AU FIL DES HOMELIES

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LE PLUS GRAND DES PROPHÈTES

Jr 1, 4-10 ; Is 35, 1-10 ; Mt 11, 2-11

Vigiles du troisième dimanche de l'Avent – A

(14 décembre 1980)

Homélie du Frère Michel MORIN

J

 

ean est le plus grand des prophètes ". Cette grandeur nous est révélée par son ultime témoignage, car la grandeur d'un homme n'est pas l'appel au début de sa vie, mais l'achèvement de sa mission. Or l'achèvement de la mission de Jean-Baptiste, l'ultime témoignage tient en quatre mots. Il est l'ami, il écoute, la voix et il est rempli de joie.

Dans l'évangile de saint Jean, ces quatre traits décrivent le disciple parfait. Rappelez-vous : "Je ne vous appelle plus serviteurs, mais amis "-"Je suis le Bon Pasteur, mes brebis écoutent ma voix "- "Je vous dis toutes ces choses pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit complète". C'est dans cet ultime témoignage de Jean que nous est révélée sa grandeur, car s'il est prophète, s'il est le dernier prophète, il est aussi le premier disciple. Jean a été appelé comme prophète, pour annoncer la parole de Dieu, pour annoncer la venue de cette Parole, de ce Verbe de Dieu qui allait se faire chair.

Mais son cœur de prophète est devenu cœur de disciple lorsqu'il a éprouvé la puissance transformante de cette Parole dont il devait annoncer la venue et qui était déjà venue dans son cœur pour le vider de lui-même, dans ce renoncement total manifesté par ces mots que tout disciple devrait dire, que tout disciple dira un jour : "Il faut qu'Il grandisse et que je diminue". Il a été envoyé comme prophète, et, dans son ministère même, il est devenu disciple. Il a été appelé pour être serviteur de la lumière qui viendrait, comme la lampe qui, la nuit, la prépare, l'annonce. Son regard de prophète a contemplé cette lumière du Verbe fait chair, plein de grâce et de vérité, et son cœur s'en est réjoui. De serviteur, il est devenu ami. C'est cela l'ultime témoignage de Jean et c'est cela qui donne la dimension de sa véritable grandeur.

Car Jean-Baptiste n'est plus seulement celui qui témoigne de la venue, celui qui annonce, il est aussi celui qui témoigne de la présence de celui qui est annoncé. Or Jésus a réalisé, dans le cœur du précurseur, comme par anticipation, ce qu'Il voulait faire découvrir, ce qu'Il voulait faire vivre à ceux qu'Il avait choisis comme disciples, pour être avec Lui, jusque dans son épreuve même, où ils cesseraient d'être serviteur pour devenir ami.

Jean-Baptiste fait partie de ce mystère de l'Alliance Nouvelle, tout en étant encore de l'Alliance Ancienne. C'est pour cela que son cœur a chanté un chant de noces. Car le prophète Jérémie, dont nous avons lu tout à l'heure l'appel, avait, à plusieurs reprises, annoncé qu'un jour, les rues de Jérusalem seraient dévastées, les villes de Juda seraient désertes, il n'y aurait plus de cris de jubilation ni de joie. Il n'y aurait plus le bruit de la meule, ni la lampe dans la maison, car disparaîtrait l'appel du fiancé et de la fiancée. Or, ce silence, cette cessation du chant des fiancés entre eux, c'est une parabole de déréliction, d'abandon, de solitude, de désolation.. Mais Jérémie avait annoncé aussi que la ville de Jérusalem se repeuplerait, que les routes de Juda retrouveraient un peuple, que l'on entendrait de nouveau des cris de joie et de jubilation, que la lampe, de nouveau, s'allumerait dans la maison, que la meule tournerait encore et que l'on entendrait, de nouveau, dans Jérusalem, l'appel du fiancé et de la fiancée, symbole, signe de la restauration.

Or ce chant d'une alliance nouvelle a commencé à frémir dans le cœur du Baptiste. Debout, sur les murs de Jérusalem, c'est déjà ce qu'il annonçait, et c'est pour cela que son cœur s'est profondément réjoui. Car il ouvrait la route du désert il ouvrait de nouveau les portes de Jérusalem, il allumait de nouveau la lampe dans les maisons pour un cortège nuptial nouveau : celui du Christ et de son Église, celui du Christ et de ses disciples, celui du Christ et de tous les hommes qui accepteraient d'entrer de nouveau dans un pays jusqu'à maintenant désolé, et dans une ville déserte. Voilà l'ultime témoignage de Jean, voilà pourquoi sa joie est parfaite : parce qu'il sait, dans son cœur de prophète qui est devenu un cœur de disciple, parce qu'il sent, dans son cœur de serviteur que la lumière de Dieu a changé en un cœur d'ami, que désormais, la première alliance, l'alliance ancienne est terminée, que commence l'alliance nouvelle du Christ et de son Église.

Frères et sœurs, quel est le chant qui habite notre cœur ? Nous qui ne sommes que serviteurs, mais qui sommes disciples. Nous qui ne sommes pas que prophètes, mais qui sommes amis. Nous qui sommes, bien plus que Jean Baptiste, et c'est pour cela que nous sommes plus grands que lui, nous qui sommes l'Épouse, l'Église du Christ ? En ces jours qui précèdent la Nativité, quel est donc le chant qui commence à frémir dans notre cœur ?

 

AMEN

 
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