AU FIL DES HOMELIES

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LE NOM

Is 63, 15-64,3 ; Lc 1, 57-66

Vendredi de la quatrième semaine d'Avent – A

(23 décembre 1983)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

P

 

armi les évènements qui nous introduisent directement à Noël, à la venue de Dieu parmi nous, il y a après l'Annonciation à Zacharie, après l'Annonciation à Marie, après la Visitation de Marie à Elisabeth et son Cantique d'action de grâces, il y a, et nous la célébrons aujourd'hui, la naissance de Jean-Baptiste, le fils annoncé, promis à Zacharie, le fils donné à Elisabeth, lui qui avait exulté de joie dans le sein de sa mère, quand Jésus Lui-même dans le sein de Marie, était venu lui rendre visite et le remplir de l'Esprit Saint.

Dans ce récit de la naissance et de la circoncision de Jean-Baptiste, tout est centré sur le nom de cet enfant. Ce nom n'est pas celui que les voisins, que la coutume auraient donné à cet enfant, le nom de son père. C'est un nom qui vient de Dieu car l'ange Gabriel avait dit à Zacharie dans le Temple : "Dieu te donnera un fils, tu l'appelleras du nom de Jean". Zacharie devint muet à cause de son incrédulité devant la promesse de Dieu, mais quand on l'interrogera au sujet de l'enfant, il écrira sur la tablette : "Son nom est Jean !" Elisabeth elle-même avait été instruite par l'Esprit Saint du nom que Dieu donnait à son fils.

Il est très important de comprendre ce que veut dire ce nom qui nous vient de Dieu. Pour nous le nom est simplement un moyen commode de désigner quelqu'un, de repérer un individu. Il figure sur les registres de l'état civil et sur notre carte d'identité. Mais pour les hébreux, le nom avait une signification bien plus profonde. D'abord, le nom était la manifestation de l'être profond, de la personnalité profonde qui réside à l'intime du cœur de chacun. Connaître le nom de quelqu'un c'était avoir accès à son secret, à son mystère, à son être. Le nom était le signe, le symbole qui permettait d'entrevoir, de pressentir, d'approcher comme à tâtons cette réalité mystérieuse mais intime, réelle, profonde d'un être. C'est pourquoi, quand un nom est donné par Dieu Lui-même, cela veut dire que Dieu façonne cet être profond, qu'Il met la main à la personnalité de celui qu'Il désigne ainsi par un nom choisi par Lui. Et si, pour la plupart d'entre nous, notre nom a été choisi par nos parents, souvent pour des raisons anecdotiques, d'euphonie, de sonorité ou des images qu'il leur rappelle, il y a pourtant un mystère de notre nom dont il nous est parlé dans l'Apocalypse, ce nom nouveau qui n'est peut-être pas un autre nom que celui qui nous a été donné mais ce nom renouvelé, devenu nouveau parce qui pris en charge par Dieu, parce que prononcé par la bouche de Dieu. Dieu nous appelle par notre nom comme lors de sa résurrection Il appellera Marie, et c'est là qu'elle le reconnaîtra, Marie-Madeleine. Ce nom, passant par la bouche de Dieu devient la définition profonde de notre réalité, de notre être. Quand Dieu nous appelle par notre nom, ce nom devient un nom nouveau, ce nom est la résurrection de notre être profond, il est la transformation profonde de notre vie, il est le point par où Dieu a accès à notre personnalité profonde pour la restaurer, pour la recréer, pour la transformer à son image et selon son bon plaisir, son amour.

Ce qui s'est passé de façon merveilleuse pour Jean-Baptiste, puisque c'est Dieu en personne qui, par la bouche de l'ange, a choisi son nom, se passe aussi, d'une certaine façon, pour chacun d'entre nous. Chacun d'entre nous est nommé par Dieu, appelé par Lui. Chacun d'entre nous est unique aux yeux de Dieu parce qu'Il nous connaît par notre nom, c'est-à-dire qu'Il nous connaît par le secret profond de notre être, et ainsi Il nous transforme et nous renouvelle.

D'autre part le nom de Jean que Dieu avait choisi pour le Baptiste, ce nom signifie : "Dieu fait grâce !" C'est toute une définition, à la fois du rôle de Jean-Baptiste et de l'action de Dieu à l'égard de chacun d'entre nous. D'une certaine façon, nous devrions tous nous appeler Jean car pour chacun de nous il est vrai que "Dieu fait grâce !"

Dieu fait grâce, c'est-à-dire Dieu vient à notre rencontre gratuitement. Dieu ne répond pas seulement à notre appel. Dieu prévient notre cri et notre appel. Dieu ne répond pas seulement à nos demandes ou à nos désirs. Ce que Dieu nous donne c'est "ce que l'oreille n'a pas entendu, ce que l'œil n'a pas vu, ce qui n'est pas monté au cœur de l'homme", ce que nous ne sommes ni capables de désirer ni même d'imaginer. La grâce de Dieu c'est cela. C'est ce don tellement gratuit qu'il déborde de toutes parts ce que nous pouvons imaginer, désirer, concevoir, attendre. Dieu est bien plus profond que notre attente. Dieu nous donne des biens infiniment plus vastes que ce que nous aurions pu désirer et vouloir. Dieu nous fait grâce. Dieu est la grâce, le don parfaitement gratuit qui dépasse toute imagination et tout désir.

Frères et sœurs, si chacun de nous, nous sommes appelés par notre nom, si chacun de nous, nous nous appelons Jean, parce que "Dieu nous fait grâce et nous recrée gratuitement, il y a des moments où, peut-être cette grâce se fait plus intense. En ces jours de Noël, où Dieu va renaître en notre cœur, où Dieu va, d'une façon plus particulière, venir en nous, prendre possession de notre cœur et de notre être, il est plus vrai que jamais que Dieu nous fait grâce et que Dieu nous recrée, et que nous sommes de nouveau, appelés par Dieu, par notre nom.

Aujourd'hui, parmi notre communauté chrétienne, un jeune homme, Gilles, va recevoir pour la première fois le corps et le sang de Jésus. Pour lui, c'est une rencontre nouvelle avec Dieu. C'est une manière merveilleuse de célébrer Noël puisque ce Dieu qui est venu, qui viendra et qui ne cesse de venir, ce Dieu qui, à tout instant, surgit au fond de nous-même, va venir d'une manière particulièrement explicite, dans sa main, dans sa bouche, dans son cœur, dans tout son être pour le remplir de sa présence. Je crois que, plus particulièrement aujourd'hui, Dieu va faire grâce à Gilles, Dieu va l'appeler par son nom, d'une façon très silencieuse, très profonde, très vraie. Nous tous qui recevons presque chaque jour ce Dieu qui vient, nous tous qui, ne nous rendons pas assez compte à quel point Dieu nous fait grâce, nous pouvons, en entourant de notre prière et de notre affection Gilles qui reçoit le corps et le sang du Christ, revivre cette communion qui sans cesse se renouvelle dans notre vie, mais qui est toujours nouvelle, qui est toujours une première rencontre avec le bien-aimé qui nous fait grâce et nous appelle par notre nom.

 

AMEN

 
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