Ge­nèse qui lui aussi recevait communication de la pen­sée de Dieu à la manière de songes. Mais il me sem­ble que cela insiste plus encore, dans le cas de Joseph, sur le silence de foi. Le fait que cette parole de Dieu vienne en songe lui donne encore un caractère moins expérimental. C'est véritablement dans l'absolu de la confiance de la foi que Joseph est appelé et invité. Tout, dans son expérience, tout dans les évidences sensorielles semblent dire le contraire, c'est pourquoi d'ailleurs il a non pas douté, mais il a cru sincèrement que Marie attendait un enfant de quelqu'un d'autre que lui et c'est pourquoi il voulait la répudier avec discré­tion et en silence, par estime et par délicatesse pour elle. Et dans ce même silence, sans avoir aucun échange verbal ni avec Marie, ni avec qui que ce soit, dans ce silence de la nuit, pendant un rêve, Dieu lui parle et Dieu lui dit : Crois ! cet enfant ne vient pas d'une intervention humaine, cet enfant est l'œuvre de l'Esprit Saint.

Je ne pense pas que vous ayez vu un film qui a défrayé la chronique, il y a quelque temps "Je vous salue Marie" de Godard. Il y a dans ce film, qu'on a bien à tort vilipendé car il est infiniment respectueux du mystère chrétien et du mystère de Marie, il y a un moment où Joseph approche sa main du sein de sa femme Marie, comme pour vérifier en quelque sorte la présence de cet enfant en elle, puis, au moment où sa main s'approche du ventre de Marie, il a un geste de recul, de délicate attention. Ce n'est pas en tou­chant le sein de Marie, mais c'est dans le silence, c'est dans le respect qu'il retire sa main ce qui est au plan des images une des plus belles manières de parler de la foi qui ne s'appuie pas sur des évidences, sur des preuves ou des démonstrations, mais qui est purement l'acquiescement à une vérité qui nous dépasse.

Je crois que Joseph, comme Marie, et en un certain sens plus encore que Marie, car il était à côté du mystère et non pas envahi intérieurement par l'évi­dence de ce mystère, je crois que Joseph est pour nous le signe, le type même de la foi, de cette foi à laquelle nous sommes invités.

Aujourd'hui encore beaucoup de critiques di­sent que cette génération virginale de Jésus dans le sein de Marie est une chose impossible, et nous som­mes donc, comme Joseph, invités à un acte de foi dans l'inévidence, dans l'inexpérience mais c'est vrai­ment là que se noue notre relation avec Dieu car Dieu nous demande que nous adhérions à sa parole, non pas parce qu'elle est prouvée, non pas parce qu'il y a des arguments scientifiques, non pas parce qu'il y a des évidences rationnelles, mais nous adhérons à sa Parole parce c'est sa Parole, Parole de Dieu, Parole vivante, Parole de vérité et que cela suffit.

Alors, au moment d'entrer dans le mystère de Noël, comme Joseph, acceptons de vivre dans la foi ce mystère, dans une infinie confiance et une absolue adhésion à ce que Dieu veut pour nous, à ce que Dieu veut nous communiquer.

 

AMEN

 

 

 
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