AU FIL DES HOMELIES

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MAGNIFICAT

So 3, 14-18 a ; Lc 1, 46-56

Jeudi de la troisième semaine de l'Avent – B

(20 décembre 1990)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

N

ous nous avançons vers la célébration de Noël. Nous nous avançons vers la célébra­tion solennelle de la naissance de Jésus. Comme le dit la liturgie, c'est une "solennité" et cha­que jour nous célébrons des offices solennels. Et c'est vrai que cette fête de Noël est une solennité, un grand évènement pour notre vie chrétienne, pour la vie du monde. Tant et si bien que, comme le prophète So­phonie l'a pressenti, l'a annoncé, et comme la vierge elle-même, comme Elisabeth, il y a déjà dans les cœurs un grand tressaillement d'allégresse, un grand frisson de bonheur, si vraiment, à la réflexion, à la prière, à la méditation, nous laissons entrer en nous cet avènement, ce mystère qui avance en nous, si nous laissons le Christ s'incarner.

Cependant il ne faudrait pas uniquement vivre sur cet aspect de solennité tout en le cultivant beau­coup. Mais cette solennité est liée à une autre disposi­tion du cœur de l'homme et ce lien est absolument nécessaire, il est théologiquement indispensable. La solennité c'est "vu du côté de Dieu" et de son retentis­sement dans notre cœur. Mais le Magnificat nous fait voir la fête de Noël, "vu de notre côté" avec un reten­tissement en Dieu. Solennité de Dieu vers nous et pauvreté de nous vers Dieu. Et c'est cela aussi que la Vierge a chanté car les paroles mêmes de ce Magnifi­cat bien connues nous annoncent que le mystère de la réception du Dieu fait chair est un mystère que la Vierge a vécu dans la pauvreté, en reprenant d'ailleurs les dispositions des justes de l'Ancien Testament puisque ce Magnificat est un chant de l'Ancien Tes­tament repris par la vierge Marie pour l'accomplisse­ment de la promesse première dans l'Enfant qu'elle portait.

Elle-même le dit : "Il a jeté les yeux sur l'abaissement de sa servante !" sur la petitesse de sa servante, elle que l'ange a pourtant saluée comme étant "pleine de grâce". Pleine de grâce parce que remplie de la richesse de la vie divine, mais petite et abaissée parce que participant à l'humble condition humaine. Et encore : "Il a élevé les humbles !" La vierge se reconnaît dans ce peuple de petits, dans ce peuple d'humbles, dans ce peuple d'humiliés, humiliés à cause de toutes les tragédies de l'histoire d'Israël et humiliés aussi dans le péché d'Israël que la vierge porte aussi, elle qui est sans péché. Et encore "Il com­ble de biens les affamés !" Elle, la vierge sainte qui est comblée de grâce se retrouve aussi et se saisit dans cette grande cohorte d'hommes et de femmes assoiffés et affamés de la justice, de la miséricorde et du salut de Dieu.

Donc la vierge Marie est bien ce chemin de notre Avent. Nous le vivons dans la solennité parce que Dieu nous donne de vivre avec nous, ça c'est so­lennel, et nous le vivons dans la pauvreté, dans l'hu­milité, dans l'abaissement à cause de notre péché, à cause de notre misère parce que c'est cela que Dieu a épousé en venant dans notre chair et, que, de fait, Il a rendu solennel. Voilà que l'humilité est solennelle ! Voilà que la pauvreté est solennelle ! Voilà que la faim est solennelle ! Et c'est ce paradoxe, humaine­ment incompréhensible, humainement injoignable dans ses deux termes, que nous nous préparons à cé­lébrer. C'est aussi cela déjà la première béatitude : "Bienheureux les pauvres car le royaume de Dieu est à eux !"

Alors que dans ces jours qui précèdent Noël, nous nous imprégnions profondément de toute la so­lennité de cet acte de Dieu pour nous Il ne peut être que solennel comme tout ce que fait Dieu ! Mais la grandeur c'est aussi que nous sommes des pauvres, des humbles, des affamés de Dieu. Et ceci pas sim­plement au plan spirituel. Il nous faut attendre la fête de Noël et la vivre avec toutes nos misères, toutes nos solitudes, toutes nos maladies toutes nos fatigues, tous nos problèmes, tous nos soucis, toutes nos craintes, tous nos péchés. Cela aussi doit servir de crèche inté­rieure, de paille à la venue de Dieu. Il n'y a pas d'hommes de paille dans la vie chrétienne, mais notre cœur est aussi pauvre que de la paille, et c'est là que le Christ, dans cette misère, dans cette pauvreté, dans cette humilité, c'est là qu'Il vient. Ce n'est que là qu'Il peut venir, car s'Il est Sauveur ce n'est que pour ceux qui se savent perdus. Il n'y a pas de salut pour ceux qui sont en bonne santé, à tous les plans.

Que cette eucharistie nous aide à entrer dans le mystère de Noël, solennellement mais humblement. Que dans les deux jours qui viennent et spécialement samedi, vous puissiez prier, chanter dans votre cœur, en communion avec les détenus de la prison d'Aix, que vous puissiez dire : "Il comble de biens les affa­més ! Il relève les humiliés !" pas uniquement pour vous, mais aussi de vous à eux, par solidarité hu­maine, par solidarité spirituelle. Nous célébrerons Noël avec Monseigneur. Ce sera un peu solennel, mais dans l'extrême pauvreté. Que ce soit pour nous le symbole de ce que nous sommes, de ce qu'ils sont, parce que Dieu vient tous nous visiter, qui que nous soyons, pour nous rendre notre liberté intérieure véri­table, celle qui nous permet d'avancer vers Dieu et sa grandeur avec notre misère.

 

AMEN

 

 

 
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