AU FIL DES HOMELIES

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LE PARADOXE DU MESSIE ENFANT

Mi 5, 1-4 ; Lc 1, 67-79

Vendredi de la quatrième semaine de l'Avent – B

(23 décembre 2011)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Pauvreté et simplicité …

F

rères et sœurs, nous avons lu un petit oracle d'un prophète qu'on appelle Michée et cet oracle a souvent été cité évidemment pour expliquer la naissance du Christ et dire que les prophètes ont prévu la naissance du Fils de Dieu. C'est ce qui est à l'origine de notre célèbre cantique : "Il est né le divin Enfant, depuis plus de quatre mille ans, nous le promettaient les prophètes". Cela provient de ce genre d'oracle réinterprété à l'époque de Louis XIV.

Là n'est pas le sujet ! Cet oracle est intéressant parce qu'il nous remet exactement dans la bonne direction pour apprécier le sens de Noël. Pour nous, Noël c'est la naissance du Fils de Dieu, c'est la crèche, c'est le folklore de l'Enfant, de la vie de famille. Je dois vous dire que les anciens n'étaient pas très sensibles à tout cela, chez eux, les enfants ne devenaient intéressants que lorsqu'ils avaient quinze ans. Ils étaient un peu quantité négligeable. Quant à l'esprit de famille, s'il n'y avait pas des réalités politiques, dynastiques ou sociales à la clé, la famille servait simplement à survivre au jour le jour et ce n'était pas tellement prestigieux ni affectivement, ni socialement, comme c'est un peu le cas aujourd'hui.

Cependant, cet oracle, associe deux choses. Il associe la naissance d'un enfant et la reconstruction du peuple. Pour le monde ancien, avant Jésus, si un Messie doit venir, c'est parce qu'il doit reconstruire le peuple. Le peuple d'Israël a connu l'exil, il a connu la dévastation, il a connu la misère, il a connu un rassemblement chaotique. Il vit toujours dans une sorte de nostalgie d'un grand peuple rassemblé autour des douze tribus. Au cœur de la foi des israélites depuis deux ou trois cents ans avant Jésus, la grande idée, c'est qu'il faut que le peuple soit réuni, rassemblé, reconstitué.

Or, ce qui fait la pointe de cet oracle, celui qui fait le rassemblement c'est un guerrier, c'est un nouveau David, quelqu'un de fort, de puissant, qui a toutes les caractéristiques du roi et ici, on dit : c'est un enfant. C'est cela le paradoxe. C'est à cause de cela que cet oracle a frappé les gens et plus spécialement les premiers chrétiens. Ils ont compris que le mystère du rassemblement du peuple par le Messie commençait par la naissance d'un enfant. C'est là peut-être l'assemblage le plus hétéroclite et le plus prometteur parce que quand un enfant naît, on ne sait pas ce qu'il deviendra. La plupart du temps il n'est pas évident qu'il sera inscrit dans les pages historiques du Larousse. Un enfant naît, c'est un enfant, c'est tout. Il y a une sorte d'inconnu, d'imprécision, d'aléatoire dans son avenir. Et cependant, là, ce que dit le prophète c'est parce qu'il naît comme enfant qu'il aura la capacité d'utiliser et de mettre en œuvre la gloire de Dieu pour rassembler le peuple. C'est l'association de la faiblesse de l'enfant né dans la chair, la fragilité même et aux yeux des anciens, avec la mortalité infantile et les conditions de vie difficiles, cela ne pouvait que sauter aux yeux. L'enfant c'est celui qui est le plus fragile, et cependant, c'est lui qui aura la tâche la plus immense de rassembler le peuple.

Cela donne une dimension assez différente à la fête de Noël. Noël n'est pas dans la tradition chrétienne, le culte des enfants. Noël, c'est le paradoxe de celui qui né dans la chair dans la condition la plus faible, la crèche, la pauvreté, mais en même temps, prometteur du véritable destin du Messie qui est de rassembler son peuple. Noël, c'est la naissance du Sauveur bien entendu, mais c'est en même temps la naissance de celui qui aura essentiellement comme tâche de constituer son peuple. Noël la fête du Messie, de Jésus en tant qu'il naît petit enfant dans la fragilité de notre condition humaine, mais c'est aussi la fête de la naissance de l'Église puisque c'est par cet Enfant que l'Église sera constituée et rassemblée. C'est pour cela que lorsqu'on parle de la reconstitution du peuple dans cet oracle, on dit bien que la reconstruction se fera par le rassemblement qui viendra de toutes les nations. Il y a dans la naissance de cet Enfant, alors que c'est un événement le plus privé qui soit, déjà une sorte de dimension d'universalité, de rassemblement de l'univers, du monde, de l'humanité tout entière.

Que la relecture ou la méditation de cet oracle de Michée nous aide à bien réaliser la véritable dimension de Noël. Ce n'est pas simplement le culte d'une sorte d'intimité un peu réchauffée, mais c'est d'abord la reconnaissance de la véritable dimension de la naissance du Messie, celui qui doit rassembler son peuple et dont nous sommes encore aujourd'hui les témoins de son action et de ce rassemblement qu'il ne cesse de d'opérer.

 

AMEN

 

 

 

 

 

 

 

 

 
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