AU FIL DES HOMELIES

Photos

 IL FAUT QU'IL GRANDISSE ET QUE JE DIMINUE

Is 61, 1-2 + 10-11 ; 1 Th 5, 16-24 ; Jn 1, 6-8 + 19-28
Troisième dimanche de l'avent – Année B (14 décembre 2008)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

Frères et sœurs, aujourd'hui notre regard est dirigé vers Jean-Baptiste dont on ne saurait trop exagérer l'importance, car de nombreux renseignements nous montrent l'ampleur du ministère de Jean-Baptiste et le grand nombre de disciples qui l'ont suivi. Parmi ces faits, rappelez-vous que lorsque Paul arrive pour la première fois à Éphèse, la grande métropole de l'Asie romaine, il y a trouve des disciples de Jean, des johannites, qui ne savent pas encore que Jésus a succédé à Jean pour baptiser non plus dans l'eau, mais dans l'Esprit. Ce sera le premier acte de saint Paul à Éphèse que d'évangéliser ces johannites (Act. 19, 1-6). D'ailleurs parmi les prédicateurs de l'évangile, on remarque aussi un certain Apollos (Act. 18, 24-26) qui avait un très grand rayonnement et qui pourtant au départ, n'était que disciple de Jean-Baptiste, avant que les collaborateurs de Paul, Priscille et Aquila lui annoncent la vérité totale non seulement de Jean-Baptiste, mais du Christ. Par conséquent, les disciples de Jean-Baptiste, il n'y en a pas eu seulement sur les bords du Jourdain, il y en a eu à travers toute la Palestine et une partie de l'empire romain. Nous ne risquons pas d'exagérer en disant que Jean-Baptiste a eu un immense rayonnement.

Et cependant, tous les textes que nous lisons aujourd'hui nous manifestent que Jean-Baptiste consciemment s'humilie devant le Christ et déclare qu'il n'est pas le Messie mais qu'il marche devant lui. "Il était, nous dit le quatrième évangile, il était le témoin, non pas la lumière, mais le témoin de la lumière"( Jn 1, 8). La vraie lumière, c'est le Verbe. Jean-Baptiste, nous dira un autre passage de l'évangile, "est comme la lampe qu'on allume en attendant le lever du soleil" (Jn 5, 35).

Jean-Baptiste, interrogé par les envoyés des grands-prêtres déclare : " Je ne suis pas le Christ" (Jn 1, 20). Je ne suis pas non plus Élie dont certaines traditions prétendaient qu'il reviendrait avant le Messie. Je ne suis pas non plus "le" prophète. "Mais alors, qui es-tu ? – Je suis simplement une voix" (Jn 1, 23). Cette voix annonce la Parole, le Verbe, le Christ. "Je suis la voix qui crie dans le désert : préparez ". De la bouche même de Jean-Baptiste, il est quelqu'un qui prépare le chemin à un autre que lui, qui introduit celui qui sera le Messie, le Sauveur, plus encore l'Agneau de Dieu, comme Jean-Baptiste le dira dans une intuition prophétique : "l'Agneau de Dieu qui porte le péché du monde" (Jn 1, 29). Jean-Baptiste qui prêchait un baptême de pénitence sait que le pardon des péchés ne sera pas donné par son baptême de pénitence. Il ne fait que préparer les chemins du Seigneur, mais c'est l'Agneau de Dieu, le Christ qui porte tous les péchés du monde.

Ce Jean-Baptiste qui a eu un tel rayonnement, dont la liturgie nous dit : "Il a baptisé le Christ en touchant la flamme de Dieu devant laquelle tremblent les anges", ce Jean-Baptiste dont le Christ nous dit qu'il est "le plus grand des enfants des hommes" (Mt 11, 11), le plus grand des prophètes (Mt 11, 9), plus qu'un prophète, ce Jean-Baptiste s'incline devant le Christ : "Je ne suis pas digne de dénouer la courroie de ses sandales" (Jn 1, 27). Plus précisément, il résume en lui toute la prophétie d'Israël, toute l'attente d'Israël, tout l'élan et le désir d'Israël tourné vers la venue du Messie qu'il attend. Il est donc à la charnière entre ce que nous appelons l'Ancien Testament et le Nouveau Testament, entre la Loi de Moïse, la promesse faite à Abraham, le Messie annoncé à David, et la réalisation de cette promesse.

