AU FIL DES HOMELIES

Photos

EN DIEU MON CŒUR TROUVE SA JOIE

So 3, 14-18 a ; Ph 4, 4-7 ; Lc 3, 10-18
Troisième dimanche de l'avent – Année C (16 décembre 1979)
Homélie du Frère Jose FABRE

 

Le psaume 32 nous fait dire : "En Dieu mon cœur trouve sa joie !" En effet, si prier veut dire correspondre à "l'attente de Dieu", si prier c'est "préparer les chemins du Seigneur" dans nos vies, dans nos cœurs, dans le monde, prier c'est aussi se tenir joyeusement devant le Seigneur, c'est goûter la joie qui nous vient de Dieu.

Le prophète Sophonie nous disait : "Poussez des cris de joie, peuple de Dieu !" Et saint Paul nous a dit et redit : "Soyez dans la joie !" En effet, ou bien Dieu est source et cause de notre joie, et alors cela doit se voir sur notre visage, dans notre comportement, dans nos attitudes, dans notre vie, ou alors Dieu nous laisse quasiment froids et alors nous ne pouvons pas dire que nous L'aimons vraiment. Nous croyons en Lui, certes, comme nous croyons en l'Amérique ou en Napoléon, mais nous ne pouvons pas dire que nous L'aimons vraiment. Le visage d'un saint est toujours joyeux. Lisons leur vie, regardons leur photographie, comme pour Thérèse de Lisieux, Charles de Foucauld ou Don Bosco. Écoutons les témoignages à leur sujet. Ils sont toujours joyeux malgré leurs luttes, leurs difficultés, leurs échecs, parce qu'ils vivent en présence de Celui qui est vraiment le Bien-Aimé. Et la Bible, de la première à la dernière page, résonne de ces cris de joie ce ceux qui ont trouvé le Salut en Dieu. Plus de deux cents citations pourraient être dénombrées qui sont toutes autant d'explosions de joie devant Dieu de la part de ceux qui l'ont contemplé. Un chrétien n'est pas meilleur que les autres, nous le savons par expérience : le dévouement, la bonté, la droiture ne sont pas réservés aux chrétiens. Mais le chrétien c'est, ce doit être quelqu'un qui est plus heureux qu'un autre. Et il est plus heureux s'il vit de Dieu, comme un enfant vit de sa mère et trouve en elle sa joie, comme un époux vit de sa femme, comme une fiancée vit de celui qu'elle aime. Et je viens de reprendre ici les expressions que les prophètes ont employées pour nous dire l'intimité qui devrait exister entre Dieu et nous. En effet, la joie est contagieuse. Gandhi nous portait une terrible condamnation lorsqu'il disait qu'il aurait volontiers été chrétien si les chrétiens avaient eu eux-mêmes l'air plus heureux d'être sauvés. On recherche les gens heureux et l'on fuit ceux qui s'ennuient comme on fuit les assemblées dominicales qui ne reflètent pas la joie de Dieu mais qui, au contraire, engendrent le plus profond ennui.

       Depuis quelque temps, depuis quelques années, réveillés par le Concile, c'est-à-dire par l'Esprit Saint, les chrétiens font effort pour retrouver la spontanéité de leur prière, pour retrouver leur sourire lorsqu'ils entrent dans l'église, aux yeux du monde qui les regarde et qui essaie de voir si, véritablement, ils y croient. Peut-être dans nos familles, aux yeux de ceux qui nous voient partir à la Messe et qui regardent sur notre visage si c'est à la corvée hebdomadaire, au "devoir dominical" que nous allons, ou si c'est vraiment pour rencontrer des frères et surtout notre Dieu. Nous essayons de retrouver aussi notre sourire, même lorsque nous allons recevoir le Corps du Christ à l'eucharistie au lieu d'afficher un air qui se veut recueilli mais qui, parfois, ne reflète sinon la tristesse, du moins un manque d'enthousiasme. Certes la joie de Dieu ce n'est pas toujours l'exubérance folle, mais c'est toujours le sourire de l'amour. Une mère de famille sourit lorsque son enfant revient de l'école, même si elle est fatiguée, même si elle a des soucis. Elle sourit parce qu'elle aime. Et un fiancé sourit à sa fiancée quand ils se rencontrent, un ami sourit à son ami quand ils se reçoivent. Alors pourquoi ne pas sourire physiquement devant Dieu ? Je pense que notre sourire, l'éclat de notre regard dans nos yeux c'est une prière, c'est une action de grâces, c'est un témoignage. Un amour qui ne se concrétiserait pas deviendrait vite platonique, froid, ennuyeux.

