AU FIL DES HOMELIES

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JE VEUX VOIR DIEU

Jn 3, 22-30

Vigiles du troisième dimanche de l'Avent – B

(16 décembre 1990)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

J

'ai toujours davantage été séduit par ce que je peux deviner de la vie spirituelle de saint Jean-Baptiste que par sa prédication, question peut-être de tempérament. Et ce soir, je voudrais simple­ment, non pas sous forme d'explication mais de mé­ditation qui convient à la Vigile, je voudrais que nous reprenions ensemble un des versets du premier chapi­tre de Jérémie appliqué à Jean-Baptiste.

"Avant même de te former au ventre maternel, je T'ai connu" dit Dieu. "Avant même que tu sois sorti du sein, je t'ai consacré." Ici, le verbe "connaître" n'est pas une connaissance d'intellectuel ou d'univer­sitaire, si brillante soit-elle. Ici la connaissance est la connaissance au sens biblique du mot, dans le langage de l'Écriture c'est l'amour charnel ce qui nous signifie qu'il y a, bien avant que nous le sachions et heureu­sement d'ailleurs, un lien d'amour quasiment charnel entre Dieu et nous. Il nous "connaît". Et c'est parce que cette connaissance n'est pas intellectuelle qu'elle nous consacre, qu'elle fait de ce que nous sommes des êtres sacrés, intouchables, des êtres qui dépendons justement de cet amour de Dieu.

Le prophète Isaïe l'avait aussi connu, l'avait pressenti cet amour de Dieu pour lui, avant même toute connaissance, avant même sa naissance. Il dit au chapitre quarante-huitième de son livre que "Dieu l'a appelé et l'a modelé dans le sein de sa mère." Ail­leurs, l'apôtre Paul, à deux reprises fait écho à la même chose au chapitre huit de l'épître aux Romains : "Dieu collabore en tout pour leur bien avec ceux qu'Il a appelés selon son dessein, ceux qu'Il a d'avance discernés." Et dans l'épître aux Galates, à propos de sa propre vocation qu'il rattache donc à celle des pro­phètes : "Celui qui, dès le sein maternel, m'a mis à part et m'a appelé."

Ces réflexions de la Bible m'amènent à vous proposer cette méditation que nous cherchons Dieu sûrement, nous avons envie de comprendre Dieu, nous avons parfois envie de "saisir" Dieu, ce n'est pas toujours une bonne chose. Il y a dans l'Église tout un courant spirituel qui s'est beaucoup attaché à ce désir exprimé de la façon suivante : "Je veux voir Dieu !''. C'est toute l'école carmélitaine dont nous avons célé­bré hier le grand restaurateur saint Jean de la Croix au quatrième centenaire de sa mort. Et je crois que ceci est tout à fait juste, mais nous ne verrons Dieu qu'au ciel. "Je veux voir Dieu !" c'est quelque chose que nous ne possédons pas encore, mais il y a une chose que nous possédons et par laquelle nous devrions commencer toute genèse, toute jeunesse spirituelle. Ce n'est pas de vouloir "voir Dieu" mais de regarder la façon dont Dieu nous regarde. Car nous sommes regardés de Dieu, depuis toujours, avant notre nais­sance, pendant que nous étions "brodés, filés, tissés" comme dit le psaume "au sein maternel". Et jusqu'à la fin de notre vie, Dieu nous regarde. Et Il nous regarde d'un regard de connaissance, d'amour profond, d'un amour qui donne la vie, d'un amour de pardon, d'un amour de croissance, d'un amour de don. Et la vie spirituelle commence là, s'apercevoir que nous som­mes ainsi regardés de Dieu. Nous réjouir de la façon dont Dieu nous contemple. Tressaillir d'allégresse parce que Dieu nous regarde dans la joie et parce que Dieu attend qu'un jour nous comprenions ce regard.

Quelles sont les images les plus significatives de l'amour maternel ou paternel pour un enfant ? C'est le regard de la mère ou du père sur l'enfant. Il ne re­garde d'ailleurs nulle part, il a encore les yeux fermés. Et ce que va découvrir l'enfant, ce en quoi il va dé­couvrir qu'il est enfant, c'est dans la façon dont il est regardé, avant même qu'il le sache. Et c'est cela, beaucoup plus que la symbolique, qui fait la relation entre la mère et l'enfant, la manière dont ils se regar­dent et dont ils aiment se regarder, se contempler. Quel est le symbole de l'amour des fiancés ou des époux, de l'amitié de deux amis ? C'est la façon dont ils se regardent, dont ils aiment à se regarder. Des vrais amoureux peuvent rester des heures sans rien dire en se regardant parce que le regard dira beaucoup plus que tout ce qu'ils pourront dire.

C'est cela que ces quelques passages de la Bible veulent nous faire comprendre. C'est que nous avons à vivre notre vie spirituelle, d'abord dans la recherche de ce regard de Dieu sur nous. Alors, est-ce que vous vous êtes posé un jour la question : "Comment Dieu me regarde ? Quand Dieu me regarde, Il est heureux de me voir. Il m'aime en me voyant." Et c'est cet amour-là qui fait que nous sommes et que nous pouvons grandir. Et au fond, je trouve personnellement que c'est le plus séduisant, lorsque nous découvrirons, à la fin des temps, le visage de Dieu, je l'espère, j'en suis sûr, nous nous réjouirons parce que nous découvrirons la façon dont Dieu, depuis quatre-vingts ans, un peu plus ou un peu moins, nous regardait. Et là ce sera un étonnement parce que nous nous dirons, au fond, que nous avons passé beaucoup de temps à le chercher là où Il n'était pas, alors qu'Il est essentiellement dans le regard qu'Il pose sur nous.

 

AMEN

 

 

 
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