AU FIL DES HOMELIES

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LA VOIX QUI FAIT NAÎTRE

Is 61, 1-2 + 10-11 ; 1 Th 5, 16-24 ; Jn 1, 6-8 + 19-28
Troisième dimanche de l'avent – Année B (11 décembre 2011)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC


Jean-Baptiste (Auzon)
Frères et sœurs, décidément Jean-Baptiste reste un personnage très énigmatique. Hier encore, un fiancé m'en parlait, car ce que l'on croit être certain sur le cousin de Jésus, le Baptiste, pose, il faut l'avouer, beaucoup de problèmes, et en même temps au moment où nous croyons toucher la réalité de l'identité de Jean-Baptiste, dans l'évangile que nous venons d'entendre, cela glisse comme du savon ! C'est un peu comme s'il se dérobait et que son identité consistait à dire : je ne sais pas qui je suis.

Le texte que la liturgie nous propose aujourd'hui est cependant très intéressant puisqu'il provient à la fois du Prologue de l'évangile de Jean, et continue avec la deuxième partie que l'on appelle la semaine inaugurale. Ce qui est remarquable dans le Prologue de Jean l'évangéliste, c'est qu'il éclaire une autre identité de Jean-Baptiste. C'est là-dessus que je voudrais partager avec vous, sur cette nouvelle identité qui me semble encore plus riche et plus intéressante.

Dans le Prologue de l'évangile de Jean, ce qu'il nous est donné de contempler, c'est le Verbe éternel en tant que Créateur de l'univers à côté de son Père. En plein milieu de ce Prologue, voilà que Jean l'évangéliste fait intervenir ce personnage de Jean-Baptiste. Suit un autre verset, très petit, trois ou quatre mots : "Le Verbe s'est fait chair". Cela peut nous paraître bizarre, nous aurions plutôt vu le Christ avec son Père lors de la création du monde, quelques versets sur l'Annonciation et Noël, et ensuite quelques versets sur Jean-Baptiste. Or, Jean l'évangéliste veut nous signifier que la naissance d'une personne ne s'arrête pas simplement à sa naissance physique. Je ne voudrais pas m'attirer les foudres de toutes les mamans, mais vous conviendrez quand même que la naissance d'une enfant ne s'arrête pas uniquement sur le fait de le mettre au monde physiquement. C'est cette autre naissance qui intéresse l'évangéliste : pour lui, celui qui introduit, celui qui donne sens à Jésus dans la vie publique, c'est Jean-Baptiste. Il y a le Verbe éternel à la création du monde, il y a Marie qui introduit dans un corps physique le Fils de Dieu, et il y a ce personnage fondamental, incontournable, sans lequel, Jésus resterait dans la vie cachée de Nazareth.

Là, on aborde une autre dimension de la vie humaine dans laquelle Dieu lui-même a voulu se couler, qui est la naissance à la vie publique et à la vie de la société. C'est ce qui nous dérange avec Jean-Baptiste, nous aimerions que Jean-Baptiste soit qualifié par une certaine mission, par une certaine parole, une idée qu'il aurait véhiculé, mais il nous échappe toujours. C'est cela son identité. Pourquoi s'échappe-t-il toujours ? Parce que son rôle, la maternité dont il a la mission, c'est de faire entrer, de faire naître le Fils de Dieu à la vie publique, de l'introduire dans la vie publique de la société juive et dans ce moment absolument extraordinaire dans lequel il vit, où il y a tous ces gens qui sont comme captés par des problèmes politiques, religieux et eschatologiques.

D'ailleurs, nos frères orthodoxes ne s'y trompent pas, généralement sur l'icône, il y a le Christ, entouré de ses deux géniteurs : la Vierge Marie qui a donné naissance à Jésus dans un corps humain, et Jean-Baptiste car c'est lui qui l'a introduit à la vie publique. Cette dimension est très importante parce qu'elle nous renvoie à notre propre condition d'hommes et de femmes, de parents et d'éducateurs. Je profiterai plus particulièrement aujourd'hui, dimanche des familles, pour aborder ce sujet. Jean-Baptiste est simplement la voix. Quand il est face à ceux qui vont venir lui poser des questions, il semble se prendre les pieds dans le tapis et ne pas trop savoir ce qu'il doit dire pour répondre à leurs interrogations. Il ne leur fait pas un discours comme Jean l'évangéliste : je précède le Verbe de Dieu, lui qui est venu de toute éternité. Son discours est plutôt faible et fragile.

