AU FIL DES HOMELIES

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BAPTÊME D'EAU ET BAPTÊME DE FEU

Is 35, 1-6a.10 ; Jc 5, 7-10 ; Mt 11, 2-11
Troisième dimanche de l'avent – Année A (14 décembre 1986)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

Dans Jean-Baptiste, tout est excessif, depuis sa naissance, depuis sa conception, il tressaille, il attend avec fièvre et avec amour Celui qui doit venir. Dès sa conception, dans le sein de sa mère, il est là comme pour accélérer les temps nouveaux, comme pour accélérer l'histoire, car il a reconnu du fond de lui-même Celui que, depuis toujours, Israël attend : le Messie. Excessif, nous le retrouvons plus tard sous le feu, dans le désert du Jourdain, vêtu d'un manteau de poil de chameau, se nourrissant de saute­relles et de miel et baptisant au bord de l'eau : "Convertissez-vous", ainsi sa voix se fait entendre et les gens accourent entendant cette nouvelle voix qui réveille en eux cette ardeur, cette attente qui a nourri toute l'histoire d'Israël.

Frères et sœurs, qui d'entre nous ici est plus grand que Jean-Baptiste ? Qui d'entre nous peut se vanter d'avoir été motivé par un tel absolu, par une telle exigence qui l'a conduit à ouvrir son cœur à une telle attente ? Qui d'entre nous a été aussi assoiffé que lui de justice, aussi assoiffé que lui de cet absolu qu'il avait reconnu dans l'attente d'Israël et dont il se fai­sait, à sa suite, le héraut et le dernier des prophètes ? Jean-Baptiste, un personnage dans l'excès, mais un personnage qui résume tout le désir d'Israël, et donc toute l'attente de l'humanité, cette grande attente de Dieu.

Et nous, nous sommes plus grands que Jean-Baptiste, c'est le Seigneur qui le dit, nous qui sommes là parce que nous croyons en Jésus Messie et Sauveur, nous sommes plus grands que celui qui a tout donné, qui est parti afin de s'effacer totalement devant le Fils de Dieu, devant les annonces du Royaume : oui, les boiteux vont marcher, les lépreux sont guéris, les sourds vont entendre. Voici la bonne nouvelle, les morts vont ressusciter. Quel est notre cœur à côté de celui de Jean-Baptiste qui, brûlé de l'ardeur et du désir de Dieu, a tout donné au point même qu'il est mort et s'est effacé avant même que le Christ ne parvienne et ne dévoile l'annonce réelle du Royaume et de ce qu'Il est venu faire parmi les hommes.

Frères et sœurs, nous mesurons avec Jean-Baptiste cet absolu qui doit s'enraciner en nous, cet absolu dont nous sommes maintenant ceux qui pou­vons nous nourrir, cette attente extraordinaire, attente de Dieu. Jean-Baptiste est à l'image de l'absolu qui nourrit, fortifie, agrandit le cœur de l'homme. Et c'est là une réponse extraordinaire à tous ces hommes qui attendent Dieu, qui font de leur vie une grande at­tente, un grand désert afin que Celui qui les aime puisse les rejoindre. Et pourtant nous sommes vrai­ment plus grands que Jean-Baptiste.

Frères et sœurs, il y a deux mesures, et nous, nous sommes de la seconde mesure. La première me­sure, c'est celle qui est à l'échelle humaine, et nous avons avec Jean-Baptiste, le sommet de cette échelle humaine, nous avons l'image de ce qu'un homme, par sa propre vie et par son propre être, peut révéler, faire naître en lui comme désir de Dieu. Il est comme l'em­preinte en creux de cette attente de Dieu, il est tout le résumé de l'humanité qui attend son Dieu. Et pourtant Jésus répond à ses envoyés à qui il a demandé : "Es-tu Celui qui doit venir ?" Il ne dit pas qui Il est, Il leur répond par l'annonce du Royaume, ces prémices, ces bruits qui arrivent juste avant le Royaume : "Les sourds vont entendre, les boiteux vont marcher, une Bonne Nouvelle est arrivée". Un désir à l'échelle hu­maine, un cœur agrandi ou essayant de s'agrandir et de se mettre à l'échelle même de ce désir qui gît dans le cœur de chaque homme. Et pourtant ce qui va venir est encore plus grand que ce désir de l'homme, car la réponse de Jésus, car la vie de Jésus, son message, sa mort et sa Résurrection dépassent infiniment ce que le cœur de Jean-Baptiste pouvait contenir. Et pourtant il avait tout donné, il avait tout ouvert, il n'avait rien gardé pour lui, il ne s'était fait qu'une voix au point même qu'il savait qu'il fallait s'effacer devant la Pa­role, devant le Verbe qui devait être proclamé à la face du monde.

