AU FIL DES HOMELIES

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AUX FRONTIÈRES DE L'IMPOSSIBLE ?

Gn 18,1-14

(16 décembre 1999)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

Campement de nomades aux environs de Bethléem 

E

videmment, rien n'est impossible à Dieu, rien n'est trop merveilleux comme le dit la femme d'Abraham.  Les deux textes se font écho vous l'avez entendu, la stérilité, l'âge, la vieillesse de l'une, de Sara, répond à celle d'Elisabeth, elles n'ont plus ce qu'ont les femmes. J'ai envie de renverser la vapeur : "pourquoi Dieu attend-il toujours si longtemps, qu'on soit un peu comme en fin de service, en fin de vie, pour qu'Il intervienne ?" Après tout, il aurait pu s'arranger pour que les choses arrivent lorsque Sara était belle, et de même pour Elisabeth, oui, il aurait pu s'arranger pour que les choses s'entendent différemment. Dieu vient toujours camper ses interventions aux frontières, quand ça craque, en tout cas, c'est ce qu'elle disent l'une et l'autre, quand on n'y croit plus. Il y a une sorte de délai, non pas que Dieu soit sadique, il faudrait interroger cette sorte de délai que Dieu donne à toutes choses. Et c'est vrai qu'à un moment donné nous aussi nous craquons, nous lâchons prise. D'ailleurs, c'est ce moment de lâcher prise qui correspond à l'intervention de Dieu, On n'y croit plus comme on dit dans le langage courant, ça veut dire qu'on s'y abandonne, ou qu'on se détache, il y a des gens qui disent qu'en fait quand on veut quelque chose terriblement, on ne l'aura que quand on aura renoncé à cette chose. C'est assez juste.

       Notre désir personnel pour les choses les plus hautes et les plus grandes, peut nous stériliser nous-mêmes. Il y a une façon dont le désir nous "autoinhibe" ! Parce que ce désir humain s'empêtre dans un certain nombre de considérations, égoïstes, pas assez ouvert, pas assez fécond, et il me semble qu'il y a une sorte d'histoire du désir, l'histoire de la fécondité de ces femmes en est une, l'histoire du Salut, l'histoire de notre sauvetage en Dieu, qui demande à ce que nous lâchions un peu prise et que nous laissions ce désir se purifier, s'effilocher, s'orienter, je vais le dire en terme un peu snob, s'altériser ou se déiser ! pour le dire autrement. Laisser la place à Dieu d'être présent dans le désir que nous avons, c'est un fait que leur désir, comme le nôtre, est souvent tellement humain, et dans cet humain, il y avait peu de place pour un Autre tel que Dieu. Ce n'est pas seulement le désir qui est déjà expérience de l'autre, il est potentiellement le désir de l'autre, mais pour qu'il soit le désir de Dieu, il faut qu'il aille plus loin encore, il faut qu'il aille à sa propre limite, à sa propre frontière.

       Je dis cela par expérience, c'est comme pour vous, je n'en sais pas plus. Mais il y a une sorte de coïncidence entre le moment où nous lâchons prise et le moment où Dieu exauce. Il faudrait encore réfléchir sur cette coïncidence. En tout cas, c'est vrai qu'il attend souvent que nous soyons un peu au bout ou à bout. C'est irritant. Mais ce serait bon de s'interroger sur la manière dont Dieu ne vient pas immédiatement.

       Et je termine par cette petite parabole qui je crois est en exergue du livre "La Citadelle" de Saint Exupéry, et que j'aime beaucoup : "Un homme demande à Dieu : si tu es Dieu, arrange-toi pour que ce corbeau qui est là-bas perché sur ce pommier s'envole immédiatement. Et le corbeau ne bouge pas. Et l'homme de répondre à Dieu : je suis assez content que tu ne répondes pas au caprice des hommes."

       Alors, frères et sœurs, que ce Dieu qui est plus grand et plus lointain que notre désir et pourtant si proche, que son délai ne nous effraie pas mais que nous gardions confiance comme Sara, comme Elisabeth, comme Zacharie, qui en perd la voix, c'est le cas de le dire, pour la confier à son fils, lui qui sera celui qui annonce le Verbe.

       AMEN


 

 
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