AU FIL DES HOMELIES

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SOYEZ CE QUE VOUS DEVEZ ÊTRE

So 3, 14-18 a ; Ph 4, 4-7 ; Lc 3, 10-18
Troisième dimanche de l'avent – Année C (17 décembre 2006)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

"Que devons-nous faire ?" Cette question revient trois fois dans le passage de l'évangile que nous venons d'entendre. Les foules viennent voir Jean-Baptiste, lui posent cette question. Les publicains, ces collecteurs viennent également voir Jean-Baptiste, et lui posent cette question. Il y a même des soldats qui viennent voir Jean-Baptiste et qui lui demandent : "Que devons-nous faire ?"

Aujourd'hui nous avons une multitude d'indications sur ce que nous devons faire en tant que chrétiens, mais il y a en une qui revient tout particulièrement ce dimanche, aussi bien dans les oraisons, celle que nous avons entendue en ouverture de cette célébration, comme d'ailleurs dans les textes qui ont été proclamés. Finalement, il faut être dans la joie. Ce n'est pas très compliqué, car si nous devions aujourd'hui demander : "Que devons-nous faire ?" le prophète Sophonie nous répond : "Poussez des cris de joie". Et l'apôtre saint Paul dit lui-même dit : "Soyez toujours dans la joie". Ce qui semblerait essentiel au moins aujourd'hui, si ce n'est tout au long de notre vie, c'est d'être dans la joie. Le chrétien devrait manifester la joie et la communiquer. Il devrait laisser transparaître comme il est heureux, comme il serait toujours dans un sentiment où il est prêt à pousser des cris de joie. Je suis sûr que vous rencontrez plein de chrétiens comme ça ! Cela court les rues, les chrétiens qui sautent de joie ! A votre sourire, je comprends que vous n'en voyez peut-être pas beaucoup, au contraire? En effet, ce thème de la joie, que signifie-t-il pour nous aujourd'hui ? Doit-on crier : Alleluia, youpi vive le Seigneur, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes, vive la joie parce que vive Dieu et ainsi être pleinement chrétien, faire comme le demandait le prophète Sophonie, pousser de cris de joie ? N'y aurait-il pas une certaine indécence dans un monde dont nous savons très bien qu'il est marqué tellement par le péché, qu'il se replie sans cesse par le péché, torturé par toutes les passions, ce monde qui est obligé pour s'en sortir, de faire toujours tout à l'extrême jusqu'à défigurer toutes les réalités quelles qu'elles soient, même les plus belles ? Ne serai-il pas indécent de manifester de la joie quand tant de monde souffre, meurt ? Bien sûr, c'est une question qui sans cesse, nous taraude. Vous le savez mieux que moi, elle ne nous taraude pas tellement sur le plan mondial qu'aussi personnellement, parce que notre vie est remplie d'instants de souffrance, de tortures, de dépressions, d'angoisses de maladies, de pauvretés, etc … La joie pourrait paraître tout à fait factice, à moins que le chrétien ne soit inconscient. Le chrétien est-il inconscient ? ou bien est-ce que la joie n'est plus d'actualité ?

Peut-être faut-il revoir les choses autrement. Nous imaginons trop certainement que si le chrétien doit manifester de la joie, c'est comme s'il devait prendre sur lui-même pour passer au-delà de ce qu'il vit, et ainsi pouvoir être heureux. Il est vrai que lorsqu'on entend une des premières paroles du Christ de la charte de la Bonne Nouvelle, c'est un mot qui revient pour ceux qui veulent bien écouter Jésus : "Bienheureux". Mais ce "bienheureux", ce qui est intéressant, ce n'est pas bienheureux ceux qui sont riches, ce n'est pas bienheureux ceux qui possèdent, ceux qui ont des biens, ceux qui arrivent à quelque chose. Le bienheureux en question est toujours rapporté à ce qu'hélas n'importe qui, chrétien ou pas, peut connaître : la difficulté tout simplement de vivre et d'exister, la difficulté de se rendre compte de nos limites et de constater aussi la limite de notre vie. Mais ce bienheureux-là est justement inscrit par Jésus lui-même dans l'existence de tous les hommes.

