AU FIL DES HOMELIES

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LA VOCATION PROPHÉTIQUE

Ct 2, 8-14 ; Lc 1, 39-45

Jeudi de la troisième semaine d'Avent – A

(19 décembre 2013)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Les deux mères

F

rères et sœurs, ce récit est le récit de la vocation de Jean-Baptiste. En effet, quand Marie se rend chez sa cousine Élisabeth, ce qui constitue le sommet de cette rencontre devenue célèbre par les représentations picturales de ces deux femmes qui s'embrassent, en réalité, ce qui se passe ce n'est pas d'abord entre les deux femmes, mais c'est d'abord entre les deux enfants qu'elles portent. Au moment même où Marie approche d'Élisabeth, Jean-Baptiste tressaille dans le sein de sa mère. Cette exultation de joie est celle sont nous parlait le Cantique des Cantiques, c'est le fait que Jésus encore tout petit dans le sein de sa mère donne à Jean-Baptiste sa vocation d'être le Précurseur. C'est ainsi que Luc nous explique comment la vocation de Jean-Baptiste est une vocation spécifiquement prophétique, en faisant référence à la vocation de Jérémie : "Dès le sein de ta mère je t'ai appelé". C'est ici que l'évangéliste saisit le moment même de la vocation prophétique : l'enfant est appelé dès le sein de sa mère. Il n'a rien reçu, sinon la vie de sa mère, mais il n'a encore rien reçu de l'extérieur, on ne peut pas dire qu'il a été conditionné pour devenir prophète, mais au moment où dans le sein de sa mère il reçoit la visite du Fils de Dieu, il est choisi. C'est donc une sorte de réflexion, de présentation de la vocation du Baptiste et en général de la vocation prophétique. Ce que Luc veut présenter, c'est le fait que Jean-Baptiste n'est pas un prophète parmi d'autres qui aurait annoncé la venue du Messie, mais c'est un prophète appelé lui-même personnellement pour annoncer la venue du Messie. Le prophète n'agit pas de sa propre initiative, il est constitué prophète par Dieu.

Pour nous, c'est un peu le sens de notre vocation baptismale. On reçoit la triple onction du saint chrème avec les paroles qui nous consacrent comme prêtre, prophète et roi, faisant partie du peuple de Dieu. Aujourd'hui nous vivons spontanément la vocation dans l'ordre de l'autoréalisation de soi à partir d'un projet élaboré par soi-même. Or, la vocation telle que l'entend la tradition biblique, et aussi la tradition chrétienne, la vocation reste un appel donné. La vocation est un appel prononcé par un autre. C'est très important que nous puissions relire ce petit texte pendant l'Avent, pour nous rappeler que lorsque le Christ vient, il vient précisément pour nous appeler. Et il appelle avant même qu'on le voie, il est encore caché dans le sein de sa mère et il appelle déjà Jean-Baptiste. C'est l'antériorité de l'appel sur l'appelé, l'antériorité de celui qui appelle sur la vocation.

Cela nous invite à reconsidérer notre vie chrétienne. Est-ce que nous la considérons comme une autoréalisation de nous-même parce que nous avons choisi ces valeurs-là ? c'est sûr que notre liberté à un rôle à jouer mais par rapport à la vocation fondamentale elle a plutôt un rôle d'accueil et d'acceptation. Notre liberté n'est pas une initiative pure et absolue. Elle est sans cesse renouvelée dans son appel même parce que nous sommes appelés par Dieu. Notre existence n'est pas simplement la réalisation de notre projet de nous-mêmes, mais elle est le projet de la réalisation du projet de Dieu sur nous. Demandons au Seigneur que par l'intercession de Jean-Baptiste et de la Vierge Marie qui tous les deux, à leur manière, ont répondu à cette vocation, de savoir nous aussi répondre avec la disponibilité et l'humilité voulue. Car ce n'est pas nous qui sommes à l'initiative de notre vocation, mais nous la recevons de Dieu.

 

AMEN

 

 

 
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