AU FIL DES HOMELIES

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LES TITRES MESSIANIQUES DE JERUSALEM

Ba 5, 1-9

(15 décembre 2008)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

F

rères et sœurs, ce texte du prophète Baruch est un des plus beaux poèmes qui ait été écrit dans toute l'Antiquité, à la gloire de la ville de Jérusalem. Paradoxe, car à l'époque où Baruch écrit ce poème, Jérusalem devait plus ressembler à un bidonville qu'à une véritable cité, puisque c'était juste au moment où les exilés commençaient à rentrer et que tout ce qu'il y avait eu auparavant comme construction avait été au préalable rasé par les Assyriens. Et pourtant c'est ce qui est admirable dans la prophétie, c'est qu'à travers la détresse et le dénuement d'une situation, le prophète, par la grâce de l'Esprit qui lui est donné, par son inspiration, voit autre chose. Ici, la comparaison, c'est le fait que Jérusalem est désormais vêtue, resplendissante, un peu comme une mariée, les deux traits qui sont saillants dans ce costume étant la tunique et le diadème. 

        Il faut déjà comprendre une chose, parce que ce n'est pas si évident. Dans l'Antiquité, les villes si prestigieuses et si grandes qu'elles soient, n'avaient pas d'attributs divins. On n'a jamais dit : Babylone la divine, on n'a jamais dit Memphis, la fille du dieu Râ, on n'a jamais dit Athènes, la beauté d'Athéna. Dans les poèmes, les expressions les plus lyriques, cela n'existait pas. On répugnait à attribuer à la ville, à l'entité construite, à lui donner des attributs de la divinité. Même les temples n'étaient pas empreints de la marque ou des attributs de la divinité. Or, là, et c'est en cela que le texte est prophétique, le prophète aurait pu dire : Jérusalem, lève-toi regarde, ton temple va être réédifié, le palais de la maison de David va être reconstruit, tes murs seront relevés, etc … pas du tout. On dit que Jérusalem revêtira la tunique de la justice de Dieu et le diadème de gloire de l'Éternel. Le diadème est conçu comme un serre-tête qui symbolise à la fois la puissance de commandement et l'ordre et ce qui rehausse la beauté du visage. 

       Les attributs de Jérusalem sont divins, et un peu plus loin dans le même texte de Baruch, et l'on retrouve la même chose dans le prophète Isaïe, le prophète donne à Jérusalem des titres messianiques : paix de la justice et gloire de la piété. La ville reçoit ce qui est une prérogative du Messie : apporter la paix par la justice, et faire partager sa gloire à ceux qui lui sont fidèles, c'est la piété. Cela permet de mesurer l'audace folle du prophète Baruch. Sur le terrain, il n'y a rien, il y a des ruines, peut-être quelques tentes, des baraquements reconstruits pour essayer de recommencer l'aventure, et lui voit déjà le vêtement messianique de la ville de Jérusalem. 

       Vous le comprenez, c'est toute une métaphore de notre propre existence. Nous avons toujours l'impression  de camper dans des ruines, non seulement parce qu'on se plaint tout le temps, parce qu'il pleut, parce que la vie augmente, etc … mais il y a aussi le fait que sur ce champ de ruine qu'est notre existence et la vie du monde, c'est déjà la gloire de Dieu qui commence à revêtir ce monde. Ce que nous sommes, ce que nous témoignons par notre vie de chrétien, c'est que nous sommes déjà revêtus de la tunique de la justice, et que nous protons le diadème de gloire qui est la grâce de notre baptême et la joie d'être sauvé. 

 

        AMEN 

 

 
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