AU FIL DES HOMELIES

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LE REGARD DE L'ENFANT

Is 35, 1-6a.10 ; Jc 5, 7-10 ; Mt 11, 2-11
Troisième dimanche de l'avent – Année A (15 décembre 2013)
Homélie du Père Raphaël BOUVIER

Musiciens des rues - Dendermonde
Le musicien de rue était debout dans l’entrée de la station « l’Enfant Plaza » du métro Washington DC. Il a commencé à jouer du violon. C’était un matin de froid, au mois de janvier. Il a joué pendant quarante cinq minutes.

Pour commencer la Chaconne de la 2ème partita de Bach, puis l’Ave Maria de Schubert, du Manuel Ponce, du Massenet et puis de nouveau du Bach.

A cette heure de pointe, vers huit heures du matin, quelque mille personnes ont traversé ce couloir, pour la plupart en route vers leur boulot.

Après trois minutes, un homme d’âge mûr a remarqué qu’un musicien jouait. Il a ralenti son pas, s’est arrêté quelques secondes puis a démarré en accélérant. Une minute plus tard, le violoniste a reçu son 1er dollar : en continuant droit devant, une femme lui a jeté l’argent dans son petit pot. Quelques minutes ensuite, un quidam s’est appuyé sur le mur d’en face pour l’écouter mais il a regardé sa montre et a recommencé à marcher. Il était clairement en retard.

Durant les ¾ d’heure de jeu du musicien, seules sept personnes se sont vraiment arrêtées pour l’écouter un temps. Une vingtaine environ lui a donné de l’argent tout en continuant leur marche. Il a récolté 32 dollars. Quand il a eu fini de jouer, personne ne l’a remarqué. Personne n’a applaudi. Personne sauf une sur les 1000 qui sont passées, a reconnu ce musicien.

Il s’agissait de Joshua Bell, un des meilleurs musiciens au monde. Il a joué dans ce hall d’entrée parmi les partitions les plus difficiles jamais écrites avec Stradivarius de 1713 valant 3, 5 millions de dollars. Deux jours avant de jouer dans le métro de Washington, sa prestation au théâtre de Boston était « sold out » avec des prix avoisinant les 100 dollars la place.

C’est une histoire vraie,  à l’initiative de journalistes du Washington Post dans le cadre d’une enquête sur la perception, les goûts et les priorités d’action des gens. La question était : dans un environnement commun, à une heure inappropriée, pouvons-nous percevoir la beauté ? Nous arrêtons-nous à l’apprécier ? Reconnaissons-nous le talent dans un contexte inattendu ?

Expérience qui agit comme un Juge à la bouche d’entrée d’un métro ; comme un révélateur de ce qui conduit nos vies, de l’inertie dans laquelle sont engluées nos existences modernes sans en avoir plus vraiment le sens. Une des possibles conclusions de cette expérience pourrait alors être la suivante : si nous n’avons pas le temps pour nous arrêter et écouter un des meilleurs musiciens au monde jouant gratuitement quelques-unes des plus belles partitions jamais composées, à côté de combien d’autres choses passons-nous ?

N’est-ce pas au fond cette question que pose Jésus à la foule que nous sommes aujourd’hui, comme il la posa avec insistance aux foules d’hier à propos de Jean-Baptiste : Qu’êtes vous allez voir au désert ?  Un roseau agité par le vent…Alors qu’êtes-vous allez voir ? Un homme aux vêtements luxueux ? Mais ceux qui portent de tels vêtements vivent dans les palais des rois.

Qu’êtes vous donc allés voir ? Un prophète ? Oui et bien plus qu’un prophète, le précurseur…

Nos yeux sont tellement saturés d’images et d’infos en tout genre, jusqu’à l’étouffement de l’âme, qu’ils ne peuvent plus percevoir la nouveauté d’une vie qui vient se donner gratuitement et sans bruit dans la simplicité du quotidien. Des yeux et des oreilles conditionnés qui génèrent en nous des représentations toutes faites qui s’imposent au réel,  pour ne plus laisser le réel venir à nous comme un mystère qui porte sans cesse une surprise nouvelle.

Bernanos disait : la modernité est une conspiration silencieuse contre l’intériorité.

Nous sommes aussi de ces aveugles et de ces sourds à guérir pour que l’œuvre de Résurrection du Christ nous traverse et continue d’agir en nous et au cœur du monde. Pour que l’Avènement du Messie se fasse à nouveau perceptible à nos sens touchés par la grâce. Qui pourra nous redonner la vue, l’ouïe… ?

A la station « l’Enfant Plaza » du métro de Washington, celui qui a marqué le plus d’attention fut un petit garçon qui devait avoir 3 ans. Sa mère l’a tiré, pressé mais l’enfant s’est arrêté pour regarder le violoniste. Finalement sa mère l’a secoué et agrippé brutalement afin que l’enfant reprenne le pas.  Toutefois, en marchant, le petit garçon de 3 ans a gardé sa tête tournée vers le musicien.

 

Jean-Baptiste a beau être le plus grand des adultes parmi les hommes, le plus petit dans le Royaume des cieux sera toujours plus grand que lui. Et Attention de ne pas tourner en dérision les enseignements de cette expérience, comme une petite leçon de vie racornie à classer dans le casier des contes pour enfant innocent que la brutalité de la vie se chargera de congédier tôt ou tard.

A la station de « l’Enfant Plaza », cette scène s’est répétée plusieurs fois avec d’autres enfants, et à chaque fois, les parents, sans exception, les ont forcés à bouger.

Car Jésus lui-même se fâche lorsqu’on ne laisse pas venir à lui les petits enfants ; le Royaume de Dieu est à ceux qui leur ressemblent. Jésus lui-même exulte de joie dans l’Esprit Saint en bénissant son Père lorsqu’ils contemplent ensemble les tout-petits accueillir le Royaume alors que les sages et les savants du haut de leur prétention restent hermétiques.Les enfants sont bien une parabole en acte de l’Evangile pour nous aujourd’hui. N’allons pas les gangrené de nos soucis d’adulte (j'en viens à être halluciné par la pression que les parents mettent parfois à leurs enfants sur leurs études, transmettant leur angoisse, leur volant leur enfance et leur jeunesse ).

L’enfance est la voie qui nous conduit à partager en héritage la joie de Jésus.

 

 

 

 

C’est sans doute pour cela que Dieu en Jésus se fait petit enfant pour venir à nous, afin que nous retrouvions le chemin de l’enfance pour venir  à Lui et recevoir en héritage sa joie qui n’a pas de fin.

 

Bon dimanche de Gaudete !

 

 

 
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