Je crois que c'est ce que nous partageons avec Jean-Baptiste, et c'est sans doute cela qui nous gêne dans l'évangélisation aujourd'hui. Bien souvent, nous croyons que nous devrions nous adresser à nos contemporains comme si nous étions le Verbe. Or, nous ne sommes pas le Verbe, nous sommes seulement la voix qui précède le Verbe dans le cœur de nos frères et de nos sœurs, et ce travail préparatoire que nous avons à faire, n'est justement que préparatoire. Ceci nous éclaire sur la transmission de la foi. Ce que nous avons à transmettre aux plus jeunes, ce n'est pas d'abord la foi en tant que telle, elle leur est donnée au baptême et ils vont la découvrir au fur et à mesure qu'ils vont grandir. La chose importante que nous avons à leur donner c'est exactement ce que Jean-Baptiste a fait à l'égard de Jésus, c'est-à-dire d'abord de les introduire dans cette autre naissance qui est l'entrée dans la vie de la société, dans la vie publique, et surtout de les faire rentrer dans cette vie publique dans la société et dans l'Église d'une manière confiante et positive. Il y a quelque chose de plus grand qui doit grandir dans ce petit enfant, et nous n'en sommes pas le maître. C'est le mystère entre cette jeune personne qui commence à grandir et Dieu.

Je vous livre un témoignage, parce que je crois qu'il est important qu'il soit fait devant toute l'assemblée, c'est ce qui a été proposé aux parents lors du dernier dimanche des familles. Nous nous sommes retrouvés au centre Saint Jean, pour échanger sur un texte biblique qui était le sacrifice d'Abraham, texte difficile s'il en est, insupportable à écouter pour des parents. Je vais me permettre de faire un parallèle entre Jean-Baptiste, son comportement dans l'évangile que nous venons d'entendre, et ce qui s'est passé entre ces parents qui ont lu ce texte. Ce que ces parents ont découvert, et même si l'on n'a pas fait d'études de théologie, même si l'on n'est pas le Verbe en personne, il nous est quand même possible comme Jean-Baptiste, de pouvoir sortir d'une voix quelque chose qui n'est peut-être pas toujours clair, des sentiments qui ne sont pas toujours affûtés, des idées qui ne sont pas toujours précises. Mais dans ce processus que se passe-t-il ? C'est le Verbe caché dans notre cœur, comme le Verbe caché à Nazareth auprès de la Vierge et de Joseph, qui, à un moment donné, s'exprime d'une manière publique, devant les autres. C'est exactement comme Jean-Baptiste a donné la possibilité à Jésus d'entrer dans cette vie publique. Nous sommes Jean-Baptiste pourquoi ? Parce que même si nous crions et que nous avons du mal à nous exprimer correctement là-dessus, il y a ce mouvement intérieur de notre cœur le plus profond, vers l'extérieur, vers quelqu'un d'autre. C'est ce processus de naissance à la Parole de Dieu auquel nous avons assisté dans l'évangile que nous avons entendu ce matin.

Frères et sœurs, je crois que cette question de Jean-Baptiste nous renvoie non pas tellement à une somme de connaissances, même si bien sûr il faut se former, et je vous en supplie, formez-vous, mais que peut-on garder de l'attitude de Jean-Baptiste face à ceux qui sont venus le questionner ? D'abord, privilégier la liberté, Jean-Baptiste ne s'est pas laissé faire, il a été libre parmi les hommes, c'est pour cela qu'il en a perdu la tête ! Ensuite, par sa réponse, il a obligé ses interlocuteurs à être étonnés, à vaciller et à se demander comment un homme pouvait répondre d'une telle manière qui semble illogique. Et enfin, Jean-Baptiste a renvoyé ses interlocuteurs à quelqu'un de plus grand qui est Dieu.

Frères et sœurs, chacun d'entre nous, nous pouvons, lorsque nous sommes en discussion entre amis, même si nous ne sommes pas experts en exégèse et en langues anciennes, nous pouvons exercer cette liberté d'enfants de Dieu. Nous pouvons susciter l'étonnement et le vacillement dans le cœur de ceux qui sont quelquefois trop sûrs et trop idéologues, et les renvoyer à quelqu'un de plus grand que nous, qui et ce Verbe tellement grand, et qui en même temps a voulu se faire tout petit dans le cœur de l'homme pour naître à chaque moment et sortir de notre propre bouche.

 

AMEN

 

 

 

 

 

 

 
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