AU FIL DES HOMELIES

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LES TROIS MISSIONS DE L'ÉGLISE DE L'AVENT

So 3, 14-18 a ; Ph 4, 4-7 ; Lc 3, 10-18
Troisième dimanche de l'avent – Année C (14 décembre 2003)
Homélie du Frère Bernard MAITTE


Nous sommes à dix jours de Noël. Beaucoup de magasins sont ouverts aujourd'hui, et comme nous avons peut-être l'esprit un peu encombré par les achats que nous devons faire ou les derniers cadeaux à acheter, et si vous avez lu le bulletin vous verrez qu'il y a des idées de cadeaux. Je livre à votre réflexion trois points qui me paraissent importants en ce troisième dimanche de l'Avent.

La première expression c'est celle que je prends dans l'évangile et qui m'a marqué : "Or le peuple était dans l'attente". La deuxième, c'est celle que nous avons entendu dans la lecture de saint Paul : "Frères, ne soyez inquiets de rien". Et la troisième se trouve dans la première lecture : "Réjouis-toi, sois dans l'allégresse fille de Jérusalem". Ces trois expressions me font penser et réfléchir à quelque chose qui me tient à cœur, c'est ce que nous sommes lorsque nous sommes réunis ensemble et que l'on appelle l'Église. Il me semble que ces trois expressions peuvent nous faire comprendre qu'en ce temps de l'Avent, notre Église, notre communauté, doit être une Église de l'Avent.

J'espère en une Église de l'Avent, une Église qui comme la première expression le dit, est "un peuple qui est dans l'attente". Il y a trois missions qui sont propres à l'Église et définissent sa nature : l'Église a pour mission de témoigner selon le mot ancien qui est de l'ordre du martyre : marturia. L'Église a pour mission ensuite d'être une Église du service, de la charité, selon le mot ancien chrétien : diaconia, une Église de la diaconie. L'Église a pour mission et c'est sa nature, d'être une Église de la louange, c'est ce qu'on appelle la liturgie, selon le mot ancien : leturgia.

"Le peuple était dans l'attente". Il me semble que cela répond à une Église qui est capable de savoir qui elle attend, d'une Église qui est capable de savoir rendre compte de l'espérance qui est en elle, une Église de la foi, de témoignage, même si ce témoignage est difficile, même si la foi coûte des efforts, même si la foi n'est jamais une évidence, même si le monde ne croit plus, même si la société peut aller contre la foi. L'Église n'attend pas d'être avalisée forcément dans ce qu'elle dit ou dans ce dont elle témoigne, parce qu'elle sait qu'elle a pour elle cette espérance, elle sait qu'elle est le peuple qui attend. Autant dire qu'elle sait comme un peuple qu'elle forme à la fois un tout et que le peuple c'est celui qui avance, selon la belle définition de l'Église dans le Concile Vatican II : "une Église peuple de Dieu en marche vers le Royaume". Une Église qui sait qui elle attend, qui aime à scruter les Écritures, qui aime à les comprendre, qui aime à dire qui est son Seigneur et qui aime à parler de Lui, qui aime à creuser toujours plus à creuser ce mystère dans la foi. Une Église qui n'a pas peur de réfléchir, une Église qui n'a pas peur de connaître et de faire connaître. C'est cela le témoignage, et c'est cela la foi, c'est cela le "marturia". C'est cela qui implique qu'une Église de l'Avent c'est bien une Église de l'attente, une Église de l'espérance, une Église du dynamisme qui s'oppose peut-être à une Église que l'on a trop souvent mise en place, que l'on a trop souvent édifiée et comme statufiée.

Deuxième expression, celle qui nous est donnée par saint Paul : "Frères ne soyez inquiets de rien". C'est, je l'espère, une Église de l'Avent qui est une Église où chacun peut se reconnaître frère. Pour ceux qui ont des frères et sœurs, on le sait, la fratrie n'est pas facile à vivre, elle est faite d'oppositions. Nous sommes obligés forcément, de nous confronter, sinon, nous ne sommes pas des frères, nous sommes des étrangers, sinon, nous ne sommes pas des chrétiens, nous sommes des voisins assis les uns à côté des autres. La fraternité n'enlève pas la difficulté. Mais cependant nous sommes bien une Église de frères qui n'est pas une Église inquiète, qui n'est pas une Église de la peur, de la crainte. C'est une communauté qui est capable d'établir et de créer la relation, qui est capable d'inventer des liens de société, des liens sociaux, quand justement notre société humaine n'est plus capable de relations, quand notre société n'est parfois plus capable de tisser des liens d'humanité et de "vivre "ensemble". Il reste à l'Église ce trésor de la fraternité, et elle n'a pas peur d'appeler frère, quelle que soit la personne, qu'elle soit blanche ou noire, qu'elle ait choisi dans sa vie telle manière de vivre ou telle autre, qu'elle soit jeune ou vieille, il n'y a pas de discrimination dans l'Église. J

