AU FIL DES HOMELIES

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QUELQU'UN QUE VOUS NE CONNAISSEZ PAS !

Jr 1, 4-10 ; Jn 3, 22-30

Vigiles du troisième dimanche d'Avent – B

(16 décembre 1984)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Saint Flour du Chastel : Saint Jean-Baptiste

J

 

e crois que Jean-Baptiste est une des figures qui, plus que beaucoup d'autres, sont proposées à l'Église, c'est-à-dire à chacun de nous pour que nous mettions nos pas dans ses pas et que nous essayions de vivre notre vocation à la manière de la sienne. Je crois en effet que, la plupart du temps, notre rôle apostolique à l'égard de nos frères, parmi les hommes, consiste à amener jusqu'au seuil, jusqu'à un endroit mystérieux de la vie de ceux que nous aimons ou que nous rencontrons, un endroit mystérieux où le Christ viendra prendre le relais et où Lui seul peut pénétrer et aller plus avant. C'est pourquoi, comme Jean-Baptiste qui est le prophète qui conduit jusqu'au seuil de la Nouvelle Alliance, nous avons souvent à remplir cette mission d'initiateur, cette mission de précurseur, dont je voudrais évoquer les principaux thèmes.

Demain, dans l'évangile de la messe, nous entendrons cette parole de Jean le Baptiste : "Il y a parmi vous Quelqu'un que vous ne connaissez pas !" Bien souvent, quand nous avons à témoigner parmi les hommes, notre témoignage n'est pas celui d'une explication détaillée, d'une démonstration éclatante, mais plutôt cette manière d'induire ceux auprès de qui nous sommes à pressentir la présence auprès d'eux, parmi eux, en eux de quelqu'un qu'ils ne connaissent pas. D'ailleurs, peu après Jean-Baptiste ajoute : "Moi non plus, je ne Le connaissais pas." Et Celui dont nous avons à témoigner auprès de nos frères, en vérité, nous ne le connaissons pas, c'est-à-dire nous ne pouvons pas dire que son mystère nous a été entièrement dévoilé. Nous aussi c'est dans la foi, dans l'obscurité, comme à tâtons, que nous le découvrons, que nous l'approchons. C'est pourquoi nous pouvons en vérité dire à nos frères : "Quelqu'un que vous ne connaissez pas, Quelqu'un que je ne connais pas moi-même " et qui pourtant, est là, qui s'impose à moi, qui s'impose à vous. "Il y a Quelqu'un !" Nous ne sommes pas dans un monde absurde qui va inéluctablement à sa perte. "Il y a Quelqu'un parmi nous ", Quelqu'un que nous ne connaissons pas, que nous ne pouvons pas connaître, en tout cas pas pleinement connaître, mais quelqu'un dont la présence transforme notre vie, transforme la signification du monde, transforme la lumière du jour et aussi la douceur de la nuit, quelqu'un qui est là, constamment et que nous devons patiemment, avec beaucoup de douceur, de persévérance, essayer de découvrir, de pressentir de connaître davantage. "Il y a parmi vous Quelqu'un que vous ne connaissez pas." Votre vie est plus riche que ce que vous croyez. Il y a des dimensions de votre être qui sont encore insoupçonnées de vous. Il y a plus dans l'homme que ce que l'homme croit y trouver.

N'est-ce pas là le témoignage que nous avons à donner à nos frères ? à nous donner les uns aux autres ? Un témoignage très humble car, Jean-Baptiste le dit : "Moi non plus, je ne Le connaissais pas !" Nous devons, nous aussi, reconnaître que nous sommes bien novices, bien néophytes dans cette rencontre de Dieu, que nous sommes encore bien loin de pouvoir apprendre aux autres quelque chose, mais nous pouvons cependant témoigner de cette première découverte, de ce premier pressentiment, de cette première certitude : quelqu'un, qui est là, réellement présent, quelqu'un qui s'impose à moi.

Puis, quand le Christ s'avance vers Jean-Baptiste, le Précurseur l'a montré, à ses disciples d'abord, puis aux foules. Jean-Baptiste l'a désigné : "Le voilà ! C'est Lui !" Moi non plus, je ne le connaissais pas, mais Celui qui m'avait envoyé baptiser m'a dit : "Celui sur qui tu verras reposer l'Esprit, c'est Lui !" Le Christ c'est Celui sur qui repose l'Esprit. Nous pouvons découvrir et faire pressentir à nos frères que l'Esprit de Dieu est là et qu'Il nous désigne ce Quelqu'un inconnu que nous devons faire entrer dans notre vie. L'Esprit de Dieu, c'est-à-dire cette nuée qui nous enveloppe, qui vient de plus loin que nous, qui est le signe de la transcendance de Dieu, qui est dans notre vie le signe d'un ailleurs, d'autre chose, qui est dans notre existence le signe que tout n'est pas simplement à ras de terre, que tout n'est pas simplement comptabilisable, mesurable, que tout ne tombe pas sous nos mains, sous nos prises. Cet Esprit de Dieu qui nous recouvre comme une nuée à la fois obscure et lumineuse et qui nous fait pressentir qu'il y a davantage dans le Christ, et donc en nous que le Christ vient rencontrer, qu'il y a davantage que ce que nous pouvons expérimenter avec nos yeux, nos mains, et que ce que nous croyons être le réel, le réel est bien plus grand. "Celui sur qui j'ai vu reposer l'Esprit, c'est Lui !"

