AU FIL DES HOMELIES

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SALUTATION ANGÉLIQUE

Ct 2, 8-14 ; Lc 1, 39-45

Jeudi de la troisième semaine de l'Avent – A

(21 décembre 1995)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

M

arie fut bouleversée après la rencontre avec l'ange et il est écrit : "Elle se deman­dait ce que signifiait cette salutation". Aujourd'hui Elisabeth saluée par Marie dit à celle-ci : "Car, vois-tu dès l'instant où ta salutation a frappé mes oreilles l'enfant a tressailli d'allégresse en mon sein".

Les mots prononcés par l'Ange hier, à l'épo­que de l'Annonciation (et ce qui est pour nous hier) sont, même si le mot est dangereux, magiques. Ils ne sont pas faits simplement pour que Marie les entende. Ils sont faits pour frapper les oreilles de Marie. J'allais dire frapper son ventre, ouvrir une fécondité incroya­ble. Et, en même temps, ils sont faits pour que Marie, à son tour, les porte et les fasse entendre à d'autres oreilles : aux oreilles de sa cousine qui, recevant cette égale salutation, en ses oreilles et en son corps, en­tende l'enfant qu'elle porte tressaillir d'allégresse et, comme le disait un des frères, "faire sa culbute". Cette salutation remue tellement les entrailles et, est d'une telle fécondité pour la vie humaine qu'elle ne peut s'arrêter à Elisabeth et ira frapper jusqu'à nos propres oreilles.

Cela me rappelle un très bon roman que j'avais lu, il y a quelques années. La rencontre entre un homme et une femme qui s'aimaient. C'est toujours l'histoire des romans. Et dans la pièce où ils se ren­contraient le romancier avait eu l'idée géniale de faire entrer non seulement Solange et Thierry puisque tels étaient les noms des deux héros de ce roman mais également avec eux tous les anges, leurs ancêtres et même leurs enfants et leurs petits-enfants, ceux qui les suivraient. Et il s'engage dans ce roman un éton­nant dialogue non seulement entre Solange et Thierry qui sont les seuls à ne pas savoir qu'ils s'aiment, et tous les autres qui savent à l'avance qu'ils vont s'ai­mer. Et l'on entend un vieux tsar russe, puisque So­lange est d'origine russe, discuter "le bout de gras", si je peux m'exprimer ainsi, avec un grand-père qui a fait non seulement l'Algérie mais qui a trimbalé sa mélancolie dans le Djebel. Et ces êtres, entre eux, complices de l'amour qui va réunir Solange et Thierry discutent, à l'avance, de toute l'histoire de Solange et Thierry, dans laquelle ils se retrouvent et dans la­quelle ils se reflètent.

La salutation qui frappe Marie la rend d'em­blée en communion avec tous les anges, avec tout Israël et avec nous. Cette salutation est faite pour Ma­rie car c'est une parole infiniment intime. Quoi de plus intime que cette rencontre entre l'ange et Marie ? Quoi de plus intime que cette rencontre qui la rend féconde d'un enfant qui est le fils de Dieu ? Et pour­tant quoi de plus universel aussi que cette même sa­lutation qui inaugure l'histoire de l'Amour de Dieu pour tous les hommes ? Et nous sommes à la fois présents et absents dans cette première salutation à laquelle nous sommes invités à nous associer progres­sivement comme après Elisabeth. Cette première sa­lutation n'était pas faite pour Marie seule, non pas qu'elle n'ait pas de sens pour elle, elle avait plein sens pour elle, mais elle n'épuisait pas son propre sens. Et le sens continue à être fécond pour nous aujourd'hui qui l'entendons également. C'est comme si en lisant l'évangile, nous nous rendions présents, contempo­rains à la fois d'Israël qui attend son Sauveur et des anges qui discutent de l'arrivée de Dieu et de ceux qui vont suivre l'Église, qui continuent à s'en réjouir. Cette salutation elle est pour nous. Elle aussi frappe nos oreilles et remue nos entrailles. Elle aussi ouvre nos cœurs à l'arrivée de la venue du Christ pour nos vies.

 

 

AMEN

 

 
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