AU FIL DES HOMELIES

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LA JOIE VÉRITABLE

 So 3, 14-18 a ; Ph 4, 4-7 ; Lc 3, 10-18
Troisième dimanche de l'avent – Année C (13 décembre 2015)
Homélie du Père Raphaël BOUVIER


A l’orée du Nouveau Testament se trouve une figure biblique bien singulière. Celui que Jésus présente lui-même comme le plus grand parmi les hommes : Jean le Baptiste.

Jean Baptiste est le plus grand, parce que en sa personne, il récapitule toute l’attente de la pre­mière alliance. Il tient une place unique. Il est le re­lais ultime qui conduit toute l’histoire du Salut vers son accomplissement en Jésus-Christ.

Les prophètes, ainsi que la loi, ont parlé jusqu’à Jean, pour faire place après lui au jour du Seigneur. Homme charnière par excellence, il a un pied dans chaque testament pour nous faire passer de l’un à l’autre. Pour nous faire passer du temps de l’attente, à celui de l’avènement.

Ce passage nous l’avons effectué, nous chré­tiens,  en reconnaissant en Jésus notre Sauveur. Pour nous, le ministère de Jean-Baptiste a été pleinement efficient, nous sommes passés de l’un à l’autre testa­ment. Les chrétiens doivent sans aucun doute être une source de consolation pour JB maintenant. Il doit se dire en nous regardant qu’il n’a pas été décapité pour rien.

Grâce à lui, nous avons reconnu en Jésus l’Agneau de Dieu, le Messie annoncé par les pro­phètes,  l’achèvement des Écritures, la lumière des nations. En Jésus, nous reconnaissons l’inauguration des temps nouveaux, temps de grâce et de bienfaits.

Mais pour autant, le chrétien doit rester vigi­lant. S’il est sûr de sa foi, le chrétien ne peut cepen­dant se reposer sur ses lauriers de grâce qui, subtile­ment peuvent l’éloigner de son Sauveur. La lassitude, l’assoupissement, le découragement font partis dé­sormais des principaux adversaires de notre foi, et nous avons à les combattre avec ardeur.

Ce temps béni de l’avent est là pour nous y aider. Pour nous sortir de nos somnolences en nous replongeant dans la ferveur de l’attente qu’a pu vivre un Jean-Baptiste avec ses disciples.

« Réjouis-toi ! Secoue-toi ! Réveille-toi ! » ; cette prédication est pour nous aujourd’hui. Aujour­d’hui encore le Royaume des cieux souffre violence, et des violents cherchent à s’en emparer. Resterons nous passifs, pessimistes ou défaitistes devant ce combat de la lumière ? Où nous laisserons-nous tou­cher par l’appel à la réjouissance de la liturgie de ce jour, que nous lance d’abord le prophète Sophonie : «  Pousse des cris de joie, fille de Sion, éclate en ova­tions Israël, réjouis-toi, tressaille d’allégresse, fille de Jérusalem ! » ; ou encore saint Paul lui-même  : « Soyez dans la joie du Seigneur, laissez-moi vous le redire soyez toujours dans la joie »

On pourrait presque parler d’un commande­ment de la joie, un peu comme Jésus nous donne le commandement de l’amour. Cela peut paraître para­doxal, parce qu’on voit plutôt la joie comme quelque chose de spontanée, qui ne se commande pas.

Mais je crois surtout qu’il faut le comprendre comme un appel à ne pas se laisser emporter par la morosité de ce monde. Le chrétien est un contesta­taire de la tristesse du monde. Parce qu’il sait où il a mis sa foi, il sait où il a mis sa joie. Mais attention !

Il y a les joies véritables et il y a les joies vaines, à plumes et à paillettes. Celles qui s’affichent un peu partout autour de nous en ce moment. Et au chapitre des vanités que l’on passe sa vie à poursuivre, il y aurait des pages entières à écrire.

La réussite sociale à tout prix pour se sentir être quelqu’un aux yeux du monde. Le succès profes­sionnel qui fait oublier jusqu’à la famille, les enfants. La séduction jusqu’au mensonge, pour plaire et de­venir le centre du monde. La petite parole médisante qui échappe mais qui soulage parce qu’on se console avec les défauts du voisin. La poursuite des plaisirs sensuels en tout genre dont l’intensité éphémère n’est qu’une illusion de bonheur. Le rire qui tourne à la moquerie, jusqu’à la dérision, pour se décharger du stress de nos journées trop chargées. La mode, les vitrines, le dernier chic qui emplissent les journées, mais qui épuisent les jambes et le cœur qui n’est en rien comblé. L’argent qu’on voudrait avoir, et que l’on a pas … On pourrait en écrire des pages et des pages entières…

Mais, une nouvelle fois, attention ! Attention, car cette énumération bien incomplète n’est pas là pour nous précipiter dans un austère jansénisme de rabat-joie. Ce serait le comble en ce dimanche de Gaudete. En fait, il s’agit plutôt de nous rappeler que toutes ces petites joies, laissées à elles-mêmes, ont des vues trop courtes. Il ne s’agit pas de fuir tous les petits plaisirs de la vie, mais de les remettre à leur place. Sinon, ils risquent bien de laisser notre âme aussi vide que notre porte-monnaie.

C’est que le mot joie, comme celui d’amour, cache souvent des interprétations bien différentes qui sont source de désillusions. Au fond, il s’agit de ne pas confondre joie et jouissance, amour et posses­sion. Il s’agit même d’une conversion : de ne pas se servir des autres, mais de les servir.

 Il ne s’agit pas que tout le monde soit à nos pieds, mais il s’agit de laver les pieds. La joie est dans le lavement des pieds. La véritable joie n’est pas le fruit de la possession, mais le fruit du don de soi. Elle vient de l’amour donné et reçu.

C’est le sens des réponses de Jean-Baptiste à ceux qui viennent demander ce qu’ils doivent faire pour préparer les chemins du Seigneur : savoir parta­ger, et pas seulement en donnant de son superflu ; ne pas prendre en s’accaparant plus que ce qui m’est dû ; faire de son pouvoir un service, et non une source d’abus …

Jean-Baptiste qui ne se voit même pas digne de s’abaisser pour défaire la courroie de la sandale de son maître. On veut le flatter en lui de­mandant si il n’est pas le Messie, tant de fait, il fait corps avec lui pour mieux l’annoncer. Mais Il n’est pas la Lumière. Il est la lune qui reflète dans la nuit la lumière du soleil qui vient, une voix au service de la Parole.

Quand on sert au lieu de se faire servir, quand on donne et se donne, quand on veut le bonheur de l’autre, quand on prend sur soi de souffrir un peu pour qu’il ne souffre pas, alors oui, on aime, et on est joyeux. Et l’on suscite la joie autour de soi. Réjouis­sons-nous, car le Seigneur, viens nous apprendre cela. Il vient transformer notre cœur, il vient nous sauver, nous montrer où se trouve la joie profonde, le vrai bonheur. La joie est plus que le plaisir, parce qu’elle touche notre esprit. Elle prend tout notre être. « Être capable de trouver sa joie dans le bonheur de l’autre, voilà le secret du bonheur » (Georges Bernanos).


 

 
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