AU FIL DES HOMELIES

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LIBRES DANS LA GRÂCE

So 3, 14-18 a ; Ph 4, 4-7 ; Lc 3, 10-18
Troisième dimanche de l'avent – Année C (12 décembre 1982)
Homélie du Frère Michel MORIN

La foule gens du peuple, publicains et soldats, la question posée à Jean-Baptiste est la même : "que nous faut-il faire"? La réponse de Jean, si elle diffère selon les cas particuliers est cependant la même dans son aspect fondamental et définitif : "faites-vous baptiser. Moi, je baptise dans l'eau mais Quelqu'un vient qui vous baptisera dans l'Esprit et dans le feu", c'est-à-dire dans le jugement, le jugement dans l'Esprit pour la vie, le jugement dans le feu pour la perdition. Lorsque Pierre au matin de la Pentecôte, prêchait au peuple d'Israël rassemblé à Jérusalem, en évoquant également les prophètes comme Jean-Baptiste le faisait dans sa prédication, en l'occurrence pour Pierre le prophète Joël, le peuple juif qui l'écoutait posa cette question : "que nous faut-il faire" ? C'est la même question au début de l'Église et au début du ministère de Jésus juste au moment de la prédication de Jean-Baptiste. La réponse de Pierre sera la même : "Repentez-vous, que chacun se fasse baptiser au nom de Jésus pour la rémission de ses péchés, vous recevrez alors le don du Saint-Esprit."

Aujourd'hui frères et sœurs, la question qui habite votre cœur ou doit l'habiter, la voici : "que devons nous faire" ? La réponse est toujours la même hier comme demain : "faites-vous baptiser dans Celui qui est venu nous donner l'Esprit et vos péchés seront remis alors vous ne connaîtrez pas le feu de la mort et de la destruction". Mais vous allez me dire : "nous avons été baptisés". C'est vrai. Mais vous savez bien que le baptême ressemble à un grain de sénevé déposé dans la terre, il ne suffit pas de l'avoir semé, ça c'est l'œuvre de Dieu, il faut aussi le cultiver, nous devons apporter une part infime, certes mais essentielle de notre collaboration à l'œuvre de Dieu en nous. Lorsque Jean annonce le baptême du Christ c'est-à-dire la Pâque de sa mort, lorsque Pierre prêche au lendemain de la Pentecôte que ce baptême a été définitivement accompli dans la Résurrection, l'un et l'autre ne font qu'affirmer que dans toute notre vie d'homme notre vie personnelle ou communautaire, Dieu est toujours premier, sa grâce est toujours prévenante et elle restera prédominante toute notre vie, quoi que nous fassions. La grâce de Dieu nous a été donnée par ce baptême que nous avons reçu au début de notre vie cette naissance nouvelle dans l'Esprit à travers le signe de l'eau. Cette grâce de Dieu repose dans notre âme notre cœur dans le secret de la partie la plus intime de notre être. Cette grâce de Dieu nous a été donnée et nous l'avons comme un trésor peut-être, comme un trésor caché, mais bien présent.

En ce temps de l'Avent, la parole de Jean-Baptiste, nous rappelle qu'a cette grâce de Dieu, nous devons tout simplement répondre. Alors c'est vrai, souvent nous ne savons pas quoi répondre, nous disons : "que devons-nous faire" ? Je ne vais pas ce matin dire à tout le monde et à chacun : "partagez votre manteau", je ne vais pas dire aux percepteurs d'impôt : retenez uniquement ce qui est fixé par la loi, ni aux militaires qu'ils ne molestent pas les civils. Cela répondait pour Jean-Baptiste aux normes et aux œuvres de miséricorde habituelles dans le judaïsme. Vous savez très bien, les uns et les autres, que vous soyez professeur ou femme de ménage, ce que vous avez à faire dans l'ordre des relations humaines, dans l'ordre du bien commun, mais aussi dans celui de la grâce et de l'Esprit. Cela vous a été dit par Jean-Baptiste, mais surtout par le Christ dans les béatitudes. Et chacun est assez grand pour savoir comment accomplir, comment moduler dans sa vie, l'appel personnel que Dieu lui adresse.

Je voudrais simplement insister sur cet aspect propre à nous tous. Cette grâce que nous avons reçue, au baptême est une grâce qui est personnelle, c'est une grâce qui est en même temps communautaire puisqu'elle construit et fait croître l'Église. Mais cette grâce s'adresse à une personne, et donc essentiellement à une liberté, à votre liberté. "Que devons-nous faire" ? dit la foule des bords du Jourdain où de Jérusalem quand elle se prépare à accueillir Celui qui vient le pardon et la vie. "Que devons-nous faire" ? Comment allons~nous recevoir dans notre liberté d'homme cette grâce de Dieu ? et qu'allons-nous en faire pour qu'elle devienne de plus en plus notre trésor personnel et commun, et qu'elle nous entraîne ensemble vers la rencontre ultime avec Dieu conformément à l'annonce prophétique : "Toute chair verra Dieu". Notre liberté, c'est quelque chose de très difficile et en même temps peut-être de très simple, n'est une chose que nous ne savons pas très bien gérer. Nous en avons d'ailleurs une notion souvent faussée : nous appelons liberté des choses qui n'ont rien à voir avec la liberté, mais qui sont simplement l'exécution immédiate de quelques désirs ou de quelques envies. La liberté, la vraie et la seule, constitue fondamentalement l'être humain en tant qu'homme destiné à chercher, à choisir et à rencontrer Dieu. La liberté n'est pas le fruit de nos choix personnels, de nos désirs ou l'accomplissement de nos rêves. Elle est essentiellement don de Dieu à l'homme pour que cet homme puisse se donner à Lui et en se donnant, recevoir son Dieu, recevoir sa grâce et laisser cette grâce travailler dans son cœur et dans toutes les fibres de sa vie. Avant de la considérer comme une dimension anthropologique ou une faculté psychologique, il faut saisir notre liberté dans le mystère du don que Dieu a fait à l'homme créé à son image et à sa ressemblance.

