AU FIL DES HOMELIES

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ACCUEILLIR LE SALUT ET LE CÉLÉBRER

Ct 2, 8-14 ; Lc 1, 46-56

Jeudi de la troisième semaine de l'Avent – C

(21 décembre 2000)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

T

outes les sociétés modernes ont des hymnes nationaux, c'est une invention relativement récente, il semble que les français aient donné l'exemple avec la Marseillaise, on ne peut pas dire que ce soit une oeuvre musicale ni un chef-d'œuvre littéraire, mais enfin, il existe. Ensuite, tous les pays ont trouvé le moyen d'élaborer des hymnes nationaux, généralement, ils ont trouvé des sources musicales un peu plus intéressantes, des grands musiciens, Haydn, Mozart, Sibelius, et puis même finalement, on a créé des hymnes qui sont internationaux, c'est la fameuse "internationale", qui est un sommet, même si on ne chante plus beaucoup, parce qu'il n'y a plus beaucoup d'espérance dans l'international ! En fait, cela s'enra­cine dans le fond des âges, tout groupe humain, à un moment ou à un autre retrouve son identité, une sorte de raison d'être ensemble, de raison d'être tel pays, tel peuple, telle nation, et il y a un moment où l'on ne peut exprimer cela que par un chant.

Pour comprendre le Magnificat, il faut se ré­férer à cela. Cette jeune femme qui attend un enfant, est chez sa cousine Elisabeth et y est saluée comme la mère du Seigneur, il y a un moment où elle résume en elle l'identité du peuple de Dieu, et donc, elle chante la première internationale catholique ! C'est-à-dire qu'elle célèbre par son chant ce qui va s'accomplir. Elle ouvre l'histoire, l'avenir de l'Église par un chant. C'est un peu extraordinaire, parce qu'habituellement ce n'est pas tout à fait ce qu'on fait spontanément. Ici, c'est pour manifester que précisément au moment où Marie, sait, comprend dans la foi ce qui va arriver, le salut de Dieu en train de s'opérer en elle et pour le monde entier, alors elle chante au nom de l'Église tout entière, au nom de tous les sauvés, le mystère du Salut. C'est pour cela que le Magnificat est vraiment une des formules les plus profondes, les plus fondamentales pour dire ce qu'est l'Église : le peuple des sauvés. Donc, le cantique du Magnificat, c'est le cantique du Salut en train de s'accomplir par le mystère de l'Incarnation. Ceci pourrait nous donner un certain nombre d'ouvertures et de perspectives, notamment, le fait que l'Église dans toute sa liturgie, n'a fait que développer le Magnificat, car quand on célèbre comme ici, plusieurs fois par jour l'Office divin, en fait, nous reprenons fondamentalement l'at­titude de Marie devant le mystère du Salut, il y a un moment où le salut cela ne s'explique plus, cela ne se commente plus, cela ne se demande plus, mais cela se célèbre. Le sens profond de l'existence liturgique de l'Église a commencé là où Marie consciente et heu­reuse d'être la mère du Sauveur, commence simple­ment à comprendre que toute sa vie ne peut être que ce chant de louange.

La deuxième chose que je voudrais dire pour méditer ce Magnificat, c'est que dans le personnage de Marie, on souligne toujours le côté obéissant, le "Fiat", "qu'il me soit fait selon ta parole", "la ser­vante du Seigneur", c'est vrai, mais on ne devrait ja­mais dissocier le moment où Marie dit "oui" au Salut, et le moment où elle le chante.

Dans notre existence aussi, c'est un peu notre art d'être chrétien, c'est de ne jamais couper, séparer d'une part "je suis la servante ou le serviteur du Sei­gneur", et d'autre part, quand cet acte de foi et de confiance fondamentale a été formulé, cela devrait toujours se manifester dans la célébration même du mystère du Salut qui répond à cette obéissance de l'homme. Voyez-vous, il faut que nous reprenions davantage ce sens même de notre existence chrétienne à la lumière du Magnificat, à la fois, reconnaître que la première chose que nous avons à faire devant Dieu, c'est d'accepter et accueillir le salut, mais au moment même où le salut arrive, il grandit l'humanité sauvée, et c'est cela qui est symbolisé dans le Magnificat. C'est le moment où Marie accueillant le Verbe de Dieu est pour ainsi dire grandie, Magnificat, on a traduit "exalter", c'est un mot comme un autre, mais cela veut dire mon âme grandit ou se grandit dans le Seigneur, c'est le moment où le don de Dieu, le salut grandit l'homme et le conduit à sa perfection, grandit l'Église et la conduit à sa fin au Royaume.

Frères et sœurs, au moment où nous entrons dans ce mystère de Noël, que pendant le temps où nous accompagnons le Magnificat de ces antiennes "O", nous reprenions toute la dimension même du Magnificat, à la fois prière de l'Église qui célèbre et chante la puissance du Salut de Dieu et cette Eglise chante et célèbre parce qu'à elle-même il lui a été fait la grâce de l'accueillir.

 

 

AMEN

 

 
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