AU FIL DES HOMELIES

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UNE SI LONGUE ATTENTE …

Is 35, 1-6a.10 ; Jc 5, 7-10 ; Mt 11, 2-11
Troisième dimanche de l'avent – Année A (12 décembre 2004)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

"Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ?" Cette question de Jean-Baptiste me semble être une question qui relève pour lui, d’un doute. En somme, lorsque l’on regarde le parcours de Jean-Baptiste, nous nous rendons compte, comme le dit Jésus, qu’il est vraiment "le prophète", celui qui a été entendu et vu au désert, annonçant un baptême de conversion, celui qui a pu réunir autour lui, une foule nombreuses venant pour recevoir le pardon des péchés. Alors, que les juifs réitéraient souvent des ablutions pour les péchés, lui, propose la conversion du cœur et il donne ce signe une seule fois. Il est celui qui change une certaine perspective de l’attitude religieuse de ceux qui attendent le Messie. C’est pourquoi il a des disciples. Avant même que le Christ en ait, il a des gens qui le suivent, qui s’attachent à lui, à ce qu’il dit, à ce qu’il fait.

"Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ?" En regardant la vie de Jean-Baptiste, nous pourrions nous poser cette question : comment se fait-il que Jean-Baptiste soit capable de poser une telle question ? N’est-il pas celui qui, justement, a désigné la venue du Messie ? N’est-il pas le prophète qui prépare les chemins du Seigneur et dans l’évangile le Christ le dit ? En relisant toute son histoire, Jean-Baptiste depuis la naissance, attend, prépare, travaille le cœur des hommes à la venue du Messie. C’est lui qui a exulté dans le sein de sa mère au cours de la visitation, Marie, enceinte de Jésus vient visiter sa cousine Élisabeth, et l’enfant tressaille parce qu’il sait déjà, avant même de naître, comme s’il était formaté, choisi depuis le début pour relever, annoncer justement que Jésus est le Messie. Il est, nous le voyons dans l’évangile de Jean, celui qui invite ses propres disciples à suivre le Christ, qui le désigne : "Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde". Il propose un baptême pour les péchés, et il désigne celui qui est, non plus le signe, mais celui qui est réellement, le Messie, le sauveur, capable d’enlever vraiment le péché. Jean-Baptiste est également celui qui a reconnu la divinité du Christ. Il le dit : je l’ai vu, celui qui a été manifesté. Une colombe est descendue sur sa tête, l’Esprit Saint, et la voix du Père s’est fait entendre. Il raconte, il annonce comment dans le baptême que le Christ a reçu, Il s’est révélé Fils de Dieu. Jean-Baptiste est celui qui est capable de comprendre au plus fort de lui-même qu’il est bien inférieur à celui qu’il annonce : "Je ne suis pas digne d’enlever même la courroie de ses sandales". Un esclave peut enlever et doit enlever la courroie des sandales du maître, et Jean-Baptiste s’estime, non pas incapable, mais indigne de pouvoir le faire.

Comment se fait-il qu’il pose une telle question : "Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ?" Jean-Baptiste doute-t-il ? A-t-il quelque soupçon ? Après tout, pourquoi pas ! Combien de fois avons-nous dit que Jean-Baptiste est celui qui, en tant que prophète prépare les chemins du Seigneur. Mais lorsque l’on écoute son message, on se demande s’il n’y a pas eu un certain glissement dans le message. En effet, dans le même évangile de Matthieu, lorsqu’il annonce le Christ, il l’annonce comme d’ailleurs certains prophètes l’avaient prévu : il a avec lui la pelle à vanner, il est le juge terrible, celui qui soit restaurer la puissance d’Israël, pour qu’Israël resplendisse vraiment, comme la lumière des nations. Il annonce un Messie victorieux, il prépare les chemins d’un sauveur, mais de celui qui a avec lui toute la force, toute la puissance, et toute la grandeur d’un Dieu, auquel un peuple élu croit depuis fort longtemps. Il annonce le visage et la venue d’un Seigneur qui doit réellement manifester que Dieu st l’unique et qu’Il est capable de toute renverser, de tout changer. Jean-Baptiste prépare vraiment les chemins du Seigneur, il prépare la route du Messie, et en même temps, il ne les prépare pas seulement pour les autres, mais aussi pour lui-même. Et c’est en préparant ce chemin pour lui-même qu’il est amené à découvrir qui est Jésus, qui est le Messie. Sur sa propre route, et dans sa propre histoire, il est amené à découvrir autre chose que ce qu’il pensait, que ce qu’il croyait, voir même que ce qu’il annonçait. Son attente se transforme, son attente est transfigurée. Il est l’homme de l’attente, celui qui est capable non seulement de dire ce message mais d’être avec ce message qu’il annonce. Il ne dit pas simplement aux gens : le Messie vient. Mais il comprend que ce Messie vient aussi pour lui. Bien sûr, sa question reste toujours communautaire. Il aurait pu dire : "Es-tu celui qui doit venir, ou dois-je en attendre un autre ?" Mais il se met avec tous ceux qui depuis longtemps attendent. : "Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ?" Il ne dit jamais : doivent-ils en attendre un autre.

