AU FIL DES HOMELIES

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RIEN N'EST IMPOSSIBLE A DIEU

Is 7, 10-14 ; Lc 1, 26-38

Jeudi de la troisième semaine de l'Avent – C

(19 décembre 1985)

Homélie du Frère Michel MORIN

Annonciation

D

 

ans ce passage de l'Annonciation, je voudrais méditer deux aspects de notre foi chrétienne. Le premier est un point objectif, quelque chose qui est à Dieu, qui vient de Dieu et qui nous est annoncé par l'ange de Dieu, c'est tout ce qui est contenu dans cette affirmation : "Rien n'est impossible à Dieu !" Le deuxième point, c'est un aspect qui vient de l'homme, de l'humanité, de l'Église et qui est exprimé par la vierge Marie : "Je suis la servante du Seigneur. Qu'il me soit fait selon Ta Parole !"

"Rien n'est impossible à Dieu". Je pense que globalement, tous, nous adhérons à cette profession de foi, mais je ne sais pas si chacun, dans notre cœur, nous y croyons vraiment c'est-à-dire si nous acceptons que ce soit, de fait, ainsi pour nous, pour nous personnellement comme pour l'Eglise, comme pour l'histoire du monde. Car nous sommes probablement comme Achab, nous fatiguons Dieu, souvent, pour lui demander signe. Nous voulons des signes, nous voulons savoir, nous voulons comprendre, nous voulons que Dieu réponde exactement à ce que nous souhaitons tant pour notre vie de foi que pour~notre vie humaine. Et le prophète dit qu'il ne faut pas "fatiguer Dieu". Il ne faut pas fatiguer Dieu, c'est-à-dire que cela n'entre pas dans la perspective de Dieu que nous soyons toujours à ses pieds en train de lui demander ce que nous voulons, ce dont nous avons envie, en pensant que, si nous avons cela, alors nous croirons en Lui, alors nous pourrons fonder notre vie sur Lui.

L'ange Gabriel nous fait comprendre que la foi ne marche pas au rythme de nos désirs, de nos envies et de tout ce que nous voulons, et de tout ce que nous voulons arracher à Dieu. Ceci est vrai dans beaucoup de circonstances de notre vie, spécialement celles où nous sommes déroutés, soit par les évènements, soit parce que nous n'arrivons pas à comprendre de l'intérieur telle ou telle chose qui nous arrive ou tel ou tel évènement. Et l'ange nous dit : "Rien n'est impossible à Dieu !" Et nous savons bien que ce que fait Dieu, ce que Dieu désire c'est que chacun d'entre nous, nous puissions comprendre et vivre le seul signe qui nous est donné et qui est l'Incarnation de son Fils dans la chair humaine. "La jeune fille concevra." Et l'ange dit à Marie : "L'Esprit Saint viendra sur toi et te couvrira de son ombre et tu enfanteras un fils." Et c'est cette même réalité qui se poursuivra encore dans la chair humaine lorsque Jésus dira aux juifs : "Vous n'aurez pas d'autre signe que celui de Jonas" c'est-à-dire la mort, l'enfouissement de la chair humaine du Christ dans notre réalité profonde, afin de manifester le signe de la Résurrection.

C'est à cela, c'est à cette foi gratuite, non calculée, non motivée de notre part, que nous sommes appelés, que nous devons répondre aujourd'hui. Et je sais bien que, comme la vierge Marie, nous disons souvent : "Comment cela va-t-il se faire ?" Et nous aurons toujours la même réponse : "L'Esprit Saint viendra !" car c'est l'Esprit Saint qui est puissance et force de Dieu et qui, seul, est capable d'incarner en notre vie le mystère de l'amour de Dieu qui est toujours l'enfantement du Christ comme Source de vie, comme source de lumière et comme source de Résurrection. Tant que nous ne sommes pas placés délibérément et gratuitement à cette profondeur de foi, nous ne sommes pas encore tout à fait croyants, et nous fatiguons Dieu avec des choses inutiles.