Et Jean-Baptiste continue : "Il est l'Agneau de Dieu !" L'Agneau de Dieu, c'est-à-dire Celui que Dieu a envoyé pour se préparer au sacrifice, l'Agneau qui va être immolé, l'Agneau "qui porte le péché du monde".

Témoigner que ce quelqu'un que nous ne connaissons pas et qui est là au milieu de nous, c'est Celui qui porte la miséricorde de Dieu, Celui qui porte le pardon et la tendresse de Dieu, Celui qui vient partager notre souffrance et notre douleur pour porter sur Lui le péché du monde, pour se faire péché de notre péché, pour être immolé, à cause de notre péché, pour accepter la souffrance et la mort à cause de notre péché, pour être "Celui qui ôte le péché du monde", Celui qui enlève le péché du monde. Celui dont l'amour est plus fort que le péché du monde, Celui qui, par amour donne tout pour combler ce vide immense creusé par notre péché. Témoigner du Christ comme présence de la miséricorde, comme présence de l'infinie tendresse et du pardon de Dieu.

Puis, nous venons de l'entendre dans l'évangile que nous avons chanté, et qui est en quelque sorte l'accomplissement de la mission de Jean-Baptiste, il va dire encore davantage : "Il est l'Époux !" Ce quelqu'un que vous ne connaissez pas, c'est votre Époux. C'est Celui dont l'amour est si profond qu'Il vient pour épouser votre cœur, pour ne faire qu'un seul être avec vous, qu'une seule chair, comme l'époux et l'épouse ne font qu'un seul être. Il vient en vous pour vous aimer jusqu'à cette profondeur transformante qui sera votre bonheur et qui sera toute joie en vous.

Annoncer à nos frères qu'ils sont aimés. Non seulement que le monde est plus grand que ce qu'ils croient, non seulement que leur souffrance et leur malheur est partage, porté par quelqu'un, mais qu'ils sont aimés. Aimés d'amour par quelqu'un qui veut être l'Époux de leur cœur, de leur vie, de tout leur être, Quelqu'un qui veut pénétrer au plus profond de leur être par son amour.

Et alors Jean-Baptiste s'efface devant le Christ. Et cela aussi fait partie de notre rôle, de notre mission auprès de nos frères. Quand nous leur avons annoncé ce mystère que nous avons seulement effleuré mais dont la certitude nous habite, quand nous leur avons annoncé ce mystère, nous effacer devant le Christ, savoir laisser la place car il y a un moment où, seul le Seigneur peut parler au cœur de celui dont Il veut faire son ami, dont Il veut faire son disciple, dont Il veut faire son Épouse. Et il faut que nous sachions disparaître. Ce n'est pas toujours le plus facile car nous avons souvent tendance à nous impose, à vouloir que notre voix notre présence soit reconnue comme telle. Il faut, pourtant, que nous sachions que le Christ ne peut achever l'œuvre que si nous disparaissons, que si nous acceptons de remettre entre ses mains le cœur de ceux à qui nous avons parlé, même si le cœur de ces frères, de ses amis nous est infiniment cher. Et même si nous désirons beaucoup toucher de la main leur cheminement spirituel et leur conversion, il faut savoir à ce moment-là, s'effacer, disparaître, laisser la place et accepter que ce cheminement qui va être le leur, avec le Christ que maintenant ils rencontrent. Ce cheminement nous échappe, ce cheminement est un mystère que nous ne connaîtrons jamais car il y a en chaque être un secret que personne ne peut pénétrer et il faut savoir respecter ce secret, et admirer l'œuvre de Dieu dans ce secret, et adorer Dieu présent en secret dans le cœur de nos frères, sans vouloir nous immiscer là où il ne serait plus convenable que nous soyons présent, car c'est un secret qui n'est pas fait pour nous.

Nous pouvons demander à Jean-Baptiste de nous apprendre ce chemin qui, très souvent doit être le nôtre auprès de nos frères : témoigner devant eux de la présence de quelqu'un, les conduire jusqu'au seuil de la rencontre de ce quelqu'un qui est l'Agneau et l'Époux, et ensuite disparaître. Quelle merveilleuse mission et si nous pouvions l'accomplir, quelle bénédiction pour nous et pour eux.

 

AMEN

 
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