AU FIL DES HOMELIES

JE TRESSAILLE DE JOIE

Is 61, 1-2a.10-11 ; 1Th 5, 16-24 ; Jn 1, 6-8.19-28
Troisième dimanche de l’Avent – année B – (17 décembre 2017)
Homélie de Mgr Christophe DUFOUR

Je tressaille de joie, dit le prophète ; « Gaudete » chantait-on dans le temps l’introït de ce dimanche. « Réjouissez-vous ! Soyez dans la joie ! », écrit l’apôtre Paul aux chrétiens de Thessalonique.

Frères et sœurs, l’Eglise déclare ce dimanche "dimanche de la joie". Gaudete, soyez dans la joie ! Comme la future maman qui voit approcher le moment où l’enfant verra le jour. Certes, il y a toujours chez elle un petit soupçon d’inquiétude, peut-être même une pointe d’angoisse, mais au fond, au tréfond de l’âme, une joie profonde, prête à éclater et à rayonner : la délivrance est proche, la naissance est imminente.

Ainsi Marie sur le chemin de Bethléem. « Je tressaille de joie » dit le prophète, qui annonçait depuis longtemps la venue de Celui qui déchirerait les cieux, la venue du Messie, la naissance de Dieu, avec nous, Emmanuel. Jusqu’à l’ultime prophète, celui que l’on appelle le dernier, Jean, le Baptiseur. Celui que l’Eglise nous donne à entendre en ce dimanche de la joie, il annonce la mise au monde.

Qui es-tu, Jean ? C’est la question des Pharisiens qui s’approchent de lui, peut-être pas tout à fait dans une bonne intention, c’est déjà une atmosphère de procès : à quatre reprises « Qui es-tu, Jean ? Qui es-tu ? Qui es-tu pour baptiser ? » La réponse tient en deux mots : Jean est un témoin, Jean est la voix. Un témoin et la voix.

Commençons par cette affirmation de l’écriture aujourd’hui : Jean est un témoin. Un témoin est celui qui a vu. Qu’a-t-il vu ? L’Evangile nous dit : « Il est venu comme témoin, il était là pour rendre témoignage à la lumière ». Il a vu la lumière. Quelle est-elle cette lumière ? Bien sûr nous pensons au Christ, quand il est écrit qu’Il est la lumière du monde, et nous mettons toute notre foi en Lui, et voilà ce Christ, lumière du monde qui nous rassemble ce matin encore, le Ressuscité.

Mais à ce stade de l’Evangile, au chapitre un de l’Evangile de Jean, Jean n’a pas encore vu le Christ. L’Evangile nous dit qu’il est encore de l’autre côté du Jourdain. La Pâque, le passage du Jourdain, n’a pas encore eu lieu, ni même le baptême de Jésus ; la voix du Père n’a pas encore parlé pour lui dire : « Celui-ci est mon Fils bien aimé » ; la lumière de l’Esprit, sous la forme d’une colombe, n’a pas encore révélé la source de l’éternel amour qui remplit l’homme Jésus, le Verbe fait chair ; nous ne sommes pas encore le lendemain. Le verset qui suit le récit que nous avons proclamé aujourd’hui dira « le lendemain ». Mais nous ne sommes, Jean Baptiste n’est pas encore, dans ce lendemain, le lendemain qui chantera le chant du Bien aimé, qui chantera l’agneau de Dieu, le Verbe fait chair…

Quelle est-elle donc, cette lumière dont Jean est le témoin ? Elle est la lumière du commencement et elle est la lumière des Ecritures. La lumière du commencement : si vous avez lu l’Evangile d’un peu près, avant de venir à cette eucharistie, vous avez pu voir que dans l’Evangile du jour, l’Eglise a inséré un verset du prologue de Jean avant le début de la narration : « Au commencement était le Verbe, en Lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes. La lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée ». L’Envoyé vient rendre témoignage de cette lumière, dans les ténèbres, dans la nuit, Jean est le témoin de la lumière du Verbe créateur, Dieu s’est rendu visible dans sa création, Jean est témoin de l’invisible présence de Dieu dans la création, la lumière des origines, la lumière du commencement, la lumière de l’amour créateur qui ne cesse de briller dans l’histoire de l’humanité. Lumière du commencement et le commencement n’a pas de fin. Le commencement est encore inscrit en nous, en chacun de nous, frères et sœurs. Ce commencement, la lumière de l’Amour, nous sommes nés de l’Amour.