D'ailleurs dans les lectures que nous avons entendues que nous est-il dit ? Bien sûr, saint Paul dit: "Soyez toujours dans la joie, dans l'allégresse, priez sans cesse et demandez". Mais il ajoute aussi :"La paix de Dieu sera avec vous". Sophonie nous bouscule en disant : "Jérusalem, Église, pousse des cris de joie". Mais pour quelle raison ? Il le dit lui-même : "Le Seigneur prend en toi sa joie". Autrement dit, la joie chrétienne n'est pas un exercice de simulation. La joie chrétienne n'est pas une sorte d'effervescence alleluiatique qui nous ferait croire qu'on doit prendre de l'extasie spirituelle pour arriver à être heureux. Ce n'est pas ça ! La joie chrétienne dont on nous parle aujourd'hui, c'est de prendre pleinement conscience que le Seigneur est dans la réalité de ma vie, et pas dans une vie rêvée, pas dans la vie que j'imagine, pas dans la vie que je voudrais, pas dans une vie future. C'est "Le Seigneur prendra sa joie en toi", la paix de Dieu, c'est pour toi. Alors, nous pouvons reposer à Jean-Baptiste cette question : "Que devons-nous faire ?" Jean-Baptiste est admirable de raison, de justesse et de douceur, alors qu'on a toujours l'impression que Jean-Baptiste est un excité. Il dit aux soldats, aux publicains, aux foules : "soyez ce que vous êtes". Aux soldats il leur dit : ne faites pas de violence, ne torturez pas, il ne leur demande pas de ne plus être soldats et surtout, contentez-vous de votre solde. Aux publicains, il dit : ne demandez pas plus que ce que vous devez demander, faites bien ce pourquoi vous êtes faits, soyez uniquement et simplement ce pourquoi le Seigneur vous a donné d'exister. Encore récemment, on me posait la question: j'ai tel problème, que dois-je faire ? Je voudrais aller plus loin, que dois-je faire ? Je voudrais grandir spirituellement, que dois-je faire ? Soyez ! Ne vous inventez pas des principes de sainteté au-delà de ce que vous avez déjà à vivre, c'est déjà assez pénible comme ça, ce n'est pas la peine d'en rajouter. Autant réaliser ce que nous faisons avec les gens que nous côtoyons, dans la situation qui est la nôtre. C'est là-dedans que le Seigneur prend sa joie. C'est dans cette humilité d'une crèche qui est la nôtre que le Seigneur naît et prend sa joie, c'est dans la réalité de cette existence.

Que devons-nous faire ? Oui, désormais nous poussons des cris de joie. L'Église est heureuse. Pourquoi est-elle heureuse ? Parce qu'elle est sauvée de sa misère. Pourquoi le chrétien peut-il être heureux ? parce qu'il peut avoir confiance que le Seigneur n'est pas venu pour ceux qui n'ont pas besoin de lui, Il est venu pour les pécheurs, Il est venu pour les gens limités, Il est venu pour nos existences médiocres. Et c'est cela qui nous sauve et peut nous faire crier de joie. Finalement, quand le Seigneur dit : "Je prendrai en toi ma joie", c'est ce que nous allons célébrer à Noël. Il prend en nous sa joie, Il vient en nous. Et le mystère de l'eucharistie est tellement grand, ce corps à corps avec l'eucharistie où le Corps du Christ rentre dans le nôtre. L'eucharistie, c'est merci, c'est la joie de Dieu. Heureux est-Il de prendre son plaisir en nous, en disant : merci de m'accueillir au plus profond de toi. Merci de m'accueillir, parce que c'est Jésus qui fait l'action de grâces, qui rend grâces. Merci de m'accueillir dans ton existence, pas dans ton imagination, pas dans la vie rêvée, pas dans un idéal que de toute façon tu n'atteindras jamais.

Sion pousse des cris de joie, sois dans la joie Église parce que ce que nous pouvons considérer, c'est ce que Jésus lui-même va dire au plus profond de la détresse. Vous le savez c'est dans le signe de la croix qu'Il nous dit à nous, toutes les croix que nous avons à porter et à subir, mais c'est là que Jésus dit : "Tout est accompli". Et c'est dans cette parole de Jésus que se trouve la sûreté de la joie, c'est-à-dire la vie, la résurrection, l'amour, la grâce, tout ce qui devait être fait, tout ce qui devait être donné, tout cela est achevé. C'est déjà là.

 

AMEN

 

 

 

 
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