AU FIL DES HOMELIES

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L'AVENT VU DU CÔTÉ DE DIEU

Ba 4, 30-37

(15 décembre 1988)

Homélie du Frère Michel MORIN

L

ève les yeux, Jérusalem, reprends courage et console-toi car voici, de l'Orient, tes enfants sont rassemblés !" Est-ce que vous pouvez faire vôtre aujourd'hui, en cet Avent, cette parole du prophète Baruch ? Ou alors vous paraît-elle archaïque, propre à un mouvement de population d'il y a deux mille ans ou plus ? Vous paraît-elle étrangère à votre vie ? Si oui, c'est fort dommage Il serait temps d'entrer dans l'Avent.

       Qui voit ceux qui étaient dispersés revenir dans Jérusalem ? Nous ? Non. Dieu ? Oui. L'Avent vu du côté de Dieu, c'est la lumière qui, dans ses yeux, illumine ce qui à nos yeux est encore ténèbres. Ce qui à nos yeux ne paraît pas, c'est ce mouvement réel, progressif, toujours croissant des hommes, de chaque homme allant vers Dieu. Car depuis l'Incarnation, et l'Ascension du Fils, tout homme est attiré par Lui. Le mouvement de cette attirance, la marche des hommes et de chaque cœur, nul n'en est témoin. Dieu seul le voit, Dieu seul s'en réjouit, Lui, les anges et tous les saints. Il contemple, de l'intérieur de chaque cœur, cette avancée insensible à nos yeux, cette avancée de l'humanité vers Dieu.

       C'est pour cela que le psaume 64 n'est pas un psaume de tristesse, de découragement, mais un psaume d'abondance, de fruits, de moissons, de joie et d'exultation. C'est vrai que notre regard d'aujourd'hui sur ce peuple en marche vers Dieu qu'est l'Eglise et qu'est l'humanité tout entière, peut nous paraître, à nous guère festif, guère heureux, sans moissons, sans vendanges, sans croissance. Les médias, les analyses psychosociologiques, un certain sens de l'histoire nous disent justement le contraire, nous dit que l'Eglise ne draine plus rien, que les hommes ne cherchent plus Dieu, que Dieu est absent. C'est tout à fait faux. C'est une vision purement journalistique. Il ne faudrait pas en rester à ce pur regard qui ne serait en nous que le reflet complètement déformé de la réalité intérieure du monde. Autrement, où voulez-vous prendre, comme nous le demande le prophète Baruch courage et consolation ? Ce serait plutôt désespérance et suicide.

       En ce temps de l'Avent, il faut laisser Dieu forcer notre vie, notre regard, notre cœur à voir comme lui, voit, à sentir comme Lui ressent, à contempler comme Lui contemple, et à croire que cette parole du prophète Baruch n'est pas antédiluvienne ou post-diluvienne peu importe, mais qu'elle est actuelle. Et que cette marche des "fils dispersés" vers la ville de Jérusalem, c'est la nôtre, c'est celle d'aujourd'hui, pour le moins que nous voulions ouvrir nos yeux et regarder vers l'Orient. Or l'Orient, c'est au fond du cœur de chaque homme. Comme le dit Jésus dans l'évangile, qu'il soit publicain ou prostitué, ou plus exactement s'il est publicain ou prostituée. Car, à ce moment-là, ce regard d'une très grande pauvreté humaine, sans aucun appui social ou culturel, cherchera au-delà de la surface des choses, de la surface de l'histoire et discernera ce salut qui vient pour combler, pour consoler et pour réunir.

       Oui l'Avent c'est un temps spirituel. C'est un temps où doit s'ouvrir réellement toute la partie spirituelle de notre esprit, de notre intelligence, de notre chair, pour que nous puissions grandir dans cette conviction que la Parole de Dieu est réelle, que la Parole de Dieu est actuelle et que c'est elle qui fait l'actualité réelle du monde. Tout le reste n'est que vague écume.

       En cette eucharistie, demandons que notre cœur, que notre regard soit vraiment un cœur et un regard d'Avent, un cœur et un regard qui pressentent l'Avènement, qui se réjouissent car déjà les hommes se rassemblent, qui se réjouissent car Dieu contemple ce mouvement ascendant et réunifiant de tous les hommes, et qu'Il aime l'Eglise d'aujourd'hui parce qu'elle est, sur la terre, le lieu vrai et unique où cela déjà s'accomplit, se réalise, ce Temple où Il fait danser de joie les enfants dispersés et où Il les comble comme les pluies d'hiver comblent la terre pour la moisson du printemps.

       AMEN

 

 
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