AU FIL DES HOMELIES

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QUI A L'ÉPOUSE EST L'ÉPOUX !

Jn 3, 22-30

Vigiles du troisième dimanche de l'Avent- B

(12 décembre 1993)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

L

e mystère de la création est un mystère de nuptialité. Le mystère du salut est aussi un mystère de nuptialité. Quand Dieu créé, Il suscite un vis-à-vis, ces créatures spirituelles essen­tiellement, les anges et les hommes. Et ce vis-à-vis n'est pas seulement une sorte de présence muette des deux partenaires, mais ce vis-à-vis est voulu par Dieu le Créateur comme la capacité d'un dialogue, d'une manifestation de chacun des partenaires dans le plus intime de ce qu'il est. C'est précisément cela la nup­tialité. Aimer, épouser quelqu'un, c'est accepter que celui ou celle qu'on aime ait accès à la réalité la plus intime de soi-même qui est non seulement son corps mais qui est aussi le plus secret de son cœur. La nup­tialité c'est le fait de pouvoir connaître le secret le plus cache, le plus intime du cœur de l'autre. Habi­tuellement nous n'avons qu'un mot pour dire cela: "Je t'aime !" Ce mot est si riche, si grand qu'à travers la manière de le dire, c'est tout l'être de l'époux qui se dit à l'épouse en tout ce qu'elle est.

Et précisément c'est une réalité de cet ordre, infiniment plus profonde encore, que Dieu a voulue dans le mystère de la création. C'est un mystère à la fois très obscur pour nous, qu'est-ce que cela veut dire : sonder le plus intime du cœur de Dieu ? Il faut bien avouer que nous n'en savons pas grand-chose, et en même temps c'est un mystère de lumière parce que, de fait, Dieu est lumière et qu'un jour, nous verrons le secret même du cœur de Dieu, nous comprendrons pourquoi Dieu nous a aimés, pourquoi Il nous a fait exister. Et d'une certaine manière, nous comprendrons cela non pas à cause de nous, mais à cause de Lui. Parce qu'au fond c'est cela l'ultime raison de la nup­tialité. C'est qu'on s'aperçoit qu'on n'existe pas pour soi-même mais pour l'autre. Et que dans cette espèce de dépendance radicale d'exister pour un autre, on découvre ou l'on redécouvre la raison même pour laquelle on existe. Et c'est cela la nuptialité de la création, c'est cela la nuptialité du salut.

C'est le fait que, plongeant non pas par indis­crétion ou par voyeurisme mais par grâce, plongeant notre regard dans le cœur de Dieu, nous verrons, nous connaîtrons non seulement Dieu tel qu'Il est, mais nous connaîtrons Dieu presque dans son intention, dans son désir de nous vouloir comme partenaire, comme partenaire aimé, bénéficiant de sa grâce. Et cela sera d'autant plus étonnant que, en réalité, nous découvrirons en même temps que nous ne le méritions pas, même si nous n'avions pas péché, et que nous le méritons moins encore en ayant été des pécheurs, et que, cependant, Dieu n'est jamais revenu là-dessus. Il nous a aimés, un point c'est tout.

C'est pour cela que le Christ est venu et c'est pour cela qu'Il baptisait. C'est pour cela qu'Il était sur les bords du Jourdain et qu'II faisait des disciples. Il était en train de se réapproprier l'humanité, de lui rou­vrir le cœur de Dieu et de lui dessiller le regard pour que cette humanité redécouvre, comme aux jours de sa jeunesse, comme au premier matin de sa création, la vérité de ce qu'elle était. Jésus était là, Il baptisait, Il commençait à purifier l'univers. C'est pour cela que la discussion commence par un problème de purifica­tion. Il commençait à rafraîchir le cœur de l'humanité pour que cette humanité, s'étant comme lavé les yeux, redécouvre cette profondeur insondable de l'amour de Dieu qui l'avait créée pour le rencontrer.