Jésus, à l’homme de l’attente, au prophète, répond simplement par ce qu’il peut comprendre : "Les aveugles voient, les sourds entendent, les boiteux marchent, le Royaume est annoncé aux plus petits ?"

Frères et sœurs, peut-être que dans notre vie, souvent, ou quelquefois, nous avons été déçus dans nos attentes. Si ce n’est plus couramment, par rapport aux autres, peut-être aussi par rapport à Dieu. Et nous pourrions être tentés dans nos doutes ou dans la nuit de la foi de poser de temps en temps cette question : "Es-tu vraiment Dieu ? Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ?" Autrement dit, est-ce que quelquefois dans notre manière d’attendre pour situer les choses, mieux appréhender la vie de foi, d’essayer de discerner le visage de Dieu, n’y a-t-il pas un certain glissement ? Ne sommes-nous pas en train parfois de défigurer ou de changer la teneur du message ? un Dieu tellement puissant, tellement fort, tellement sûr de lui-même, tellement grand qu’il pourrait arranger toute chose, nous arrangerait bien nous-même ? Mais est-ce de ce Dieu-là que véritablement nous attendons ? Si nous regardons notre vie, notre histoire, et quand nous relisons comme le dit saint Jacques, cette patience qui a tissé le cultivateur qui attend les fruits, est-ce que ce que nous découvrons est plus beau, plus grand, plus fort que tout ce que nous pouvions imaginer ? Oui, parce que Jean-Baptiste a voulu tracer le chemin du Seigneur, préparer la voie, celui qui dira : "Je suis la voie. Je suis le chemin, la Vérité et la vie". On ne prépare pas simplement le chemin du Seigneur, on découvre que le Seigneur est le chemin. Vaste est le monde, grand est l’univers, et nous sommes toujours en train de le construire et de le façonner, et Jean-Baptiste essaie de travailler au Salut et à la venue du Messie, et il se rend compte, il est appelé à découvrir que le Royaume de Dieu est bien plus grand que ce monde, il est au-delà de ce monde, et il le dépasse. C’est pourquoi le plus petit dans le Royaume des cieux est plus grand que Jean-Baptiste, le plus grand des prophètes.

Au-delà de cette vie, au-delà de toute l’histoire de Jean-Baptiste, nous sommes appelés à être des hommes de l’attente, des hommes de l’Avent, des hommes d’aujourd’hui qui découvrent combien l’amour de Dieu est plus puissant que s’il était un Dieu guerrier. Sa vie est plus immense que s’il était simplement le Dieu de notre imagination ou de nos envies de changement. Jean-Baptiste en disant : "Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ?" se rend compte certainement que son attente est dépassée, que le désir qu’il portait dans son cœur est encore plus beau que ce qu’il pouvait annoncer. Il peut dire encore certainement, comme nous pourrions le dire si nous avons la foi : "Je n’attendais que toi, Seigneur, je n’espérais que toi, et mon attente et mon espérance sont dépassées et comblées bien au-delà de ce que je pouvais annoncer. Attendre ou espérer, car en somme tu es allé au cœur de ce que je suis, au cœur du message que je pensais porter au cœur de la vie de la vie dont j’étais façonné."

Dans sa prison, les barreaux tombent, Jean-Baptiste peut perdre la tête, car son attente est comblée.

 

 

AMEN

 

 
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