       Alors prier, pour nous chrétiens, ce sera peut-être retrouver cette hâte, ce désir, cet enthousiasme, cette joie de l'amoureux qui part, par n'importe quel temps, à n'importe quelle heure du jour et de la nuit, à la rencontre de la personne qu'il aime. Ce sera pour nous, concrètement, à n'importe quelle heure, de goûter la joie de nous déranger par amour, pour aller chanter le Seigneur et nous joindre à la prière communautaire. C'est une façon de prier. Ce sera peut-être, en fin de journée, même si on est fatigué, d'aller à la louange des vêpres ou des vigiles, de se lever en pleine nuit pour retrouver la joie de se donner à Dieu quelques instants et se fondre dans la liturgie, dans la véritable danse des cœurs qui vont à la rencontre du Seigneur. Prier, ce sera encore de se tenir tout seul, en présence de Dieu, dans une église déserte ou dans notre chambre, dans la nature, dans notre jardin, pour goûter la joie de Dieu Peut-être fermerons-nous les yeux ! Nous ne dirons rien, mais nous serons heureux. Nous nous redirons alors les paroles du prophète Sophonie : "Sois heureux, tressaille d'allégresse, le Seigneur est en toi, Il est dans ta vie, Il veut écarter tes ennemis, c'est-à-dire qu'Il veut écarter ton péché, ta médiocrité. Il t'apporte le Salut, alors sois heureux".

       Est-ce que notre vie chante la joie de Dieu ? Où en est notre foi à ce sujet ? Sommes-nous vraiment dans la paix et la sérénité dont nous parlait saint Paul ? Il me semble qu'un des plus beaux passages de la Bible est celui où il nous est raconté que David portait l'Arche d'Alliance dans sa capitale Jérusalem. Tout à coup, le jeune roi se met à se dévêtir de ses vêtements royaux et à danser tout seul, sans respect humain, au milieu de la foule, pour dire, pour proclamer la joie qu'il avait de recevoir son Dieu dans sa capitale, chez lui.

       Alors, si prier peut être de se fondre joyeusement dans la prière commune, si prier c'est de se tenir en silence devant Dieu, de goûter la joie qu'Il nous donne, prier c'est peut-être aussi, et nous n'y pensons pas assez découvrir dans la contemplation, dans le recueillement, que Dieu danse de joie à cause de notre amour. Nous faisons de Dieu un être impassible, que rien n'atteint, ni notre amour, ni nos péchés, un être qui nous regarderait vivre et mourir, pleurer et sourire, aimer et maudire, mais de façon très froide, anonyme. Or "Dieu est Amour" et comme tout amour, l'Amour divin réagit devant notre attitude. Certes nos péchés n'enlèvent rien à sa gloire et notre amour n'ajoute rien à sa grandeur, mais Dieu tressaille de joie devant notre amour. Car le cœur de Dieu est vivant et le prophète Sophonie nous disait : "En toi Dieu prendra sa joie ! Il dansera de joie avec des cris d'allégresse pour toi !" Nous pourrions dire comme David, un jour, a dansé pour Dieu, je veux danser de joie pour le Seigneur afin qu'Il soit heureux !

       Et c'est cela l'Alliance. Dieu nous donne sa joie et la reçoit de nous, et nous recevons la joie de Dieu et nous la lui donnons. Dans l'évangile, le Christ nous rappelle"qu'il y a plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit que pour quatre-vingt dix-neuf justes qui n'ont pas besoin de pénitence". Donc le ciel bondit de joie. Le ciel cela remue. Le cœur de Dieu tressaille de joie et d'allégresse. Alors essayons de goûter cette joie que nous donnons à Dieu. Certes, cette joie que nous essaierons de découvrir, dans la prière, n'est qu'un faible balbutiement de la joie parfaite que nous vivrons avec le Seigneur. Dans la vie, il y a tellement de misères et de malheurs, nous côtoyons tant de souffrances humaines, il y en a tellement dans notre vie ; nous avons nous aussi nos heures noires de découragement, de peine, de chagrin, de douleur. Le Christ Lui-même a été ému jusqu'aux larmes devant les misères humaines. Mais Il est venu planter au cœur de nos vies la joie éternelle, Il nous demande de sécher nos larmes et de sourire dans la Foi et l'espérance parce qu'Il vient. Jean-Baptiste nous le disait tout à l'heure : "Il vient Celui qui est plus grand que moi." Il vient Celui qui est la bonne nouvelle, et une bonne nouvelle fait sauter de joie. Dans nos luttes quotidiennes, notre prière sera ce temps fort où nous viendrons faire le plein de joie, de paix, de sérénité. Il faudrait qu'un jour chacun de nous découvre, peut-être certains l'ont-ils déjà expérimenté, la bonne nouvelle que Dieu lui apporte dans sa vie, comme réponse à tel ou tel évènement. Il faudrait que cette bonne nouvelle nous fasse bondir de joie, réellement, dans telle ou telle circonstance où, précisément, nous étions dans le désarroi, dans la peine, dans le découragement. Or seuls ceux qui prient longuement et en vérité devant Dieu découvriront cette bonne nouvelle et la joie que Dieu nous apporte.

       Dès aujourd'hui, et dans chaque eucharistie, le Seigneur nous invite à anticiper cette joie éternelle. Il nous demande de la vivre ensemble, devant ceux qui nous regardent qui, tout à l'heure, nous ont vu entrer dans cette église, qui nous regardent sortir, qui nous regardent pour essayer, peut-être de deviner dans la joie de nos yeux s'il n'y aurait pas moyen de nous suivre, "si cela en vaut vraiment la peine" comme le disait un jour Gandhi, aux yeux aussi du monde qui a soif de Dieu et qui a soif de la joie de Dieu. Et nous qui allons tout à l'heure dans l'eucharistie, nous alimenter à cette joie de Dieu, sentons nous très responsables de cette joie et les témoins heureux de cette Joie.

       AMEN

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public