AU FIL DES HOMELIES

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LA VIERGE QUI ENFANTE

Is 7, 10-14 ; Lc 1, 26-38

Jeudi de la troisième semaine de l'Avent – C

(19 décembre 1991)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

D

ans la prière d'introduction de la Messe il est dit : "Par le signe merveilleux de la vierge qui enfante, Tu fais connaître au monde, Seigneur, la splendeur de Ta gloire".

Les deux textes de la liturgie de ce jour, qui nous sont bien connus, nous présentent, en un paral­lèle extrêmement saisissant, la première annonce de l'Incarnation faite par Isaïe presque huit siècles avant la venue de l'ange auprès de Celle qui était la vierge qui allait enfanter un Fils qu'elle appellera Emmanuel.

Le signe merveilleux de la Vierge qui enfante ! Merveilleux, oui, mais ne tombons pas dans le merveilleux, c'est trop facile. Merveilleux parce qu'elle manifeste, par son enfantement du Fils de Dieu, un signe que le monde ne connaissait pas, mais qui était déjà présent profondément en lui. Et ceci rejoint ce que Jean-Baptiste dit à ses disciples : "Il y a au milieu de vous quelqu'un que vous ne connaissez pas !" désignant ainsi le Fils de Dieu. Il y a, au cœur du monde, un signe que ce monde ne connaît pas, un signe merveilleux. Et la merveille de la Vierge qui enfante c'est de manifester au monde, à travers sa propre chair, ce signe qui repose au plus profond du cœur et de la chair du monde et de chaque homme depuis le début de la création. Ce signe, c'est celui d'un enfant, c'est les traits d'un Fils, c'est une présence immuable et éternelle de Dieu, un signe d'Emmanuel, un signe qui révèle la présence de Dieu. C'est le signe de l'image de Dieu inscrit dans la chair de l'homme. C'est le signe de l'image de Dieu qui fait que la chair de l'homme est une chair humaine et pas une autre chair.

Lorsque la Vierge enfante, elle manifeste par une grâce particulière de Dieu, elle manifeste que, désormais, ce qui était caché au plus profond du cœur de l'homme et qui fait sa création première, est mani­festé pour lui révéler le sens ultime de cette première création, pas simplement être des hommes à l'image de Dieu mais être fils dans le Fils, pour être enfants de Dieu. Le signe merveilleux de la Vierge qui enfante est inscrit au plus profond de notre être. Au point le plus central et le plus innommable de nous-même, il y a une présence de Dieu absolument pure, absolument vierge c'est-à-dire qui ne tient de personne d'autre que de Lui-même car c'est cela d'abord la virginité de Marie. Ce n'est pas une question morale, c'est une question théologale. Tout en elle ne vient que de Dieu.

Nous avons au cœur de nous-même ce signe de la présence de Dieu, cette image du Fils. Et la fête de Noël nous rappelle que cette image du Fils ne doit pas seulement rester comme le fondement de notre être mais doit devenir l'épanouissement de notre être, ne doit pas seulement rester comme un objet de croyance en une création première qui vient de Dieu, mais doit devenir ce que nous devons être nous-mêmes, des fils de Dieu dans ce qu'il y a de plus charnel, de plus matériel, de plus humain en nous. C'est cela le signe merveilleux de la Vierge qui en­fante, une présence glorieuse de Dieu au cœur de cha­que homme, encore cachée, mais qui, dans la grâce fécondante de l'Esprit Saint, doit se manifester en prenant chair dans notre chair, pour que notre chair devienne celle du Fils de Dieu et qu'ainsi nous deve­nions totalement de la race et de l'amour de Dieu.

Alors préparons notre cœur, non pas à rece­voir un cadeau merveilleux enveloppé de papier et de rubans, mais préparons notre cœur pour que nos yeux s'ouvrent et qu'au plus profond de ce cœur et de notre chair et de celle de tous les hommes, nous puissions recevoir ce qui est déjà présent, l'image de Dieu. Et que cette figure, que ce filigrane, que cette présence intime et profonde du Fils soit vraiment notre joie c'est-à-dire prenne chair, prenne nos traits, habite notre silence, féconde notre souffrance, fasse notre salut, établisse notre communion et donne à l'Église d'être son Église. Que la grâce de cette préparation de Noël soit vraiment, au cœur de notre cœur et au cœur de la chair de toute l'humanité, la découverte de cette Image de Dieu qui ne demande qu'une chose, naître et grandir pour faire de nous des fils à l'image parfaite du Fils.

 

 

AMEN

 

 
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