'espère en une Église de l'Avent qui ne s'inquiète pas de ce quelle est ni de ce qu'elle propose, parce que c'est une Église qui est capable, même pour elle-même en sa nature, d'être invitée à dénouer des nœuds disciplinaires et des nœuds théologiques qui encore l'encombrent, qui font que certains peuvent encore se sentir exclus de cette communauté, que certains peuvent se sentir tellement étrangers à ce qu'est l'Église alors que sa vocation c'est de n'avoir pas peur de proposer malgré la difficulté, la relation et la fraternité, de reconnaître ainsi dans le visage des autres Celui qu'elle accueille : le Christ lui-même. Elle reconnaît dans le visage de ses frères la présence de Jésus. Elle comprend dans ces cas-là que son frère est le sacrement de ce visage de Jésus que je recherche. Cela s'oppose très certainement à une Église qui ne serait que d'ordre disciplinaire, d'une Église qui ne serait que de l'ordre de la structure ou de la hiérarchie.

Troisième expression : "Réjouis-toi, sois dans l'allégresse, fille de Jérusalem". Ce beau titre de fille de Jérusalem, fille de la cité de la paix, appelée à la réjouissance et à la joie, c'est une Église de l'Avent, c'est une Église de l'espérance qui sait qu'elle célèbre quelqu'un qui est en elle. Elle sait rendre grâces dans ce monde, elle sait chanter, elle sait être heureuse. On a tellement reproché aux chrétiens d'être tristes ! La joie doit illuminer le cœur de cette Église parce qu'elle se sait sauvée et que se rassemblant tous les dimanches, cette Église sait qu'elle est en train de vivre l'acte même de la Pâque, de passer de la mort à la vie, de passer des ténèbres à la lumière, de passer du péché à la grâce. Oui, nous ne valons pas grand-chose par rapport à ce que nous vivons ou à ce que nous sommes, mais en revanche, nous savons que nous avons comme un chant de joie, une musique de fête au cœur de l'Église qui nous fait dire : nous rendons grâces, parce que justement, nous sommes sauvés, parce que justement nous passons de la mort à la vie, parce que chaque dimanche nous célébrons la Résurrection, parce que nous savons que dans la liturgie dans ce service de l'action de grâces, c'est le Seigneur qui est présent. C'est le Seigneur qui fait son Église, c'est le Seigneur qui vient réjouir la Fille de Sion, comme l'époux vient réjouir l'épouse, cette Église de l'Avent qui a quelque chose à dire et à célébrer, qui a quelque chose à faire vivre et à mettre en relation, et qui est tellement heureuse de ce qu'elle est, qu'elle est capable de le faire partager, qu'elle est capable de le chanter, et plus simplement de le dire. Oui, une Église de l'Avent, de l'espérance qui s'oppose très certainement à une Église du rubricisme ou à une Église du formalisme.

Frères et sœurs, saint Paul nous le rappelle, l'Église n'est pas une idée, c'est une réalité. L'Église ne me dépasse pas, l'Église elle est ce que j'en fais, elle est ce que j'en suis. L'Église est ce que je vis. Autrement dit, si je vis, si je témoigne, si je célèbre d'une certaine manière c'est toute l'Église qui en est transformée, c'est toute l'Église qui en devient une Église de l'Avent. Ce n'est pas simplement quelque chose qui me tombe d'en-haut, ce n'est pas le "Deus ex machina" qui vient arranger la situation à la fin d'un drame. L'Église c'est cette réalité concrète faite de chacune de nos personnes, de nos idées, de notre vie et de notre histoire. L'Église est riche de ce que nous sommes personnellement, et l'Église est ainsi agrandie, elle est ainsi embellie, elle est ainsi porteuse de fruit, et elle entre dans le concret de la vie des gens, de nos familles, de notre activité professionnelle, de nos activités sociales, elle entre dans la réalité d'une société et d'une culture. L'Église est bien alors le ferment dans la pâte, elle est bien alors ce petit grain de sénevé, douze petits apôtres qui n'ont rien de plus que nous, et qui transforment pourtant le monde, la société. Une Église qui transforme ainsi d'abord mon cœur.

Ainsi, la mission de l'Église c'est d'être martyre, la mission de l'Église c'est d'être diaconie, la mission de l'Église c'est d'être liturgie, et cette mission, c'est la vocation et la mission de chacun d'entre nous. Pouvoir dire avec ce que l'on est, sa foi, pouvoir rendre service avec ce que l'on est, pouvoir dire merci pour ce qui nous est donné.

 

AMEN

 

 
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