AU FIL DES HOMELIES

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IL SE TIENT AU MILIEU DE NOUS

Is 61, 1-2 + 10-11 ; 1 Th 5, 16-24 ; Jn 1, 6-8 + 19-28
Troisième dimanche de l'avent – Année B (12 décembre 1999)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

"Au milieu de vous se tient quelqu'un que vous ne connaissez pas ! "

Quel jeu de dupe que d'essayer de découvrir à travers toutes les attentes et les promesses de la Ré­vélation, qui est le Messie, Et il n'est pas étonnant que les pharisiens et les scribes connaissant bien les Ecri­tures, puissent parfois faire des rapprochements ou s'interroger sur la personne de Jean-Baptiste et sur son identité, et peut-être se dire qu'après tout, celui qui était promis, celui qui devait venir, c'est Jean-Bap­tiste. Et c'est pour cette raison que sans ambages, ils vont poser cette question : "Es-tu le Messie ?" Et saint Jean-Baptiste fait cumuler sa réponse quand il dit : "Se tient au milieu de vous quelqu'un que vous ne connaissez pas. Il vient derrière moi et je ne suis pas digne de dénouer la courroie de sa sandale." Autant dire qu'on a peu d'éléments sur ce que doit être vrai­ment le Messie. En tout cas pour l'instant, dans cette lecture de l'évangile, il se définit par la négative, puisqu'il est à la fois reflété, préparé par Jean-Bap­tiste, et pourtant, Jean-Baptiste n'étant pas le Messie renvoie à quelqu'un d'autre.

Il se trouve donc que Jésus que nous recon­naissons comme le Messie, l'Envoyé, le Fils de Dieu, à travers Jean-Baptiste se définit par la négative, puisqu'il dit : "Je ne suis pas le Messie, non je ne suis pas Elie, non je ne suis pas le prophète." Est-ce qu'on attend trois personnes différentes, ou bien à travers le Messie, Elie et le prophète, sont la même personne ? En tout cas, Jean-Baptiste semble indiquer qu'il y a bien la réalisation d'une promesse et d'une attente, il y a bien quelqu'un qui vient mais que l'on ne connaît pas encore, et pourtant, il est au milieu de nous. Il n'est pas simplement au milieu des quelques disciples, des scribes et des pharisiens qui entourent ainsi Jean, mais il est aussi au milieu de nous aujourd'hui, dans cette Parole qui prend chair, et pourtant celui que nous attendons et qui est au milieu de nous, nous ne le connaissons pas.

Il y a comme une sorte de difficulté ou de pa­radoxe. Heureusement l'Écriture vient à notre secours, en nous présentant comme un portrait robot de celui que nous attendons et qui est présent au milieu de nous. Cela ressemble à une annonce dans les agences matrimoniales de celui qui est attendu, d'autant plus qu'il va se présenter lui-même comme un époux. C'est la première lecture qui définit l'identité du Messie.

"L'Esprit du Seigneur est sur moi". Cela si­gnifie comme il le dit que le Seigneur l'a consacré par l'onction, c'est un être brillant, c'est un être presque royal, c'est l'onction des rois et des prophètes, des prêtres aussi qui repose sur celui qui a été désigné comme le sujet même de notre attente. Et celui que nous attendons, celui qui est au milieu de nous, que nous ne connaissons pas, a une mission. C'est déjà plus facile d'avoir des critères pour reconnaître celui qui se tient au milieu de nous, étant envoyé pour por­ter la Bonne Nouvelle aux pauvres, pour guérir ceux qui ont le cœur brisé, pour annoncer aux prisonniers la délivrance, et aux captifs la liberté, annoncer une année de bienfaits, on pourrait traduire par une année de Jubilé, accordée par le Seigneur. Voilà quels sont les critères de la Présence de celui qui se tient au mi­lieu de nous et que nous avons à reconnaître.

Le texte poursuit que ceux qui attendent et que ceux qui voient et reconnaissent la présence de cet envoyé ont une caractéristique fondamentale, une attitude qui leur appartient qui est celle d'être dans la joie. "Mon âme exulte en mon Dieu, il m'a enveloppé d'un manteau d'innocence" . Et ceux qui sont ainsi dans l'attente deviennent comme l'époux qui pose un diadème sur sa tête, ce n'était pas réservé aux femmes, et puis la jeune épouse aussi sert à manifester cette joie, cette exultation, puisqu'elle a mis tous ses bijoux.

