AU FIL DES HOMELIES

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LA CONVERSION

Ba 4, 30-37 ; Mt 21, 28-32

Lundi de la troisième semaine d'Avent – A

(12 décembre 1983)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

O

 

n dirait que chaque fois que le Christ veut donner du fil à retordre aux pharisiens qui prennent position en face de Lui, Il s'en prend au précédent de Jean-Baptiste. Déjà, l'autre jour, nous avons vu comment les pharisiens venaient interroger Jésus et lui demander par quelle autorité Il agissait ainsi. Et Jésus, au lieu de leur répondre leur demandait : "D'où venait le baptême de Jean, du ciel ou de la terre ?" Et aujourd'hui Jésus prolonge sa réflexion en méditant sur le mystère de la conversion.

Qu'est-ce que c'est que la conversion ? C'est accepter de se laisser entraîner dans le Royaume, d'être pris dans l'appel, d'être saisi par la Parole de Dieu. C'est une sorte de radicale dépossession de soi qui fait qu'on n'est plus tout à fait maître de sa barque. Or, précisément, il n'y a pas eu de moment dans l'histoire où les appels à la conversion ont été plus pressants, puisque Dieu a envoyé Jean-Baptiste, le plus grand des prophètes et qu'ensuite, c'est le Christ Lui-même, le Fils de Dieu, qui est venu appeler le peuple à se repentir. Or, dans l'un et l'autre cas, qu'il s'agisse de la prédication de Jean ou de la prédication de Jésus, c'est toujours la même histoire. Il y a ceux qui se laissent séduire par le Royaume de Dieu, qui se laissent entraîner du fond de leur cœur, même si, comme d'ailleurs tout le monde, ils n'avaient pas vraiment le cœur préparé à cela, même si au premier moment, ils avaient dit : "Je ne veux pas aller travailler à la vigne !", il y a toujours les pauvres et les humbles qui acceptent d'entrer dans ce Royaume de Dieu et de se laisser appeler et interpeller par la parole de Jean puis par celle du Christ. Et puis, il y ceux qui, on ne sait pas exactement pourquoi, se considèrent comme à part du Royaume, non pas qu'ils ne veuillent pas en faire partie mais parce qu'ils voudraient se jucher, se hisser sur je ne sais quelle supériorité qui leur permet de dire : "Ceci est convenable et ceci ne convient pas".

Et c'est exactement ce qu'ont fait les pharisiens en face de la prédication de Jean et en face de la prédication de Jésus. Ils ont oublié cette réalité fondamentale que, pour entrer dans le Royaume, il fallait faire un pas. Et ils ont cru simplement que le Royaume passait devant eux et que, eux, étaient là comme de grands savants qui discouraient et discutaient, en disant : "Ceci est valable et ceci ne l'est pas !" Et Jésus leur dit :"Vous vous attachez à discuter les signes du Royaume et cela vous empêche d'en saisir la réalité." C'est cela le drame des pharisiens. A partir du moment où l'on se met en dehors de l'appel à la conversion, à partir du moment où l'on considère le Royaume comme une réalité qui vous est proposée, qui est laissée à votre libre choix à votre jugement, sans un vrai désir d'y entrer et de jouer le jeu de ceux qui jouent de la flûte sur la place publique, à partir de ce moment-là, c'est le jugement qui est prononcé. Et à la fin le Christ accuse le coup en disant : "Et vous n'avez même pas eu un remords tardif quand vous avez vu le signe merveilleux qui vous était proposé, la conversion des publicains et des prostituées. A force de ne pas vouloir entrer dans le Royaume, vous n'en discernez même plus les signes."

Cette critique de Jésus est extrêmement forte et violente et je crois que nous ferions bien d'essayer de voir comment, dans notre propre vie, nous accueillons le Royaume. Est-ce que la plupart du temps, nous ne sommes pas un peu sur le rivage en considérant que la barque passe devant nous et qu'après tout c'est nous qui devons juger si le vent est favorable, si c'est le bon moment, si cela nous convient ou si, au contraire, il y a des signes qui ne nous paraissent pas adéquats. Sans le savoir nous nous posons alors comme des pharisiens et nous jugeons le Royaume. Et, en voulant le juger, nous nous mettons, par nous-mêmes, par notre propre attitude, hors du Royaume et dans le péché.

Alors, demandons au Seigneur, qu'en ce temps de l'Avent, Il affine notre cœur pour que, non seulement, nous sachions, en vérité, discerner les signes qui nous sont donnés de ce Royaume, mais que, quand ces signes nous sont donnés, nous sachions vraiment les accueillir pour que cela déclenche dans notre cœur le véritable désir d'y entrer, de nous laisser saisir et nous laisser séduire.

 

AMEN

 
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