Et pourtant l'annonce du Royaume, c'est-à-dire l'annonce de Dieu est encore plus grande que cela. Elle dépasse infiniment ce que chaque cœur d'homme peut contenir, ce que chaque cœur d'homme peut ajouter comme désir de Dieu, car il est non plus à mesure humaine, mais il est à la mesure de Dieu. C'est tout à fait l'inverse. Une empreinte en creux du désir de l'homme dans le cœur de Jean-Baptiste signi­fie cette attente depuis longtemps vécue à travers les générations des hommes, dans toutes les religions, qui nourrit comme un feu dévorant le cœur de chaque homme se disant : "il y a autre chose, je suis fait pour autre chose". Mais Dieu vient balayer ce désir, non seulement parce qu'il est trop petit, mais parce que Dieu vient infiniment, en sa personne, renverser ce désir et le nourrir et le prendre avec Lui.

Frères et sœurs, est-ce que nous sommes vraiment plus grands que Jean-Baptiste ? Est-ce que notre désir en notre cœur est aussi grand que celui de Jean-Baptiste au point que nous sommes prêts à ac­cueillir la bonne nouvelle, car ce n'est pas le Royaume, mais plus que le Royaume, c'est Dieu qui vient. Et cela, Jean-Baptiste en avait même un doute au fond de son cœur puisqu'il demande : "Es-tu vrai­ment Celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ?"

C'est Dieu. Non seulement Il viendra combler ce désir, Il viendra combler cette empreinte dont Jean-Baptiste est l'exemple même, mais Il le comblera au-delà de tout, et Il dira à chaque homme : "Je viens te prendre avec Moi, Je viens te délivrer. Voici la bonne nouvelle car Je vais marcher en toi et avec toi sur ton chemin". C'est plus grand que le message de Jean-Baptiste et c'est plus grand que cette voix qui s'élève dans le désert.

Oui, frères et sœurs, Jean-Baptiste n'avait que de l'eau à proposer, il n'avait devant les yeux que l'image du péché qui pouvait faire obstacle à cette venue de Dieu. C'est pourquoi il prêche comme les prophètes : "Convertissez-vous, effacez les obstacles, aplanissez les collines afin que vraiment quelque chose arrive". Et ce quelque chose, ça va être Dieu. "Je vous baptise dans l'eau, mais Lui vous baptisera dans l'Esprit et dans le feu. Je vous donne cette eau afin que vous puissiez passer à travers le feu dévorant de Dieu. Purifiez-vous, sinon vous brûlerez dans ce feu dévorant de Dieu". Ainsi Jean-Baptiste compre­nait que sa proclamation et sa prophétie seraient dé­passées par la venue même de ce qu'il annonçait, car ce feu dévorant, il savait que c'est Dieu Lui-même dans la chair de l'homme qui vient combler toutes les aspirations, même celles dont nous n'avons aucune conscience, qui rassemble et récapitule tous les désirs les plus profonds de l'homme et qui fait de chacun de nous le compagnon intime du Christ, ce compagnon sur le chemin de notre vie.

Frères et sœurs, avant de passer dans ce feu dévorant du nom de Dieu, laissons-nous purifier par cette eau afin que les obstacles à sa manifestation, à son irruption en nous, n'empêchent pas celle-ci de se réaliser pleinement. Soyons aussi impatients et aussi radicalement impatients que Jean-Baptiste, en tres­saillant à l'avance en nous-mêmes de cette annonce de Jésus, le Messie. Ainsi non seulement nous serons comblés, mais nous comblerons le monde de ce qui lui manque en annonçant, en témoignant, en emme­nant avec nous cette nouvelle extraordinaire qui dé­passe tous les désirs de l'homme, car Dieu vient : "Emmanuel, Dieu avec nous".

Le baptême dans l'eau, c'est cette préparation d'Avent que nous vivons ensemble, cette préparation de purification de nos péchés, c'est-à-dire cette ou­verture à une annonce plus grande que celle que nous pouvons contenir, plus grande que toutes nos aspira­tions. Laissons-nous saisir et laissons-nous aimer non seulement parce que Dieu vient, mais parce qu'Il vient en nous, tout près de nous, pour naître en nous. Frères et sœurs, regardons Jean-Baptiste dans cette figure dans le désert et sous le feu du désert et soyons, de fait, plus grands que lui en ouvrant notre cœur à cette annonce de Dieu.

Oui vraiment Dieu vient parmi nous, Emma­nuel.

 

AMEN

 

 

 
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