AU FIL DES HOMELIES

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LE DÉSIR, MOELLE SAVOUREUSE !

Nb 24, 2-7 +15-17

(16 décembre 1999)

Homélie du Frère Yves HABERT

 

Jérusalem : luminaires

L

e temps de l'Avent se sépare en deux parties inégales en longueur peut-être aussi en intensité. La première partie de ce temps d'Avent va se terminer ce soir avec des vigiles et nous entrerons ce soir dans la grande semaine préparatoire à Noël. Comment traduire cet effort, ce désir supplémentaire, cette espèce d'attention plus intense, cette espèce d'attention que l'Église nous demande maintenant? Comment essayer de la traduire ? Parce que depuis bientôt trois semaines, nous ne cessons de vous dire : grandissez dans ce désir, préparez votre cœur, élargissez l'espace de votre cœur, les tentes de votre cœur, pour pouvoir accueillir. Comment passer ce soir, à une nouvelle étape ? C'est un mot de Dom Guéranger le fondateur de Solesmes, qui m'a donné une idée, qui m'a montré peut-être comment on peut grandir dans ce désir dans cette semaine préparatoire. Dom Guéranger dit que les "antiennes O" que l'on chante au Magnificat, ces sept antiennes où l'on appelle le Sauveur par tous les noms possibles, on l'appelle Adonaï, Clé de David, Sagesse, Rois des nations, on l'appelle par tous les noms qu'on peut trouver, et on le chante, il me plaît d'ailleurs d'imaginer que lorsqu'on l'appelle Emmanuel le 23 décembre, aussitôt il n'en peut plus et il arrive ! Et Dom Guéranger dit que ces antienne O, "O Adonaï, O clé de David", qu'on chantera à partir de demain soir, aux vêpres, sont comme la moelle de l'Avent.

       Et cette moelle me parle de Balaam, ce Don Quichotte sur son âne, qui voit le Salut, qui voit cet Astre qui se lève, mais qui ne le voit pas de près il le voit de loin, il le voit, mais il n'en saisit pas encore tout à fait les contours, comme cette attente que nous essayons de creuser en nous, de ce second avènement, on en laisse le côté artificiel de sectes, on en laisse cette espèce d'imminence qui est complètement artificielle et purement humaines aux sectes, mais on retient ce que nous dit Balaam, qui le voit mais pas de près, on en garde ce désir bien irrigué, qui vient saisir toute notre vie, comme la moelle irrigue nos os, comme la moelle qui fait que nos os ne sont pas des os morts, et l'on accueille humblement cette espèce de moelle à l'intérieur de nos os, pour nous vivifier. Un autre sens du mot moelle est ce qui vient donner vie à ce qui pourrait paraître seulement presque minéral, nos os, mais il y en a encore un autre, c'est ce que le gourmet apprécie le plus dans le pot-au-feu. C'est-à-dire qu'une fois qu'on a cuit les meilleures parts dans le pot-au-feu, il reste encore la moelle des os, il reste encore cette espèce de privilège qui est réservé, cette espèce de désir qui nous saisit même quand on n'a plus faim, de manger la moelle de ces os qui ont cuit, et même recuit.

       Et ça c'est le privilège peut-être de Jean-Baptiste, le privilège du désir, désir d'une lampe qui brûle et qui luit. Alors, j'ai cherché pourquoi cette lampe brûle et luit. Elle brûle parce que si le désir nous pousse à faire silence, à ce moment-là on se consume comme la flamme d'un cierge, et si le désir nous pousse à la parole, à ce moment-là, on luit, on brille, on éclaire.

       Je crois qu'il nous faut à travers cette image de la moelle qui vivifie nos os qui autrement seraient comme ces ossements blanchis dans le désert, cette moelle qui est la part réservée à celui qui a ce désir encore vif après un bon pot-au-feu, c'est tout cela qui nous parle ce désir qui nous est demandé encore d'offrir, de se dire qu'on n'a pas grand-chose, de se dire qu'on est même trop faible pour souffrir, trop faible pour mourir, mais qu'on n'a plus qu'une chose : notre désir que l'on veut aviver au contact de la liturgie, au contact de ces fameuses antiennes "O", au contact de cette moelle qui dès demain soir nous sera offerte.

       AMEN


 

 
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