Lumière des Ecritures. Jean est de ceux qui ont scruté les Ecritures. Il était fils de prêtre, de prêtre du Temple, attaché au service du Temple. Et il a vu par avance la clé de toutes les Ecritures, du livre de la Genèse jusqu’au dernier des prophètes. Toutes les Ecritures disent le Christ, et Jean le voit. Il voit venir le temps où s’accompliront les promesses contenues dans les Ecritures du premier Testament, de la première Alliance. C’est ainsi que parfois – je n’ai pas pris le temps, pas eu la curiosité de regarder la crèche de l’église Saint-Jean-de-Malte, je ne sais pas si elle est faite, encore – mais souvent, je l’ai vu dans les églises, avant de mettre l’enfant solennellement la nuit de Noël, on y dépose le livre des Ecritures. Le livre des Ecritures est déjà là ! Et Jean le Baptiste a scruté les Ecritures et c’est là qu’il a vu la lumière. Et c’est de ce témoignage, c’est de cette vision de la lumière, scrutée dans les Ecritures, dont il vient être le témoin pour dire : « Ça y est ! Elles vont s’accomplir, c’est maintenant, le temps est venu ».

Il ne voit encore rien venir, mais il voit que c’est maintenant. Jean est un témoin, allons à la rencontre de ce témoin.

Et il est la voix. Il reconnaît dans les Ecritures la voix qui crie, la voix est un cri ! La voix annoncée par le prophète Isaïe, « Vas-y, lui dit Dieu, vas-y, proclame, crie ! » Et lorsqu’on demande à Jean le Baptiste : « Qui es-tu ? », il ose prétendre, voilà sa prétention, à Jean le Baptiste : « Je suis la voix », annoncée six siècles auparavant par le prophète Isaïe. Il ose dire, voilà son audace de prophète : « Je suis la voix qui crie ». Et il crie dans le désert. On a déjà dû vous parler du désert puisque le temps de l’Avent est un passage au désert, car le désert est le lieu du silence, et donc le lieu propice à l’écoute puisque les bruits se taisent. L’écoute de la Parole éternelle, celle que Jean-Baptiste a écoutée. Le désert est aussi le lieu de l’épreuve, mais d’une épreuve particulière, l’épreuve de la pauvreté : le désert est donc le lieu où nous nous rendons capables d’accueillir le don de Dieu.

La voix est un cri, un cri dans le désert, mais quel est donc ce cri ? Il se résume en un mot : « Redressez le chemin ! » Dans d’autres Evangiles, on dit : « Convertissez-vous ! » Et comme dans la liturgie, la voix est accompagnée d’un geste. Le plongeon dans l’eau, le baptême de conversion, l’eau qui lave. Redressez le chemin, purifiez vos cœurs, lavez-vous, lavez-vous de vos pêchés, retournez-vous, transformez vos vies, tournez-vous vers le Seigneur, tournez-vous vers la lumière.

Tel est donc Jean-Baptiste : un témoin, un témoin de la lumière ; la voix, la voix qui crie ; quelle est pour nous aujourd’hui la leçon ? Dans ces jours qui précèdent une invitation à être nous-mêmes témoins, une invitation à obéir à la voix.

Une invitation à être témoins : frères et sœurs, que voyons-nous ? Qu’y a-t-il de différent entre ceux qui se préparent à envahir la ville d’Aix pour faire leurs courses, et qui le jour de Noël vivront leur fête en famille tranquillement autour du foie gras et de la dinde ? Que voyons-nous ? Rien. Nos yeux de chair et nos esprits ne voient rien d’autre. Alors nous sommes témoins d’une présence invisible, qui nous brûle, nous sommes témoins de cet amour qui nous attend. Alors nous avons creusé nos cœurs, nous avons laissé la place ; nous sommes, comme le dit cette belle expression de Jean Paul II, « les sentinelles de l’invisible », au cœur de notre monde, au cœur de notre société, nous serons dans la nuit de Noël les « sentinelles de l’invisible ».

