AU FIL DES HOMELIES

Photos

PATIENCE

Is 35, 1-6a.10 ; Jc 5, 7-10 ; Mt 11, 2-11
Troisième dimanche de l'avent – Année A (17 décembre 1989)
Homélie du Frère Michel MORIN


Crépy-en-Valois : Saint Jacques
Frères, en attendant la venue du Seigneur, ayez de la patience. Regardez le cultivateur, il attend les produits précieux avec patience jusqu'à ce qu'il ait fait la première et la dernière des récoltes.

"Ayez de la patience vous aussi, car le Seigneur est proche". C'est cette simple phrase de la prédication de l'apôtre Jacques que je vous propose, un bref instant, de méditer ce matin. Nous sommes à une semaine de la fête de Noël, et l'apôtre nous rappelle cette disposition essentielle, fondamentale, caractéristique de la foi chrétienne : il nous faut attendre Dieu. Et voici la façon particulière de l'attendre : avec une infinie patience. De quelle patience s'agit-il ? Elle n'est pas d'abord un trait de notre psychologie bien que cela puisse nous y aider. L'apôtre Paul, aux chrétiens des Galates, en parle comme d'un fruit de l'Esprit, un don de la grâce, et il se reconnaît à son corollaire : la douceur. En d'autres termes, et l'apôtre Jacques nous le signifie de façon non équivoque, votre patience correspondra à ce fait suivant : "Frères, ne gémissez pas continuellement les uns contre les autres". Dans son épître aux Colossiens, l'apôtre Paul nous dit encore : "Vous, vous les élus de Dieu, ses saints et ses bien-aimés, revêtez-vous des sentiments de compassion, de bienveillance, d'humilité, de dou­ceur et de patience". Et il ajoute : "Pardonnez-vous toujours mutuellement les uns aux autres". Il nous faudrait, je pense, chacun et aussi tous ensemble, non pas d'un regard psychologique, mais dans la lumière de la foi c'est-à-dire celui du veilleur qui attend son Seigneur, il nous faudrait, et je vous le propose, au long de cette semaine, mesurer notre patience, mesurer la vérité de notre attente de Dieu à la vérité de notre douceur mutuelle, de notre compassion réciproque, de notre bienveillance les uns par rapport aux autres.

L'attente de Dieu, ce n'est pas de la théorie, ce n'est pas de l'abstraction, mais une disposition qui doit s'incarner, non seulement dans notre croyance, mais dans notre être, c'est-à-dire dans notre style de vie, dans notre façon de vivre les uns avec les autres. Je vous renvoie donc, ou plus exactement je vous envoie cette parole de l'apôtre Jacques : "Ne murmurez pas les uns contre les autres". Je vous renvoie cette parole à vous qui vivez en couple ou en famille, à vous qui travaillez dans cette paroisse, en comité, en groupe ou en chorale. Je vous envoie cette parole, au nom de Dieu, à vous qui travaillez avec les hommes, et à nous-mêmes prêtres, moines, qui vivons les uns avec les autres.

Frères et sœurs, notre douceur réciproque, notre bienveillance, c'est le trait caractéristique de la vérité de notre attente du Seigneur Jésus. Pourquoi ? parce qu'il s'agit d'un trait magnifique de l'attente de Dieu pour l'homme. Pendant le temps de l'Avent, nous parlons beaucoup de notre attente de Dieu. Ne faudrait-il pas aussi évoquer l'attente de Dieu ? Or comment Dieu nous attend ? L'apôtre Paul encore, dans l'épître aux Romains, nous écrit : "Dieu nous supporte avec beaucoup de longanimité, avec beaucoup de patience". Il nous attend, Il nous donne un très long délai de temps pour nous manifester sa miséricorde. La patience, cette disposition du cœur divin qui s'écrivit tout au long de l'histoire biblique c'est-à-dire tout au long de l'histoire tout court, car si les prophètes de l'Ancien Testament sont avant le Christ, leur expérience spirituelle est de toujours et elle doit être la nôtre aujourd'hui. Connaître dans notre vie la patience de Dieu pour nous, pécheurs, connaître dans notre vie cette délicatesse infinie de Dieu qui passe son temps à nous attendre et qui nous attend pour nous pardonner, c'est-à-dire pour nous faire connaître et nous faire vivre son salut, son amour, sa miséricorde. En termes hébraïques, la patience se traduit par "la lenteur à la colère", c'est un des grands refrains du Livre de l'Exode et des Psaumes : "Dieu lent à la colère, plein d'amour et de miséricorde". Et l'auteur de l'épître à Diognète enseignait à la suite de l'apôtre : "Dieu a fait toutes choses et les a disposées avec ordre. Il s'est montré pour les hommes non seulement plein d'amour, mais plein de patience, secourable, bon et sans colère. Il ne nous a pas détesté ni repoussé, il ne nous a pas tenu rancune, au contraire il a longtemps patienté, il nous a longtemps supporté". Cette disposition de Dieu pour nous doit donc être un des traits majeurs de notre vie chrétienne : "des chrétiens lents à la colère pleins d'amour et de miséricorde". Parce que Dieu nous attend pour nous pardonner, il nous faut toujours attendre l'autre pour vivre avec lui dans la patience et le pardon.

Frères et sœurs, nous sommes dans un monde excitant, c'est vrai, excité aussi. Nous sommes dans un monde où nous perdons patience parce que ce monde, et nous le sentons bien, voudrait avoir tout, tout de suite. Mais aux yeux du sage, il n'en prend pas les moyens. Dans ce monde, il nous faut vivre tranquillement, paisiblement, humblement ce trait caractéristique de la charité la patience les uns avec les autres, parce que Dieu est patient avec nous.

Je vous propose tout simplement cette semaine, à la suite de ce que nous demande l'apôtre Jacques, de retrouver une conscience plus vive, c'est-à-dire plus réelle, une conscience plus spirituelle, c'est-à-dire plus humaine, de la nécessité de vivre de façon impatiente la venue de Dieu, mais avec beaucoup de patience.

Alors je vous rappelle ce que dit l'apôtre Paul, tout simplement : "Ni rancune, ni rancœur, ni méchanceté, ni aigreur, ni condamnation, ni suspicion". Alors dans notre cœur s'installera cette attente où, de récolte en récolte, nous bénéficierons du pardon de Dieu, car comme le dit l'apôtre Jacques : "Si vous jugez, vous serez aussi jugés". Persévérons simplement dans notre vie quotidienne, dans cette terre immuable et féconde de l'espérance qui est pour nous cette patience où nous attendons Dieu en aimant les autres de la façon même dont il nous attend. Voici une manière authentique de nous identifier à Jésus puisqu'il nous demande de nous aimez les uns les autres comme lui nous aime.

 

AMEN


 

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public