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ÉGLISE, QUITTE TA ROBE DE TRISTESSE !

Ba 5, 1-9

(15 décembre 1994)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

N

ous allons bientôt célébrer la naissance de notre Sauveur. Lorsque l'Église a institué cette fête de Noël, elle a surtout médité sur un fait précis, le fait que Jésus soit vrai Dieu et vrai homme et donc prenne vraiment notre humanité, s'incarne pour en connaître toute la profondeur et ainsi amener au salut ceux dont Il venait se rendre proche. Et pour exprimer ce mystère elle a pris ce thème de la lumière en montrant que le Christ est le Soleil Levant, le Christ Soleil, Hélios.

       Il est cet Orient vers lequel nous dirigeons nos regards et nous retrouvons cette même image dans le livre de Baruch. "Jérusalem, regarde vers l'Orient ! Regarde se lever Celui qui vient ver toi !" Comme le soleil qui, à la fois peut paraître lointain, mais dont la proximité des rayons nous touche réellement. Ainsi, le Fils de Dieu, l'inaccessible se fait proche par son humanité.

       Cette humanité se perpétue, elle est continuée, elle est répandue par une autre humanité, celle de son Église. Son Église, comme aimera à le répéter le concile Vatican II, est devenue signe et moyen du salut de Dieu. L'Église est ainsi sacrement de la présence réelle du Seigneur au milieu de son peuple. Elle est cette "incarnation de surcroît" qui permet encore aujourd'hui, pour tous ceux qui veulent diriger leur regard vers le Soleil Levant, vers l'Orient, d'être remplis de cette présence de Dieu, d'être vraiment par l'Église, proches et touchés par Dieu. "Ce que nous avons vu, ce que nous avons entendu, ce que nous avons touché du Verbe de Dieu, nous vous l'annonçons" encore aujourd'hui. Son Église nous permet effectivement de voir, d'entendre et de toucher le Seigneur.

       Pourquoi ? Parce que la force, la vie, ce qui est le principe qui réside dans l'Église, c'est celui de la vie même de Dieu, c'est celui de l'existence même de la divinité. L'Église agit non pas pour elle-même et par elle-même, mais elle agit uniquement en fonction de l'action d'amour, du principe vivificateur et sanctificateur qui est en son sein et qui lui est donné par le Christ. C'est pourquoi les Pères de l'Église ont si souvent dit que l'Église "sortait du côté du Christ transpercé" et que dès lors, elle pouvait être cette mère, celle qui donnait naissance à de nouveaux enfants, elle pouvait être vraiment le signe et le moyen pour Jésus de nous dire encore aujourd'hui son amour.

       C'est pourquoi, d'une manière tout à fait particulière et extraordinaire, il faudrait peut-être relire ce texte en y mettant réellement le nom d'Église à la place de Jérusalem. Pour définir l'Église, ou bien on en trace un paysage social et on la réduit simplement à un phénomène de société ou de culture, ou bien on essaie d'atteindre le mystère de l'Église et dans ce cas-là notre langage, les mots pour le dire, n'arrive pas à épuiser le mystère qui l'habite. Elle est à la fois la "nouvelle Ève" c'est-à-dire la mère des vivants, elle est à la fois "l'épouse du Christ", elle est aussi "peuple de Dieu" elle est aussi "la vigne du Seigneur", "le Temple", "l'Arche" et la "Jérusalem."

       Église, à la place de Jérusalem, "quitte ta robe de tristesse et de misère ! Revêts pour toujours la beauté de la gloire de Dieu ! Prends la tunique de la justice de Dieu ! Mets sur ta tête le diadème de gloire de l'Eternel, car Dieu veut montrer ta splendeur partout sous le ciel ! Et ton nom sera de par Dieu pour toujours "Paix de la Justice" et "gloire de la piété". Église, lève-toi ! Tiens-toi sur la hauteur et regarde vers l'Orient ! Vois tes enfants, du couchant au levant rassemblés, sur l'ordre du Saint, jubilant car Dieu s'est souvenu, car ils avaient quitté à pied, sous escorte d'ennemis, mais Dieu les ramène, portés glorieusement comme un trône royal. Église, Dieu te guide dans la joie à la lumière de sa gloire, avec la miséricorde et la justice qui viennent à Lui."

       Cet oracle ce n'est pas du passé, c'est pour aujourd'hui. C'est pour aujourd'hui que l'Église c'est-à-dire chacun de nous, doit être revêtue pour toujours de la beauté de la gloire de Dieu. C'est aujourd'hui qu'il faut quitter notre masque de tristesse et de misère pour revêtir la beauté de l'éclat de Dieu. C'est aujourd'hui qu'il nous faut nous tenir sur la hauteur pour regarder vers l'Orient. Si notre attitude, si notre action véritable n'est pas celle-là, si nous ne cessons de nous regarder nous-mêmes, de critiquer l'Église dont nous faisons partie, si nous ne cessons de ratatiner la vie de l'Église, nous serons infidèles au principe même de l'existence de l'Église et donc de notre vie de chrétiens qui doit être une vie sanctifiée, remplie de la beauté de la miséricorde de Dieu Si nous voulons que le message passe dans le monde c'est cette miséricorde et cette beauté qu'il nous faut aujourd'hui revêtir.

 

       AMEN