Le deuxième aspect permet justement à cette impossibilité de se réaliser. C'est la disposition de notre cœur : "Je suis la servante du Seigneur ! Qu'Il me soit fait selon Ta Parole !" dit Marie. Nous ne sommes pas maîtres de notre vie. Nous ne sommes pas maîtres du monde. Nous ne sommes pas maîtres de notre foi, ni de notre vie spirituelle, ni de notre sainteté. Car si nous étions maîtres de cela, et nous le voudrions souvent quand nous voulons que cela se réalise comme nous le pensons, nous serions encore en dehors de l'œuvre de Dieu puisque ce que nous voulons faire c'est notre oeuvre, même à l'intérieur de la foi, sans laisser l'œuvre de Dieu s'incarner et s'accomplir en nous, comme Lui-même le veut et comme Il le désire.

Je crois que devant ce mystère que nous nous préparons à célébrer il nous faut retrouver fondamentalement, personnellement et en Eglise, cette disposition spirituelle, profonde de la disponibilité. Dieu est notre maître. C'est Lui-même qui achève, en nous, le mystère de la rédemption. Nous croyons que c'est impossible parce que nous ne le voyons pas. Et c'est vrai, alors nous demandons d'autres signes. Cependant, c'est réalisé en nous, c'est déjà tissé en nous. C'est une œuvre qui est déjà commencée et qui est prête à atteindre sa plénitude, sa totalité, pour peu que nous acceptions d'être serviteur, servante de cette œuvre de Dieu en nous, et pas l'inverse.

Or être serviteur de l'œuvre de Dieu en nous c'est d'abord de croire qu'elle est vraiment réalisée et de ne pas l'attendre, et de ne pas penser que Dieu ne fait rien parce que nous ne le voyons pas, et de ne pas penser que Dieu est absent parce que nous ne le sentons pas, et de ne pas penser que Dieu est silencieux parce que nous-ne l'entendons pas. Mais pourquoi nous ne l'entendons pas ? Parce que nous avons tout un dialogue intérieur pour mettre en œuvre notre propre vision, notre propre travail de foi. Et c'est cela qui empêche l'œuvre de Dieu de s'accomplir en nous : nous la rendons impossible, nous la limitons.

Etre disposé à être serviteur, servante de l'œuvre de Dieu en nous, c'est permettre à sa Parole de prendre chair. "Qu'il me soit fait selon Ta Parole !" Et "le Verbe de Dieu a pris chair en elle !" Que cet évangile de l'Annonciation annonce aussi, à notre vie personnelle et à la vie de l'Église, ce mystère que c'est Dieu seul qui travaille en nous, qui nous sauve, même et souvent lorsque nous ne le savons pas, et heureusement, parce que si l'œuvre de Dieu, en nous, était réduite à ce que nous en savons, ce serait vraiment pas grand-chose. Mais si nous ne savons pas, si nous ne savons pas comment cela se fait, nous croyons que c'est possible à Dieu, dans la force de l'Esprit Saint. Et de toute notre foi, de tout notre cœur, de tout notre désir pour que cette œuvre continue à s'accomplir, à s'enraciner, à nous transformer, nous n'avons qu'à murmurer chaque jour : "Je suis serviteur de Ta Parole, ouvrier de Ton Désir" comme dit le Psaume, afin que Dieu qui est l'architecte puisse accomplir, construire en nous cet homme nouveau qui est déjà présent en nous et qui ne demande qu'à grandir, pourvu que nous puissions simplement être au service de cette grâce et l'aider à prendre chair en nous.

Que cette eucharistie, qui est le signe réalisé pour nous, dans l'Eglise, de l'Incarnation et de la rédemption du Fils, puisse toucher, provoquer, ébranler un peu notre cœur et une foi peut-être trop individuelle, trop tournée sur nous-même, pour qu'en ces jours où nous préparons ensemble à célébrer ce mystère, ce soit vraiment une célébration d'un mystère qui se déroule en nous, en chacun de nous et dans l'Église tout entière. Alors vraiment, nous pourrons, à l'image de la vierge Marie, être heureux, tressaillir d'allégresse parce que notre foi sera vraiment telle que Dieu l'attend.

 

AMEN

 
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