AU FIL DES HOMELIES

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UN HÉRAUT, UN ASTRE, UN CHEF

Nb 24, 2-7+15-17 ; Jn 10, 37-42

Jeudi de la troisième semaine d'Avent – B

(16 décembre 1993)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

C

e petit passage d'évangile auquel on prête d'ordinaire peu d'attention nous montre que la présence spirituelle de Jean-Baptiste a ac­compagné tout le ministère de Jésus jusqu'à la veille même de sa Passion puisque ce texte se trouve immé­diatement avant la résurrection de Lazare qui va in­troduire à la Passion de Jésus. Au moment même où Jésus achevait sa prédication, au moment même où le complot était déjà ourdi autour de Lui, au moment même où les grands prêtres attisaient leur haine contre Lui, les foules venaient à Lui encore dans l'élan que leur avait donné Jean-Baptiste. Et c'était au lieu même où Jean-Baptiste baptisait, au lieu où Jésus avait reçu le baptême que Jésus se réfugiait ainsi encore à la veille de sa passion.

Que disent les foules à ce propos ? "Jean n'a fait aucun signe." Jean n'avait pas accompli de mira­cles, il n'avait pas accompli d'œuvres extraordinaires ni merveilleuses Mais tout ce que Jean a dit de cet homme était vrai. Au fond, c'est Jean lui-même qui était le signe. La parole de Jean, la prédication de Jean, cet appel à la conversion était le signe par ex­cellence de l'imminence de la venue du Messie. Et le texte du Livre des Nombres nous développe aussi ce thème des signes. Ce thème des signes, remontant là jusqu'aux lointaines origines d'Israël car il s'agit d'un très vieux texte lié au tout début de l'implantation d'Israël en Palestine au moment où il luttait contre les populations alentour, et en particulier contre le roi de Moab, Balak, qui avait fait venir tout exprès un pro­phète pour maudire Israël. Mais le prophète Balaam, pris par l'Esprit du Seigneur, au lieu de maudire, bénit Israël. "Que tes tentes sont belles, Jacob, et tes de­meures, Israël, comme des vallées, comme des jardins au bord d'un fleuve !" Et au milieu de cette bénédic­tion d'Israël, surgit un triple signe. "Un héraut, un homme fort, un chef grandit dans la descendance d'Israël, non pas pour tout de suite, non pas pour maintenant. Je l'aperçois, non pas de près mais dans le lointain." Et voici le deuxième signe "Un astre, une étoile." En fait il s'agit de la même personne que ce héraut, que ce chef. Cette étoile c'est Celui qui dira : "Je suis l'Etoile brillante du matin." "Une étoile issue de Jacob, un sceptre."

Voilà donc un héraut, un guerrier, une lu­mière, un roi, un sceptre qui se lève dans le lointain. Ces signes jalonnent toute la mémoire d'Israël, toute l'histoire d'Israël est remplie de ces images obscu­res, lointaines, encore indistinctes, mais qui petit à petit se précisent les unes les autres et annoncent un événement mystérieux, un surgissement. Et ce surgis­sement, c'est Jean-Baptiste qui sera l'ultime signe pour le faire reconnaître. Les paroles de Jean-Bap­tiste, la prédication de Jean-Baptiste, le doigt de Jean-Baptiste montrant cet homme et qui dira : "Le voilà !" Voilà l'Astre qui surgit en Israël. "Voilà le Chef !" Voilà le héraut, voilà le sceptre, voilà le Roi.

Nous sommes nous aussi, pendant ce temps de l'Avent, en quête de tous ces signes de toutes ces annonces, ces prophéties, de toutes ces images qui, peu à peu, dessinent le visage du Christ et qui ont permis à nos pères de marcher vers Lui et qui nous permettent à notre tour de marcher à sa rencontre. Car si le Christ est déjà venu, et en un certain sens, les signes se sont évanouis devant la splendeur de son visage, devant la merveille de cet homme qui était "le plus beau des enfants des hommes", pourtant Il doit venir à nouveau et à nouveau nous sommes soumis à ce régime des signes, les signes de son retour, les signes de sa venue non pas que nous cherchions comme Nostradamus ou je ne sais quel faux prophète à percevoir telle ou telle suggestion qui nous permet­trait de découvrir à quelle date le Christ reviendra, mais des signes au sens beaucoup plus profonds c'est-à-dire des signes qui ouvrent notre cœur à la foi, qui nous permettent peu à peu de comprendre quel est le sens de sa venue, quel est lé sens de son visage, quelle est la signification de cette intimité que le Christ veut nouer avec nous et que, dans cette attente, Il creuse au fond de nous-mêmes.

Alors cherchons des signes non pas pour avoir, je ne sais quelle connaissance de l'avenir mais pour mieux comprendre le visage de Dieu, pour mieux préparer notre cœur à sa venue, pour mieux ouvrir notre âme a la signification que prendra cette intimité que le Christ veut établir entre Lui et nous et qu'Il prépare, jour après jour, dans ce long avent qu'est notre vie et toute l'histoire du monde.

 

 

AMEN

 

 
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