AU FIL DES HOMELIES

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JE NE SUIS QU'UN ENFANT

Jr 1, 4-10

(11 décembre 1983)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

Moissac : Jérémie 

I

mperceptiblement, sans que nous ne nous en rendions bien compte, parce que nous sommes des gens peu attentifs à la Parole de Dieu, imperceptiblement et avec une délicatesse infinie, le Père nous fait entrer, ce soir, plus profondément, dans le mystère que nous allons célébrer en la nuit de Noël. Ce mystère c'est celui de la naissance de Dieu sur la terre, comme un enfant, comme un petit enfant. Et je crois que ce soir, Dieu veut nous faire faire un pas de plus dans ce mystère de l'enfance.

       Voyez le prophète Jérémie. Dès que le Seigneur l'a appelé à être prophète, il lui dit : "Seigneur Dieu, vraiment, je ne sais même pas parler! Je suis un enfant." Et le Seigneur lui répond : "Non ! Ne dis pas: Je suis un enfant, mais va vers ceux à qui je t'envoie et ma Parole habitera ta parole." Il ne faut pas saisir cette réflexion du prophète Jérémie comme ces fausses humilités que nous rencontrons parfois. Vous savez quand quelqu'un demande un service important à une personne, l'autre répond : "Non vraiment je n'en suis pas digne" et cependant elle meurt d'envie que le demandeur ne prenne pas sa réponse au pied de la lettre. Ce n'est pas de cette humilité-là qu'il s'agit dans cette réflexion de Jérémie.

       Il a entendu l'appel de Dieu, et devant la grandeur de l'appel de Dieu, il ne peut se reconnaître que comme petit, que comme fragile, que comme faible et incapable. Et il a raison. Il a raison de dire au Seigneur : "Je suis un enfant" Et le Seigneur le reprend : "Ne dis pas je suis un enfant !'' Ne fais pas de cela comme une excuse, comme une réticence. Tu sais que ma Parole sera en toi et ta véritable grandeur c'est, comme un enfant, d'annoncer la Parole de Dieu. Il faut que tu l'annonces comme un enfant parce que si tu l'annonçais comme un adulte, tu penserais peut-être que la Parole que tu annonces, c'est la tienne.

       Et nous retrouvons cela dans la scène de l'évangile que nous venons d'entendre d'après saint Jean. Il y a un mystère étonnant, difficile à saisir, c'est celui des relations entre le Christ Jésus et Jean-Baptiste. Ils sont à peu près du même âge, à quelques mois près. Leurs mères étaient cousines. Il est donc probable qu'ils ont grandi ensemble, qu'ils ont médité la Parole de Dieu ensemble, qu'ils ont participé au pèlerinage de Jérusalem ensemble, qu'ils ont découvert la vie des hommes ensemble et qu'ils en ont souvent parlé. Probablement que chacun avait dans son cœur la connaissance du mystère qui habitait l'autre. Peut-être d'ailleurs n'avaient-ils jamais échangé sur ce mystère qui habitait le cœur de chacun.

       Or, à l'âge de trente ans pour l'un et l'autre, il va se faire comme une distance, comme une séparation. C'est Jean-Baptiste lui-même qui est le premier à la constater, à la ressentir et à la dire : "Il faut que, désormais, Lui grandisse et que je décroisse, et que je diminue !" Jean-Baptiste, reconnaissant en Jésus, avec qui il a grandi depuis toujours, le Fils éternel de Dieu, reconnaît que, désormais, il n'est plus, lui, qu'un enfant du Père, qu'il est le Fils du Père, qu'il est bien non seulement le cousin, mais qu'il est le frère de ce Christ, mais que ce Christ est un grand frère, un premier-né de tous les frères. Et Jean-Baptiste pense, en lui-même, que c'est vrai, il est un enfant de Dieu, un frère cadet, plus petit, de ce Christ Jésus. Et d'ailleurs, désormais, c'est Lui qui doit grandir pour devenir l'aimé et Jean-Baptiste sera cet enfant du Père qui est resté petit qui a retrouvé la véritable enfance, celle d'avoir accueilli et reconnu le Royaume de Dieu.

       Et c'est pour cela que son cœur est rempli de joie, car au moment où lui-même dit :"Il faut que je décroisse", il faut que je devienne véritablement ce que je dois être, c'est-à-dire un enfant, c'est à ce moment-là, comme un paradoxe, que grandit en lui, de la façon la plus forte, la plus plénière, la joie. Et cette joie, c'est justement d'avoir découvert et reçu, dans son cœur, le Christ comme l'Époux de l'Église, comme le Seigneur, comme le Sauveur, comme le Royaume de Dieu que lui-même Jean n'avait fait qu'annoncer, comme la lampe avant la lumière du soleil mais qui ne s'éteint pas pour autant, qui reste dans l'immense éclat du soleil.

       C'est à cela que nous sommes invités, nous aussi. Je crois qu'il faudrait que nous arrivions à célébrer la fête de Noël non pas trop comme des grandes personnes sans que nous nous prenions vraiment au sérieux. Il faudrait arriver à la célébrer comme Dieu Lui-même va la célébrer, c'est-à-dire comme un enfant, car c'est aux enfants qu'appartient le Royaume de Dieu, puisque ce Royaume de Dieu est venu nous rejoindre comme un enfant. Et cela le prophète Jérémie l'avait pressenti lorsqu'il recevait dans son cœur cette Parole qu'il avait à transmettre. Et cela Jean-Baptiste l'a ressenti lorsqu'il a dit La Parole de Dieu s'est faite chair en Jésus : "C'est Lui l'Agneau de Dieu qui porte le péché du monde !" Et c'est à ce moment-là que sa joie a grandi, que sa joie est devenue totale et qu'il en a été ravi.

       Frères et sœurs, pour que nous aussi, au soir de Noël, notre joie soit totale pour que nous soyons, nous aussi, ravis et en principe nous devrions l'être plus que Jean-Baptiste parce que Jean-Baptiste dit : "Moi, je me tiens là, à côté de l'Époux et je l'entends et ma joie est parfaite !" et nous, nous dirons au jour de Noël : Moi je me tiens là, mais Lui n'est pas à côté de moi, Il est en moi.

       AMEN

 

 
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