AU FIL DES HOMELIES

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JEAN-BAPTISTE, PRODUIT D'APPEL

So 3, 14-18 a ; Ph 4, 4-7 ; Lc 3, 10-18
Troisième dimanche de l'avent – Année C (13 décembre 2009)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Chenois : Saint Jean-Baptiste

Aujourd'hui, nous allons parler "grandes surfaces ", non pas parce que c'est dimanche et qu'elles devraient toutes être fermées, selon ce qu'a rappelé notre évêque auxiliaire. Mais vous allez voir comment les grandes surfaces vont vous aider à mieux comprendre ce que vous venez de vivre tous les quatre. Nous avons tous fait l'expérience d'arriver dans un magasin pour acheter un produit très particulier. De plus en ce temps où nous avons la liste qui correspond à telle ou telle personne, c'est la grande chasse organisée dans les magasins pour trouver ce qui correspond à mes désirs. Nous avons tous fait cette expérience d'arriver dans le magasin, de nous diriger directement vers rayon habituel et évidemment, le manager a tout chamboulé, à la place du shampoing, vous trouvez les pulls, et à la place des pulls, vous trouvez la lessive. Et vous repartez avec des produits que vous n'auriez pas acheté si tout avait été rangé comme d'habitude.

Je le dis sur le mode de l'humour, mais en fait, saint Jean-Baptiste, c'est exactement pareil. Saint Jean-Baptiste, c'est un produit d'appel. Vous avez tous fait aussi l'expérience des publicités où à un prix défiant toute concurrence, on vous vante une télévision LCD, et quand vous arrivez dans le magasin, on vous dit, oui, mais c'est écrit en tout petit au bas de la page, il n'y avait que quatre cents postes, mais si vous voulez, à la place, je peux vous en proposer un autre beaucoup plus performant mais qui est un peu plus cher. Et généralement, vous repartez avec celui qui est plus cher et que vous ne pensiez pas acheter.

Jean-Baptiste, c'est un produit d'appel. Pourquoi ? Parce que saint Jean-Baptiste résume toute cette exigence et cette puissance de Dieu qui se dégage de l'Ancien Testament. Les gens arrivent devant Jean-Baptiste et lui posent une question : "Que devons-nous faire ?" C'est une question en tant que prêtre, que nous entendons très souvent. Les gens viennent nous voir et posent cette question : "Nous vivons telle ou telle situation, nous voulons nous améliorer, que devons-nous faire ?" Il faut reconnaître qu'à l'image de ce qui va se passer entre saint Jean-Baptiste et les foules qui viennent l'interroger sur cette question : que devons-nous faire ? il nous arrive très souvent à nous, prêtres, non pas de ne pas donner les bonnes réponses, mais de laisser aux gens une impression un peu vague. Ils viennent à nous et pensent qu'on va tout leur donner sur un plateau, qu'on va leur dire qu'il faut être très exigeant, et souvent les personnes sont presque déçues de ne pas nous entendre tomber dans les invectives.

Or, les gens qui vont voir saint Jean-Baptiste c'est exactement la même chose. Vu le personnage qui vit dans le désert, mange des sauterelles, ils se disent qu'il va au moins leur demander l'aller à la synagogue tous les samedis, et de chanter les cent cinquante psaumes tous les jours. Et en fait, que dit saint Jean-Baptiste ? C'est presque d'une banalité effrayante. Il commence par dire aux gens : si vous avez deux vêtements, donnez-en un à celui qui n'en a pas. Il ne dit pas de donner tout ce qu'ils ont, et de rester sans rien. Non, il dit : gardez pour vous ce dont vous avez besoin, et le reste, vous le donnez. Pareil pour la nourriture, il ne dit pas : mourrez de faim et donnez toute votre nourriture aux autres, mais partagez. Et il continue avec les collecteurs d'impôts : il ne leur dit pas de payer à la place des autres, mais de se contenter de prélever exactement ce qu'il est demandé, sans voler les gens. Les soldats qui font leur métier ne s'entendent pas dire qu'il ne faut pas tuer, non, il dit simplement : ne molestez pas les gens, ne leur prenez pas l'argent. Il n'y a pas tellement de religieux dans tout cela ! Les gens viennent avec une préoccupation importante, qu'est-ce que je peux faire, qu'est-ce que je dois faire pour m'améliorer, pour sauver ma vie et entrer dans le paradis ? Et Jean-Baptiste, ce fameux produit d'appel répond par des considérations qui sont d'ordre de société, de bien commun, de vie commune.

