AU FIL DES HOMELIES

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ÉBAUCHE DU MYSTÈRE DE L'ÉGLISE

Ba 5, 1-9 ; Mt 21, 28-32

Jeudi de la troisième semaine de l'Avent – B

(15 décembre 2011)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Pourrait-on déplacer Jérusalem ?

F

rères et sœurs, il y a parfois dans le texte biblique, surtout dans l'Ancien Testament, des choses toutes simples auxquelles on ne fait pas attention et qui pourtant sont assez troublantes. Dans le texte de Baruch que nous avons lu tout à l'heure, il y a une vérité toute simple, presque stupide : Jérusalem n'est pas déplaçable, Jérusalem n'est pas mobile, elle ne peut pas changer de place. Ce principe qui paraît bizarre est une réalité qui a fait considérablement grandir la conscience du peuple d'Israël d'être un peuple spécifique.

En effet, dans la Bible, précisément à l'époque de Baruch, c'est une méditation sur le temps de l'exil. La population de Jérusalem a été déplacée, elle est partie en exil à Babylone. Ils ont connu les premiers phénomènes de la dispersion, certains sont partis vers l'Assyrie, d'autres en Égypte, et sans doute encore ailleurs. Autre chose plus troublante encore, dans un autre texte qui va dans le même sens, c'est la vision du prophète Ézéchiel, presque contemporain de Baruch, qui lui, voit la gloire de Dieu se déplacer. Quand Ézéchiel assiste à la dispersion du peuple hors de Jérusalem, il imagine Dieu sur une sorte de chariot à quatre roues et il nous montre ainsi la gloire de Dieu qui se déplace. Autrement dit, Dieu, aussi paradoxal que cela puisse paraître, est déplaçable, le peuple est déplaçable, c'est l'évidence, il a été emmené en exil, mais Jérusalem n'est pas déplaçable.

Cela veut dire quelque chose de très profond. Que promet le prophète Baruch ? Il promet que ceux qui ont été déplacés reviendront dans Jérusalem qui n'est pas déplaçable. Le peuple sera convoqué pour revenir d'exil, et vous l'avez peut-être remarqué, la mise en scène est étonnante. Le prophète s'adresse à Jérusalem et il dit : Jérusalem, regarde ! les enfants viennent vers toi, et quand les enfants seront revenus, Jérusalem sera à nouveau coiffée de la gloire de Dieu et revêtue de la justice.

Je pense que c'est la première ébauche du mystère de l'Église. L'Église, on se la représente comme déplaçable, or, il n'en est rien, elle n'est pas déplaçable. L'Église elle est partout, elle est une totalité, elle est pleine et entière et donc, l'Église n'a pas à se déplacer. En revanche, les fils de l'Église peuvent vivre en exil ou peuvent revenir vers la patrie, c'est Jérusalem. C'est pour cela que les premiers chrétiens ont repris le thème de Jérusalem, la Jérusalem de la fin des temps qui est le lieu propre de l'humanité réinsérée, rassemblée après qu'elle ait connu la dispersion sur cette terre. Les premiers chrétiens ont eu la perception très vive qu'ils étaient des voyageurs sur la terre, ils étaient comme des populations déplacées parce que c'est la condition actuelle des enfants de Jérusalem, nous sommes tous fils de Jérusalem, mais Dieu lui-même est venu pour rassembler les enfants, et c'est lui qui nous ramène vers Jérusalem. C'est donc dire que Jérusalem au sens où l'a déjà entendu un petit peu la tradition ancienne d'Israël, et l'a entendu la tradition du Nouveau Testament, Jérusalem, l'Église ne se réduit pas à la somme de la population qui l'habite.

C'est une des choses qui nous est le plus difficile à comprendre aujourd'hui. Déjà dans la vie civile, cela peut paraître bizarre, mais Aix-en-Provence est plus que sa population. La plupart du temps on dit : Aix-en-Provence ? combien y a-t-il d'habitants ? Et on considère que les habitants sont la chose essentielle d'Aix-en-Provence. Mais pour s'en rendre vraiment compte, il suffirait de déporter la population d'Aix-en-Provence à Marseille pour s'apercevoir tout à coup que la population d'Aix-en-Provence n'est plus tellement aixoise ! Elle est devenue autre chose. Ce qui constitue l'identité même de cette population en tant que population aixoise, c'est le fait d'habiter ici et pas ailleurs. Il y a dans la localisation quelque chose d'irremplaçable à la fois à travers l'histoire, à travers les événements, à travers la vie sociale, et tout cela dépasse la collection des habitants.

C'est la même chose pour l'Église. Si nous croyons que l'Église est composée de gens qui vivent ensemble, qui prient ensemble, qui célèbrent des sacrements ensemble, ce n'est pas tout à fait faux. Mais l'Église est bien davantage. L'Église est ce qui fait la possibilité de rassemblement, de l'unité, de la vie commune, de l'échange de la charité, de la réception de la gloire de Dieu tous ensemble. Tant qu'on n'a pas compris cela, on n'a pas le sens de l'Église.

Au moment où nous nous préparons à la fête de Noël, c'est l'occasion pour nous de mieux réfléchir là-dessus. Noël, c'est sûr que c'est la naissance du Fils de Dieu, mais il faut qu'il y ait un lieu pour l'accueillir. Ce lieu ce ne sont pas les sapins de Noël et les illuminations du Cours Mirabeau mais c'est d'abord l'Église. Si nous fêtons Noël, c'est parce que nous croyons que Dieu accepte encore une certaine vie nomade, déplacée, pour venir nous rencontrer dans un lieu où nous ne sommes pas encore fixés. Ce qui permet la rencontre, c'est la ville même de Jérusalem, c'est-à-dire que c'est la communauté de l'Église.

 

AMEN

 

 

 

 

 

 

 
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