Jean-Baptiste dira donc : "Derrière moi vient un homme, mais il est passé devant moi, parce qu'avant moi, il était" (Jn 1, 15). Le Verbe n'est pas simplement un homme qui naît un beau jour, il est celui qui existe de toute éternité : "Avant moi, il était". Jésus dira : "Avant qu'Abraham fut, je suis" (Jn 8, 58). Jean-Baptiste a le pressentiment que le Verbe, ce Christ qu'il annonce est Celui qui existe depuis toujours et pour toujours. Son humilité va plus loin encore, il dit : "Moi, je ne le connaissais pas" (Jn 1, 31 et 33). C'était pourtant son cousin ; je ne connaissais pas cela veut dire: je ne connaissais pas la totalité de son mystère. Je savais que j'avais été envoyé pour préparer ses chemins, mais je ne savais pas tout de ce Messie qui vient. En effet, Jean-Baptiste savait par l'intuition de l'Esprit Saint que celui qui venait vers lui était le Messie, c'est pourquoi au moment du baptême, Jean-Baptiste ne veut pas baptiser le Christ : "C'est moi qui ai besoin d'être baptisé par toi" (Mt 3, 14). Mais Jean-Baptiste ne savait pas que ce Messie était Dieu lui-même, Dieu qui a déchiré les cieux et qui est descendu pour nous sauver (Is. 63, 19).

C'est pourquoi Jean-Baptiste s'écarte devant le Christ qui vient, et quand Jésus inspire à ses disciples de reprendre le geste de Jean, de baptiser, que les foules le suivent et que les disciples de Jean vont se plaindre auprès de lui que le Christ fait plus de disciples et en quelque sorte, fait du tort au rayonnement de Jean-Baptiste (Jn 3, 26), Jean aura cette réponse sublime qui est le sommet de sa vie : "Je ne suis pas le Christ, je suis envoyé devant lui. Celui qui a l'Épouse est l'Époux" (Jn 3, 28-29). Un seul peut posséder cette épouse qui est l'humanité à sauver, celui qui possède l'Épouse, c'est l'Époux, c'est le Christ. Et il continue : "L'ami de l'Époux qui est là et qui entend sa voix (à travers la porte close de la chambre nuptiale), l'ami de l'Époux est ravi de joie à la voix de l'Époux" (Jn 3, 29). Il n'est pas admis dans la chambre nuptiale, parce que, seul, l'Époux a l'Épouse. Seul le Verbe de Dieu épouse l'humanité, Jean est seulement l'ami de l'Époux, celui qui selon les anciennes traditions introduit l'Épouse auprès de l'Époux dans la chambre nuptiale avant que la porte ne se referme sur l'intimité de leur amour. Quand la porte est fermée, Jean est là derrière il porte, "il entend la voix de l'Époux, et sa joie est parfaite ". Celui qui se tient là est l'ami de l'Époux, et il est rempli de joie à la voix de l'Époux : "C'est là ma joie, elle est parfaite, il faut qu'il grandisse et que je diminue" (Jn 3, 30). Extraordinaire vocation que celle de Jean-Baptiste, être celui qui diminue, qui disparaît, s'efface devant le Christ qui vient et qui, lui seul, peut épouser l'Épouse et remplir de sa présence la chambre nuptiale.

Frères et sœurs, cette figure de Jean-Baptiste qui a eu le privilège d'introduire directement les foules au Christ, le privilège au moment de baptiser le Christ dans les eaux du Jourdain, de toucher cette flamme ardente qu'est le visage du Christ, quand il l'enfonçait dans les eaux du Jourdain, ce Jean-Baptiste nous invite à marcher avec lui au-devant du Seigneur. Il nous arrive parfois, frères et sœurs, d'être délégué par Dieu auprès de tel ou tel de nos frères ou de nos sœurs, qui ne connaît pas encore le Christ, pour l'introduire auprès du Christ, pour être les amis de l'Époux qui font se rencontrer l'âme de notre frère ou de notre sœur, et la présence vivifiante du Christ. Comme Jean-Baptiste, nous sommes dans certains moments privilégiés, des précurseurs du Christ. C'est pourquoi il est si important que nous sachions rendre compte de notre foi pour que nous puissions jouer ce rôle d'ami de l'Époux qui introduit au Christ. Mais il faut savoir comme Jean-Baptiste, diminuer pour que le Christ seul prenne toute la place, nous ne sommes pas propriétaires de ceux que nous aidons à rencontrer Dieu, nous devons diminuer pour que le Christ grandisse. C'est la vocation de Jean-Baptiste, c'est un peu la nôtre quand nous sommes ainsi apôtres du Seigneur.

Que ce temps de l'Avent nous prépare à remplir pleinement notre mission comme Jean-Baptiste a accompli la sienne jusqu'à mourir dans les prisons d'Hérode (Mc 6, 27-29).

 

AMEN

 

 

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public