AU FIL DES HOMELIES

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ABAISSEMENT ET EXALTATION

So 3, 14-18 a ; Lc 1, 46-56

Jeudi de la troisième semaine d'Avent – B

(20 décembre 1984)

Homélie du Frère Michel MORIN

Beauté éphémère

D

 

imanche à la messe, j'ai évoqué pour vous cette figure de Jean-Baptiste, pas simplement dans son ministère de prophète, de baptiste, mais aussi dans ce mystère de sa joie profonde, en reliant cette joie au moment même où il acceptait de disparaître au moment de son humiliation, au moment de son anéantissement et de son abaissement. Alors qu'il a fini sa fonction prophétique, une fois qu'il désigne le Christ présent au milieu du peuple d'Israël, Jean-Baptiste a cette phrase extraordinaire : "Il faut que, maintenant, Il grandisse et que, moi je diminue, et ma joie à moi est totalement parfaite" . Cela retrace le chemin qui est celui de toute vie chrétienne : accepter que sa vie ne soit pas à soi-même, accepter que nous allions lentement, mais sûrement, inexorablement, vers notre propre fin, vers notre propre disparition et accepter cela non pas seulement le jour de notre propre mort, mais chaque jour de notre vie où le Christ doit, de plus en plus, prendre la première place et toute la place dans notre existence.

Aujourd'hui, avec la figure de la Vierge Marie, c'est un tracé en paradoxe qui nous est présenté. Non plus celui de Jean-Baptiste, "le plus grand des prophètes" en marche vers son abaissement, mais celui de la Vierge Marie la plus petite des servantes celle qui, de son humilité, est exaltée, celle qui, de sa petitesse, est grandie, celle qui est élevée. Élevée parce qu'elle est comblée de la grâce de Dieu, élevée parce que, en elle se cristallise toute l'œuvre du salut, toute l'œuvre de la miséricorde que Dieu ne cesse de manifester, depuis Abraham jusqu'en sa descendance et jusqu'en nous qui sommes encore aujourd'hui de sa descendance.

La Vierge Marie est cette humble, cette faible, cette fragile qui a été fortifiée parce qu'elle a été comblée de la présence de Dieu, et elle a été ainsi exaltée, et vous l'avez remarqué, exaltée aussi dans la joie : "Mon âme tressaille d'allégresse".

Ainsi, dans les deux figures qui dominent ce temps de l'Avent, dans Jean-Baptiste et dans la Vierge Marie, nous avons, dans l'un et l'autre cas, une exultation de joie profonde, nous avons un tressaillement d'allégresse qui atteint les profondeurs mêmes de l'être humain et qui n'est donc pas cette allégresse, peut-être souvent superficielle, passagère de notre vie, parce qu'elle puise son existence dans des moments de bonheur extrêmement fugaces, voire peut-être futiles. Ce bonheur, cette joie profonde est celle d'approcher le mystère de Dieu et celle de se laisser combler par le mystère de Dieu et par l'appel qu'Il adresse à chacun d'entre nous. La vocation de Jean-Baptiste n'est pas celle de la Vierge, mais ils sont, l'un et l'autre comme le type, comme la figure de ce que doit être la vie de l'Église aujourd'hui, et donc, par conséquent, notre vie à chacun d'entre nous.

Nous sommes des créatures petites, fragiles, pauvres. Sans le Christ, nous ne pouvons rien faire, nous sommes incapables, mais comme la Vierge Marie, Il nous a comblés de la présence de Dieu dans notre propre chair, et nous sommes ainsi, dans notre nature même, exaltés, nous sommes élevés au-dessus de tout autre créature. Et c'est ceci qui est notre joie, non pas une fausse élévation, non pas un orgueil humain, non pas une fierté puisque "les superbes sont abaissés", mais de cette grandeur qui est celle de la présence du Christ en nous. Et c'est ceci qui doit être pour nous, en ce temps de Noël, une cause, une raison d'exultation, de tressaillement de joie et de bonheur profond.

Mais en même temps, nous sommes aussi comme Jean-Baptiste, nous devons disparaître. Jésus le dira Lui-même à ses disciples : "Quand vous aurez fait tout ce que vous aviez à faire, dites-vous bien que vous avez été des serviteurs inutiles !" C'est cela aussi qu'il faut comprendre : c'est que notre propre vie ne nous appartient pas, notre propre vie n'est pas à nous, nous n'en sommes pas les maîtres, nous ne pouvons pas la gérer comme nous voulons. Nous avons à vivre cet appel du Christ qui est toujours un appel à l'abaissement, à l'effacement, non pas pour s'autodétruire, mais pour Le laisser nous construire véritablement, en faisant que le vieil homme qui est en nous, cet homme de péché, de lourdeur, de souffrance, de mort, puisse disparaître et laisser grandir cet homme nouveau qui est l'homme baptismal, à son image et à sa ressemblance, cet homme nouveau qui est déjà en nous, puisque le Christ, en son incarnation, demeure dans notre humanité.

Et lorsque l'un d'entre nous disparaît, même quand il est jeune, c'est parce que cette œuvre s'est accomplie en lui. Nous ne comprenons pas les circonstances de sa mort : elle nous choque, elle nous heurte. Mais, en tant que chrétiens nous devons nous dire que, au moment de sa disparition, de son abaissement, de son apparente destruction de la vie terrestre, il y a en lui, dans la droiture de son cœur qui s'ouvre à Dieu, cette élévation, cette exultation de tout son cœur, de toute son âme, de tout son être purifié dans la gloire de Dieu, qui fait en sorte qu'il tressaille d'allégresse, même si ce tressaillement d'allégresse nous ne pouvons pas, nous, le percevoir.

Alors, qu'en ce temps de l'Avent, nous puissions tous, qui que nous soyons, plus âgés ou plus jeunes, devant toutes les situations de notre vie, celles qui sont autour de nous, celles qui touchent les autres, celles qui viennent nous heurter, puissions-nous nous souvenir toujours que nous sommes appelés à l'exultation dans l'allégresse, que nous sommes appelés à chanter la miséricorde de Dieu, que nous sommes appelés à grandir et à atteindre la stature de l'homme nouveau qui est celle du Christ Lui-même, mais que le chemin c'est celui de Jean-Baptiste, c'est la petitesse, c'est l'abaissement, c'est le renoncement à sa propre vie et c'est l'entrée, par le mystère de notre mort, dans la vie éternelle.

 

AMEN

 
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