Et là intervient le personnage de Jean. Comme on ne parle purification que dans la tradition juive, ces purifications sont très importantes, qu'on se lave le bout des doigts, le creux des mains, les bras jusqu'au coude ou jusqu'aux omoplates, comme tous ces rites sont ce qui conditionne toute l'existence, on se dit qu'il y en a un qui baptise pour telle raison, annonçant le baptême d'Esprit, l'autre qui reprend le rite baptismal, on veut savoir de quel baptême il faut être baptisé. Et l'on va voir Jean et on lui dit : Mais, tu as vu..."Celui que tu as baptisé, il y a quelque temps, le voilà qui se met à faire comme toi". Mais alors lequel des deux baptêmes est légitime, lequel faut-il pratiquer ? On imagine l'infinie discussion qui peut s'en suivre sur ce thème-là. Et Jean coupe court. Il dit : personnellement, ce que je faisais, ce n'était rien. Moi je suis de la terre, j'ai pratiqué un geste. Cela devait ouvrir quelque chose. Mais Celui qui vous baptise maintenant, Celui-là peut véritablement dire qu'Il est l'Epoux. Moi j'étais là, mais presque pour rien. Mais Lui, s'Il est là, c'est pour vous ouvrir le cœur.

Et nous découvrons là cette chose mysté­rieuse, peut-être plus étrange encore, c'est le fait que Dieu ait voulu que, pour renouer, pour rentrer à nou­veau dans le mystère de cette intimité, il ait fallu ce "pauvre homme" de Jean-Baptiste, cette espèce de bateleur sur les bords du Jourdain. Une sorte de tra­vail de "racolage" pour dire aux gens : "Mais si, Dieu vous aime, cela vaut la peine ! Revenez, vous verrez, vous verrez le cœur de Dieu."

Que Dieu se soit servi de ce service de Jean pour qu'à travers sa voix, qui criait vraiment dans le désert, Jean puisse éveiller, réveiller dans le cœur de l'homme, la nostalgie du cœur de Dieu ! Et Jean ne s'y était pas trompé. Il savait bien en réalité que ce qu'il faisait n'était qu'un tout petit travail de préparation même s'il était le plus grand des prophètes. Il savait qu'en réalité, tout se jouait ailleurs. Et cependant, il était capable de s'en réjouir.

Vous comprenez la grandeur de Jean, cet homme qui devine le secret de 1'intimité de ses frères, des nouveaux disciples, avec Dieu dans le Christ et qui est capable de n'en concevoir aucune amertume, aucune jalousie. "Il faut qu'Il grandisse et que moi, je décroisse !" C'est une des plus belles manières de parler du service d'être là, simplement, comme une sorte de petit déclencheur de rien du tout, pour que la rencontre existe. Savoir qu'on a été là presque pour rien et que, cependant, c'était très important, parce que Dieu l'avait voulu de cette manière.

Dans l'Église aujourd'hui c'est encore la même chose Il y a des gens qui sont appelés par Dieu à être des serviteurs et des ministres de leurs frères. La plupart du temps on imagine qu'ils occupent "une position", un pouvoir. En réalité, ils sont comme Jean. Ils n'ont pas, d'une certaine manière, accès au mystère de l'intimité de chacun avec Dieu. Ils sont vraiment comme l'ami de l'Epoux qui entend la voix et il faut qu'ils soient capables de se réjouir, qu'ils soient capables d'être, au cœur de l'Église, ces serviteurs de l'Église pour qu'elle soit l'Église c'est-à-dire finalement la rencontre nuptiale de la création avec son Créateur. C'est la raison pour laquelle il y a dans l'Église ce qu'on appelle des "ministères". Ce n'est pas une agence de placement immobilier sur les valeurs spirituelles. Le ministère épiscopal, sacerdotal, diaconal, c'est simplement cette présence, absolument inutile et pourtant nécessaire, pour dire aux hommes la grandeur de leur destinée, la vérité de l'amour de Dieu sur eux, la gratuité de cet amour et pour leur dire la joie de la création rassemblée, célébrée dans le cœur de Dieu.

 

 

AMEN

 

 
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