Frères et sœurs, au milieu de nous se tient quelqu'un que nous ne connaissons pas. Cette an­nonce de Jean-Baptiste est certainement un point de repère dans ce troisième dimanche de l'Avent. Depuis le premier dimanche de l'Avent, nous avons essayé de porter nos regards sur le fait qu'un jour, Christ revien­dra. Il est pourtant déjà venu, puisque nous allons célébrer et cela marquera la fin du temps de l'Avent, sa naissance. Et c'est là où notre attente deviendra une vraie exultation, une vraie joie. Mais, passée la fête, Dieu, son envoyé continuera-t-il aujourd'hui encore à être au milieu de nous et à nous procurer cette joie et cette exultation dans le quotidien de notre vie ? Je le souhaite ! Je le souhaite parce que c'est la seule ma­nière aujourd'hui de reconnaître que Christ est au mi­lieu de nous, comment Christ est réellement présent et proche de ce que nous vivons. Et pourtant, nous sommes dépassés parce que nous ne le connaissons pas.

Très souvent nos manières de poser les ques­tions au niveau de la foi peuvent être légèrement faus­sées, parce qu'on a l'impression qu'on est toujours en train d'attendre, qu'on est toujours en train de désirer, de courir après quelque chose d'autre, comme si nous passions notre vie à aller trouver tel ou tel. Parfois nous rencontrons dans notre vie des Jean-Baptiste, et ils nous renvoient en disant : "Je ne suis pas le Mes­sie, je ne suis pas Elie, je ne suis pas le prophète, il y a quelqu'un au cœur même de ta vie, il y a quelqu'un au milieu de cette assemblée qui est avec vous et que vous ne connaissez pas". Et pourtant, nous avons les critères de discernement pour le reconnaître. En effet, qu'est-ce qui dans notre vie ou dans notre assemblée fait que notre vie est libérée, comme un prisonnier peut voir ouvrir les prisons de son quotidien ? Qu'est-ce qui dans notre vie fait que notre cœur brisé est guéri par la présence de quelqu'un par l'attention ou le soin qu'une personne nous apporte? Qu'est-ce qui fait qu'ainsi dans notre tristesse aussi il y a de la joie et de l'exultation par la présence insoupçonnée d'une per­sonne ?

Frères et sœurs, notre assemblée comme notre vie dit peut-être trop souvent, hélas, plus l'absence que la présence de Dieu. Et pourtant, Dieu est vrai­ment présent, et dans la lecture du prophète Isaïe il y a ces trois signes de la reconnaissance que le prophète nous donne puisqu'il dit que nous reconnaîtrons le Messie dans le fait que "la terre fait germer ses se­mences et qu'un jardin fait éclore ses germes". Ainsi le Seigneur fait germer la justice et la louange devant toutes les nations, et c'est ce qui procure la paix et la joie.

Il faudrait certes que nous attendions toujours avec un cœur renouvelé la présence de Dieu, mais il faudrait surtout que notre assemblée soit remplie de cette joie et de cette exultation parce que l'Église, corps du Christ devient comme le jardin qui fait ger­mer la semence du Seigneur, que l'Église est encore comme cet endroit préservé où la justice a le dernier mot dans une société qui ne laisse plus beaucoup de place à une vraie justice, que l'Église est encore le lieu de l'exultation et de la louange, capable de manifester, et on le souhaite, dans sa liturgie, cette présence de Dieu, où à travers nos voix et nos chants, dans une harmonie discordante que le monde nous propose souvent d'entonner, il y ait encore une symphonie de voix différentes capables de rendre grâces au Sei­gneur pour tous ses bienfaits, et c'est là notre eucha­ristie.

C'est ainsi qu'à travers toutes les difficultés une vraie et une vraie joie s'installent. Je pense qu'alors notre désir et notre attente pourraient être renouvelés. Je vous dirai que je ne me lasse pas en­core dans l'attente du Seigneur de ce que je peux vivre et de ce que je vous invite aussi à vivre, parce que je pense qu'on ne pourra pas se lasser de voir un prison­nier libéré. Je ne pourrais pas me lasser de voir un cœur brisé qui est guéri, je ne pourrais être ennuyé de voir un sourire se dessiner sur les lèvres de quelqu'un qui était triste, tout simplement parce que la Bonne Nouvelle a encore été annoncé aux pauvres, et que là on peut voir alors ce Jésus que je cherche et que je ne connais pas toujours, qui me dépasse, mais dont j'ai reconnu la présence au milieu de notre assemblée.

 

 

AMEN

 

 
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