Que devons-nous faire ? Hier, nous avons été baptisés, aujourd'hui ce que nous devons faire dans notre liberté d'homme, c'est d'accueillir cette grâce baptismale, de la laisser s'enfouir en nous, de lui permettre de grandir en nous et lui donner la liberté de s'épanouir, mais elle ne grandira pas toute seule, car Dieu à une limite à sa puissance, justement notre propre liberté, si nous ne voulons pas, nous en resterons là, mais si nous voulons, Dieu qui nous précède nous aidera. Comme le prêchait saint Jean Chrysostome : "Dieu ne force pas ceux qui ne veulent pas, mais Il entraîne ceux qui veulent". Alors, frères et sœurs, que : devons-nous`faire ? en ce temps de l'Avent, où est annoncé le retour du Christ, le retour incessant du Christ dans notre vie, la présence et l'appel continuel de ce Christ dans notre chair et dans notre cœur, Lui qui vient nous redire que nous sommes baptisés et que nous devons nous laisser convertir par Lui.

Que devons-nous faire ? Simplement un peu plus aujourd'hui : ouvrir notre liberté à la grâce de Dieu, ouvrir notre cœur à la venue de Dieu, ouvrir notre cœur à la présence permanente de Dieu qui veut sans cesse venir nous renouveler que Lui seul peut accomplir parce qu'Il en a l'initiative et la part la plus importante. Mais Il a besoin de notre collaboration, si mince soit-elle, pour que nous puissions nous laisser transformer petit à petit par cette grâce que nous avons, mais que nous oublions si souvent. Nous possédons notre liberté dans sa totalité, mais nous la possédons très mal parce que le péché l'a blessée, l'a détournée de sa fin, l'a affaiblie. Que devons-nous faire ? Nous devons ensemble et personnellement, aujourd'hui, en ce Noël de cette année, accepter la grâce que Dieu nous a donnée au début de notre vie et l'accueillir dans notre liberté d'homme. Alors la grâce se saisira de toutes nos facultés, la grâce imprégnera toutes nos possibilités, la grâce viendra fortifier tout ce qui fait que nous sommes aujourd'hui des hommes avec ce qu'il y a de bon et avec ce qu'il y a de moins bon, pour les purifier. Et très progressivement, elle transformera notre cœur et notre esprit, qui, petit à petit, seront remplis de cette grâce de Dieu, de cette réconciliation de Dieu et de cette paix qu'Il vient accomplir. Et alors nous commencerons à connaître ou à pressentir cette joie dont parlait le prophète Sophonie et dans laquelle l'apôtre Paul nous demandait demeurer constamment. Car voyez-vous, cette joie, ce n'est pas non plus nos petits bonheurs quotidiens, qui ne sont pas sans valeur, dont nous avons besoin, mais notre joie profonde, celle qui vient de Dieu, ce n'est pas exactement cela. La joie profonde du chrétien, c'est que la grâce de Dieu épouse toutes les formes de sa vie humaine, de sa liberté, de sa volonté, de son intelligence et de son cœur pour que, petit à petit, il soit transformé et configuré à l'image de Dieu, au cœur de Dieu et qu'ainsi Dieu présent en nous, agissant en nous, comme le disait le prophète Sophonie, pourra prendre en nous sa joie, car la joie de Dieu c'est de voir que l'homme, malgré son péché ou plutôt avec son péché, chaque jour dans sa vie, essaie continuellement de réorienter, dans la force de la grâce sa liberté, sa volonté, toutes les fibres et tous les moments de sa vie, vers son origine, vers Dieu qui est aussi son but ultime.

Frères et sœurs, c'est cela que nous devons faire. Ensuite, de façon plus pratique, plus pragmatique, nous trouverons très bien, que nous soyons percepteur, soldat, femme de ménage ou professeur, nous trouverons bien comment cela prendra sa forme concrète, sa forme d'application dans notre vie, cela ne peut être que la conséquence. Avant, il faut laisser entrer dans notre cœur cette grâce et nous laisser transformer par elle. Cela demande une disposition intérieure, cela demande que nous prenions le temps de disposer notre être à la grâce de Dieu comme Jean-Baptiste a pris le temps de disposer le cœur du peuple à la grâce de Dieu, comme la vierge Marie a pris du temps à disposer le sien à la venue de Dieu, nous de laisser, en ces jours ultimes de l'Avent, notre cœur s'ouvrir à la grâce de Dieu, peut-être en abandonnant même provisoirement quelques préoccupations ou quelques soucis importants mais qui ne sont pas essentiels, ni définitifs, pour nous laisser imprégner imbiber de la Parole de Dieu qui va prendre chair en nous, qui prend chair en nous lorsque nous recevons le corps et le sang du Christ dans l'eucharistie. Ainsi un peu plus aujourd'hui, nous pourrons consentir à la venue de Dieu. Dieu pourra venir en nous. Dieu pourra nous réjouir en Lui, car, comme le disait le prophète : si Dieu vient parmi nous, c'est parce "qu'Il prend ses délices à être avec les enfants des hommes ".

 

AMEN

 
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