AU FIL DES HOMELIES

Photos

LE CANTIQUE DE MARIE

Ct 2, 8-14 ; Lc 1, 46-56

Jeudi de la troisième semaine de l'Avent – C

(21 décembre 2006)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, les textes d'aujourd'hui nous invitent à prêter l'oreille à ce dialogue secret, intime entre la vierge Marie et Fils de Dieu qui vient prendre chair en elle. Marie s'écrie : "J'entends mon bien-aimé, voici qu'Il vient, Il saute sur les montagnes, il bondit sur les collines. Voici qu'Il se tient derrière de mur, qu'Il guette par la fenêtre". Et le Bien-Aimé qui va trouver dans le sein de Marie la chambre nuptiale, où Il épousera notre humanité, élève la voix et Il dit: "Lève-toi ma bien-aimée, ma toute belle, viens, voici que l'hiver est passé. C'en est fini, les pluies ont disparu, sur notre terre se montrent les fleurs, la saison vient des gais refrains".

Et Marie continue ce dialogue, en s'écriant comme nous venons de l'entendre : "Mon âme exalte le Seigneur. Mon cœur exulte de joie en Dieu mon Sauveur, car Il s'est penché sur son humble servante. Oui, toutes les générations me diront bienheureuse.". Le cantique de Marie, ce Magnificat que nous disons si souvent, chaque soir à l'office des vêpres au moment où le soleil se couche et où nous recueillons notre cœur auprès du Seigneur, ce cantique d'exultation et de joie, c'est cette parole secrète, intime, murmurée, que Marie dit à son fils qui est le Fils de Dieu et qui vient en elle et qu'elle porte pendant neuf mois, les premiers mois de l'Incarnation qui en quelque sorte sont presque réservés à Marie, puisqu'elle seule est en contact vital, intime, physique, avec ce Fils de Dieu qui prend chair en elle. Les sentiments de Marie sont d'abord des sentiments d'exultation : "Mon âme exalte le Seigneur," mon âme chante la gloire de Dieu.

Quand Marie est traversée par ce mystère qui va bouleverser sa vie, car désormais, moins que jamais elle ne s'appartient à elle-même, elle est tout entière absorbée par ce mystère qui se réalise en son sein, le mystère de la venue de Dieu parmi les hommes, le mystère d'un Dieu qui se fait homme, notre frère, ce mystère qui se réalise en elle, dont elle est le lieu, la chambre nuptiale, dont elle est celle qui donne l'élément humain à ce Fils de Dieu, elle exalte le Seigneur, elle rend grâces au Seigneur qui a fait des merveilles en elle. Ce qu'Il accomplit en elle non pas pour elle, mais pour l'humanité, et donc pour elle dans l'humanité, ce sont des merveilles, c'est une chose extraordinaire, inimaginable, inattendue, Dieu se fait l'un de nous, Dieu se fait proche, Dieu se fait notre frère.

Oui, Il a fait des merveilles le Seigneur, dans le sein de Marie. Et devant cet événement extraordinaire qui s'opère en elle, l'attitude de Marie est celle de l'humilité : "Il s'est penché sur son humble servante". Il a jeté les yeux sur l'abaissement de sa servante. Nous pourrions traduire ainsi les paroles du Magnificat. Si toutes les générations diront Marie bienheureuse, si nous ne cessons de proclamer son bonheur et sa gloire, c'est non pas parce qu'elle serait au-dessus des autres créatures mais parce que dans son humilité, elle a tout reçu de Dieu. Tout le mystère de Marie est un don gratuit, précisément puisque Dieu a voulu la préserver de toute souillure dès l'instant de sa conception, elle sait mieux que personne que tout cela est l'œuvre de Dieu, que tout cela est grâce, tout cela est don gratuit, qu'elle n'a aucun mérite à faire valoir, elle n'a qu'à ouvrir son cœur, son corps, son âme, son être à cette venue de Dieu et nous inviter à nous ouvrir nous aussi.

C'est pourquoi dans la suite du Magnificat, elle va chanter l'exaltation des pauvres, des humbles. Ce Dieu qui disperse les hommes au cœur orgueilleux, qui renverse les puissants, c'est celui qui élève les humbles, celui qui combe de biens les affamés. Je ne sais pas si vous avez remarqué à quel point ce cantique de Marie prélude aux Béatitudes que le Christ proclamera au début de son ministère : "Bienheureux ceux qui sont pauvres, bienheureux, ceux qui ont soif et faim". Il a comblé de biens, les affamés, Il est venu en aide à son peuple Israël, par miséricorde. Non pas parce que ce peuple était plus grand que les autres, mais parce que dans sa miséricorde, comme le dit Isaïe, Il l'a aimé.

Le Seigneur nous invite à ce mystère de miséricorde et d'amour dans lequel Il veut nous faire entrer dans son dessein, qui est de nous donner participation à sa propre vie, à son propre bonheur, toutes les générations me diront bienheureuse dit Marie. Toutes les générations nous diront bienheureux parce que nous sommes invités au bonheur de Dieu, parce que nous sommes invités à la joie de Dieu. Ce sont là les grandes choses que le Seigneur a accomplies dans le sein de Marie, ces grandes choses qu'Il a accomplies dans l'humanité, qu'il accomplit dans chacune de nos vies, pour nous introduire dans son propre bonheur, dans sa propre joie.

Frères et sœurs, qu'en ce moment où nous nous approchons de Noël, nous soyons rempis des sentiments qui étaient dans le cœur de Marie : exultation, action de grâces, humilité, ouverture du cœur, sens de la gratuité du don, accueil de ce mystère qui nous dépasse mais qui est pour nous, que Dieu a voulu pour nous et auquel Il nous invite et qu'Il nous donne.

 

AMEN

 

 

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public