Et voilà qu’un enfant nous est donné, un enfant… Nous allons courir dans la nuit de Noël pour aller nous prosterner devant cet enfant, cet enfant unique dans toute l’histoire de l’Humanité, cet enfant qui est le nôtre, qui vient à nous, qui naît au milieu de nous, que toute l’Humanité, pendant des milliers d’années, a attendu. Un enfant nous est donné. Et cet enfant fait vibrer en nous, frères et sœurs, la tendresse, cet enfant fait vibrer la soif d’aimer, et d’être aimé, inscrite de toute éternité, depuis le commencement, cette origine, nous la touchons, nous la touchons dans cette soif d’aimer et d’être aimés, car nous avons été créés à la ressemblance de Dieu, capables d’aimer, et cet enfant vient réveiller en nous ce désir d’aimer et cette soif d’être aimés.

Alors, pendant ce temps qui précède Noël, réveillons l’enfant qui dort en nous. Cet enfant que nous allons adorer est Dieu. Il ne vient pas à nous avec les armes des puissances humaines, Il vient à nous désarmé comme un enfant. Sans doute, les Juifs de cette époque l’attendaient comme un "Superman", quelqu’un qui allait transformer le monde, qui allait vraiment être un roi, écrasant tous les autres rois de la Terre, les rassemblant… Non ! Notre roi vient à nous désarmé, comme un enfant. Il naît dans une mangeoire, à Bethléem, la maison du pain, car Il sera le pain de vie. L’éternel amour se livre en nourriture. Dans la crèche, nos frères chrétiens d’Orient, je ne sais pas si vous avez déjà vu les icônes de la Nativité, la mangeoire est en même temps le tombeau, et les langes sont les linges qui enveloppent le corps livré du Christ.

Frères et sœurs, nous sommes témoins de ce Dieu-là. Un Dieu qui vient à hauteur d’homme, qui s’abaisse à hauteur du plus petit. Aucun n’est oublié dans son cœur de Père, nous sommes témoins de ce Dieu-là. Quelle joie ! Réjouissons-nous ! Soyons dans la joie, comme Marie qui chante son Magnificat.

Quelle leçon pour nous aujourd’hui ? Etre un témoin, et puis obéir à la voix : « Redressez le chemin, nous dit la voix, préparez la route ! » Je le redirai en trois mots tout simplement : simplicité, prière, réconciliation.

Simplicité. Il nous faut être des résistants, frères et sœurs, ça ne peut plus durer. Vivre un Noël en toute simplicité et vivre la simplicité du partage. Etre la lumière de cette vie simple, de ces joies simples, non sophistiquées, non emballées, avec évidemment le plaisir de donner, de partager, de faire des cadeaux, mais qui disent l’amour, qui ne sont pas uniquement une convention, qui disent l’amour du cœur, qui donnent le signe de l’amour du cœur. Simplicité, simplicité.

Prière. « Soyez dans la joie et priez sans relâche ! », dit l’apôtre Paul. La prière pour se mettre dans la présence invisible. La prière, ce n’est pas d’abord dire les prières, frères et sœurs, la prière est une rencontre. Si nous voulons être témoins de la présence invisible, il faut la laisser venir en nous, cette présence. Prier.

Et puis se réconcilier. Evidemment, je vous conseille, je vous invite à vivre le sacrement de réconciliation. Jean-Baptiste disait : « Venez vous plonger dans l’eau du Jourdain », l’Eglise vous dit : « Allez vous réconcilier avec le Seigneur, allez vous laver de vos fautes et de vos pêchés, pour que le Seigneur puisse prendre toute la place chez vous ». Et puis réconciliez-vous aussi avec ceux à qui vous avez fait du mal, réconciliez-vous plus particulièrement en famille. Il y a une magnifique tradition, je ne sais pas s’il y a des Polonais parmi nous, une belle tradition, où la veille de Noël, au cours du repas, on partage ce que l’on appelle l’opłaty, un pain azyme, et chacun va donner un petit morceau de son pain azyme à quelqu’un, en lui offrant en même temps son pardon et en lui demandant le pardon.

Voilà. Que le Dieu de la paix, comme dit l’apôtre Paul, vous sanctifie tout entier, âme, esprit et corps. Et Il est fidèle, le Dieu qui vous appelle. Tout cela, Il le fera. Alors nous pourrons reprendre la prière de Marie à l’ange : « Que cela se fasse comme Tu le dis, Seigneur ! Mon âme exalte le Seigneur ». Gaudete, soyez dans la joie, frères et sœurs ! Amen.

 
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