C'est exactement comme si vous venez voir un prêtre en lui demandant ce qu'il faut faire, et lui, vous répond : aimez votre femme, votre mari, vos enfants, faites votre travail dans votre vie professionnelle, et ne grugez pas les impôts. Et vous revenez de là en vous disant : je suis allé exprès voir un prêtre, et il me sort ce genre de discours, je n'ai pas besoin d'aller rue d'Italie pour entendre ce genre de parole. Et pourtant, c'est bien ce que dit le produit d'appel. Cela veut peut-être dire qu'il y a un décalage entre la première question qu'il y a dans le désir de l'homme et ce qu'il y a dans le désir et dans le cœur de Dieu. Dieu, (je ne sais pas s'il a fait HEC), mais il a réfléchi comme les managers des magasins. Il a pensé que la meilleure manière pour lui de vendre son produit, n'est pas de se montrer immédiatement tel qu'il est, un Dieu extrêmement miséricordieux. Dieu sait que s'il se montrait tel, les gens ne le suivraient pas, mais il faut mettre en première ligne un produit d'appel. Et quand le poisson aura mordu à l'hameçon, il sera bien accroché.

C'est ce qui se passe dans l'évangile. Ces bonnes personnes sont venues, elles ont posé la bonne question, saint Jean-Baptiste répond et il y a cette phrase qui est très importante : les gens étaient dans l'attente et ils s'interrogeaient pour savoir si Jean-Baptiste était le Messie. Ils étaient dans l'attente. Est-ce que ce n'est pas cela en définitive ce que Dieu attend le plus de notre part ? Vous êtes venus tous les quatre, avec vos propres considérations, votre désir du baptême, qui répond à telle ou telle question, et c'est très bien et d'ailleurs Dieu ne le remet pas en cause. Mais vous allez voir qu'au cours de votre cheminement vers le baptême, et après cela ne va pas s'arranger, vous arrivez avec vos questions, et Dieu va vous amener ailleurs, exactement comme Dieu a fait avec ces foules à travers saint Jean-Baptiste en les emmenant ailleurs. Vous allez passer d'une question sur votre propre amélioration, d'une question morale, à une question qui est plus essentielle, qui est l'attente de Dieu, Dieu en tant que personne. La vie chrétienne n'est pas uniquement de faire en sorte que le bien commun soit préservé, mais la vie chrétienne, c'est fondamentalement le désir de rencontrer quelqu'un. Ce désir de la rencontre ne se fait pas nécessairement à travers des choses extraordinaires, mais à travers une relation dont on va polir toutes les facettes pour qu'elle soit plus éclatante, plus belle et qu'elle porte des fruits. Vous aurez remarqué qu'à la fin de l'évangile, il est question de cette personne qui vient avec la pelle à vanner et qui va faire la différence entre la balle qui sera jetée, et le grain dont on fera le pain, ce pain qui deviendra la corps du Christ et que l'on va manger tout à l'heure.

Frères et sœurs, je crois que c'est cela la vie chrétienne. Pour vous, catéchumènes, c'est ce que je viens de vous dire, mais aussi pour nous chrétiens qui venons, que ce soit tous les jours, ou le dimanche, nous arrivons exactement comme ces foules. Nous arrivons avec nos questions : que devons-nous faire ? Ce qui est très important au cours de la célébration liturgique, ou quand nous lisons la Parole de Dieu, c'est d'accepter d'être dérangés. Un peu comme quand vous arrivez avec votre liste de cadeaux dans les magasins, vous ne trouvez pas le cadeau que vous aviez décidé d'acheter, mais laissez-vous peut-être surprendre par une chose encore plus étonnante, plus belle, plus originale avec laquelle vous allez repartir. Ne vous dites pas que vous devez faire tous les magasins pour dénicher ce que vous souhaitiez au départ.

Je crois que c'est cela la vie chrétienne. Ceux dont on dit qu'ils sont déçus par la vie chrétienne, ce sont des gens qui seraient arrivés devant saint Jean-Baptiste et qui auraient trouvé que son discours était très petit et pas très intéressant et qui auraient continué à pérégriner dans tout Israël en vue de trouver le prophète qui correspond à ce qu'ils voulaient entendre.

Frères et soeurs, que cette fête de Noël soit véritablement pour nous l'occasion de nous laisser ébranler sur nos bases par ce Dieu qui vient, et qui ne vient pas comme le produit d'appel qui est Jean-Baptiste, mais qui vient d'une manière encore plus surprenante. Il nous dit cette chose tellement banale que nous pourrions l'oublier et la mettre de côté : la vie chrétienne, c'est "ne pas, ne pas, ne pas faire". C'est bien d'aller à la messe et de chanter les psaumes, mais aussi, la vie chrétienne, c'est un "ne pas" en vue de préserver la justice, une certaine qualité humaine de la relation les uns avec les autres. C'est de ce "ne pas" que surgira le Christ dans le cœur de nos communautés.

 

AMEN

 

 

 
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