AU FIL DES HOMELIES

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BENEDICTUS

Is 62, 1-5 ; Ac 13, 16-17+22-25 ; Lc 1, 67-79

Vendredi de la quatrième semaine de l'Avent – A

(24 décembre 2004)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

Q

uelqu'un me confiait hier soir qu'il préférait lire un bon roman plutôt que de lire la Bible. Ce matin, j'échangeais avec un paroissien nos idées respectives sur les bons ingrédients qu'un roman doit comporter pour être une bonne réussite, et je crois qu'on était à peu près d'accord pour dire qu'il fallait un bon équilibre entre d'une part des événements assez conséquents, et d'autre part, des personnages qui ont une certaine épaisseur et un certain intérêt. Mais hélas, comme on peut le voir tous les jours, dans la vente des livres, on se rend compte que très souvent ce sont des livres qui développent beaucoup l'action et très peu la psychologie des personnages, qui remportent haut la main, le palmarès des ventes.

Cela dit, je crois que cette petite réflexion littéraire nous amène tout simplement à découvrir l'intérêt du texte que nous avons lu du Benedictus. Quand on regarde la structure de ce cantique, on constate qu'il est divisé en deux parties. Une première partie qui est plutôt de l'ordre des généralités, puisqu'il remet en mémoire toute l'histoire du Salut d'Israël d'Abraham à la naissance de Jean-Baptiste. Tout de suite après, on passe à l'évocation de la naissance de cet enfant. Ce texte nous montre très exactement l'interaction et l'articulation qui existe entre l'histoire en général et notre histoire en particulier. Très souvent, notre drame à tous et à toutes, c'est de ne pas savoir situer notre propre histoire personnelle, on ne sait pas où l'on est non seulement dans l'histoire sainte, mais aussi dans l'histoire des hommes, d'ailleurs ces deux histoires sont les mêmes. Le déséquilibre peut rapidement être vécu. C'est vrai que soit, nous privilégions des événements et nous ne savons pas où nous placer, et notre vie est creuse et sans intérêt et nous préférons regarder la vie des autres que notre propre vie, soit au contraire, nous sommes tellement autocentrés que nous considérons que notre vie est le centre même de l'histoire universelle et nous aboutissons aussi à faire souffrir ceux qui nous entourent.

Le Benedictus nous rappelle que l'histoire de chaque personne, la naissance de chaque être s'inscrit très exactement dans cette histoire universelle. La vie chrétienne, c'est la recherche de savoir à quel endroit nous avons à nous placer pour découvrir notre place dans le plan de Dieu.

Frères et sœurs, au moment où nous allons célébrer la naissance du Christ, Noël, la liturgie nous offre de réfléchir sur la naissance de Jean-Baptiste. Le père de Jean-Baptiste est celui qui effectivement va faire ce travail : d'abord un long silence qui suit l'annonce de la naissance de son fils. Ce même silence souvent nous habite, nous pétrifie, quand nous ne savons pas où nous sommes. Et ensuite, un événement, un événement clé qui lui ouvre la bouche et lui permet très exactement de savoir à ce moment-là comment se situe sa propre vie de père et la vie de son enfant.

Qu'au cours de cette messe de minuit que nous allons célébrer dans quelques heures, que cette église retentisse de notre propre chant du Benedictus, notre Benedictus à nous, notre propre histoire sainte.

 

 

AMEN

 

 
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