AU FIL DES HOMELIES

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LE MYSTÈRE DU TEMPS

Gn 49, 1-2+8-10 ; Mt 1, 1-17

Jeudi de la troisième semaine d'Avent – B

(17 décembre 1981)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

L

 

orsque nous parlons du temps, nous regardons notre montre ou nous pensons à notre calendrier. C'est notre manière à nous de vivre le temps. Pour nous, le temps, ce sont des secondes qui s'ajoutent aux secondes pour faire des minutes qui forment des heures, des heures qui font des jours, des jours qui font des années. Tout cela est tout à fait exact. C'est même tellement exact qu'on arrive à calculer cela avec des millièmes et même des millièmes de millièmes de seconde. Mais, au fond, c'est un peu pauvre comme manière de penser le temps. Au temps de Jésus, quand on parlait du temps, on en parlait autrement. On disait : je suis fils d'Un tel, fils d'Untel, fils d'Untel. Le texte de l'évangile que nous venons d'entendre, c'est une méditation sur le temps, une méditation chrétienne sur le temps chrétien. Car le temps, c'est d'abord le mystère de ce qui existe en tant qu'il plonge ses racines dans le passé.

En effet, ce que l'évangéliste veut nous faire voir, c'est que la chair de Jésus-Christ, son existence parmi nous plonge ses racines dans toute l'histoire de l'humanité. C'est cela qui est d'abord si important. Le Christ récapitule en Lui la foi d'Abraham, les songes de Jacob, Joseph qui a souffert pour ses frères en Égypte. Jésus récapitule en Lui l'onction messianique de David, la sagesse de Salomon, la royauté de tous les rois d'Israël et de Juda. Il récapitule en Lui toutes ces générations qui sont venues, les unes après les autres. Et ce qui est d'abord extraordinaire, c'est que Dieu veuille prendre racine dans notre temps et par notre temps, dans notre chair. C'est cela d'abord le temps.

Ensuite, le temps chrétien, c'est tous ces liens d'amour, d'amitié et d'humanité qui se sont noués, tissés, au fil des générations. Nous-mêmes, nous pensons le temps de manière tellement mathématique que nous ne pensons plus que le temps est précisément ce qui nous donne, petit à petit, toute notre épaisseur, toute notre profondeur humaine. Normalement on est beaucoup plus homme à soixante-dix ans qu'à vingt ans, même si ce n'est pas toujours vrai, en tout cas, c'est à souhaiter; c'est-à-dire que l'épreuve même du temps nous donne, au fil des jours, au fil des années, cette sagesse profonde. Dans l'histoire du salut, c'est la même chose.

Le Christ vient enraciner et planter son humanité pour créer une communion entre tous les hommes, et d'abord, pour récapituler en Lui, cette communion d'amour qui s'est tissée entre tous les membres du peuple d'Israël, et pour lui donner une nouvelle dimension. Maintenant c'est parce que le Christ est venu, c'est la plénitude des temps qui s'accomplit. Maintenant, notre véritable généalogie, c'est : Le Christ a engendré Pierre et les apôtres, et les disciples sont partis et ont proclamé leur parole à travers l'univers et ils ont engendré l'Église qui est à Corinthe, l'Église qui est à Ephèse, et l'Église qui est à Lyon et l'Église qui est à Paris, et l'Église qui est à Aix. Et nous sommes les enfants de cette Église, à travers toutes les générations de ceux qui ont été régénérés par la Parole de Dieu et qui nous ont donné la vie, la vie divine par cette même Parole de Dieu, et par les sacrements. Voilà le temps chrétien. Prendre des racines dans notre Tradition dans la chair de l'humanité, comme le Christ l'a voulu Lui-même, et, d'autre part, voir petit à petit se tisser et se nouer tous ces liens de communion. Mais cela ne suffit pas encore.

En effet, le mystère ultime du temps, et c'est cela la nouveauté radicale, c'est que ce temps, dont, au fil des jours, nous éprouvons l'usure et les forces de mort, plus le temps avance, plus nous nous avançons vers la mort, dans ce temps, c'est le Fils même de Dieu qui est venu. Et désormais, le temps est comme une réalité trop petite qui éclate de l'intérieur pour que l'éternité puisse y germer et nous transfigurer. Noël, c'est cela. C'est l'éternité de Dieu, son amour éternel dont Il nous a aimés qui fait brusquement irruption dans la chair des générations et qui les fait, pour ainsi dire, craquer. Déjà, elle a éclaté, elle est morte. Mais Dieu vient y mettre un ferment nouveau plus dynamique, plus puissant que toutes les forces de destruction que nous pouvons imaginer, un ferment de renouveau qui fait craquer notre vieil homme de toutes parts, pour y faire entrer l'éternelle jeunesse de Dieu. Bien sûr, par tout un côté de nous-mêmes, nous continuerons à faire cette expérience du temps qui s'use, du temps qui meurt, du temps qui nous décompose. Mais, en même temps, au cœur même de cette décomposition que nous vivons, et c'est cela que nous vivons dans ces craquements terribles qui se passent en ces jours, c'est la force du vieil homme qui est toujours bien plus apparente et bien plus violente en ce monde que la force de ceux qui ont la foi. A travers toutes ces forces qui craquent et qui désagrègent notre monde, en réalité, c'est la jeunesse de l'éternité de Dieu qui naît sans cesse et qui ne veut pas laisser ce monde aller à la mort, mais qui le conduit vers son éternité.

Frères et sœurs, en célébrant cette eucharistie, demandons au Seigneur, qu'il prépare vraiment nos cœurs à fêter Noël, comme cette irruption extraordinaire de la jeunesse de Dieu et de son éternité au fil de nos générations et au fil de nos vies, car si Noël n'est pas cela d'abord, Noël ce ne sera rien du tout.

 

AMEN


 
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