AU FIL DES HOMELIES

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LES ANCÊTRES DU CHRIST

Gn 49, 1-2+8-10 ; Mt 1, 1-17

Lundi de la troisième semaine d'Avent – B

(17 décembre 1983)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Jessé et David

C

 

e texte, par lequel s'ouvre l'évangile de Saint Matthieu, nous parle difficilement et reste souvent clos pour nos oreilles et notre cœur. Pourtant, Saint Matthieu a voulu nous dire quelque chose d'extrêmement important et c'est pour cela qu'il le met en tête de son évangile. Il veut montrer par là comment toute l'histoire d'Israël, et par conséquent toute l'histoire de l'humanité dont Israël est en quelque sorte la portion choisie et le cœur, toute l'histoire de l'humanité vient converger vers le Christ Jésus. Et cela veut dire à la fois qu'on ne peut comprendre le Christ Jésus que si on le replace dans cet enracinement humain d'où il est sorti à travers le sein de la vierge Marie, et en même temps qu'on ne peut comprendre toute cette histoire passée de l'humanité, et tout particulièrement toute cette histoire d'Israël que nous appelons l'Ancien Testament, qu'à partir de la figure du Christ qui, de manière rétroactive, illumine toute cette histoire.

Aussi bien tous les personnages qui ont été énumérés dans cette généalogie sont ceux qui ont peuplé cette histoire de l'Ancien Testament. Quand Abraham recevait de Dieu la promesse d'une descendance nombreuse comme "les étoiles du ciel ou le sable de la mer", ce n'était pas seulement de son fils Isaac qu'il s'agissait, mais, au-delà de lui et dans sa lignée, de Celui qui serait véritablement la descendance d'Abraham. Et quand Abraham, ayant reçu ce fils Isaac contre toute espérance, malgré son grand âge et celui de son épouse Sara, quand Abraham ayant reçu ce fils dut l'offrir en sacrifice, mais que Dieu le lui rendit en arrêtant son bras, il comprenait que cet enfant qui lui était ainsi donné miraculeusement deux fois n'était pas seulement l'enfant de sa chair, c'était le don de Dieu et c'était l'annonce d'un don plus grand.

Quand Jacob bénissait Juda, comme nous l'avons entendu tout à l'heure, au milieu de ses frères, puisque c'est de Jacob que sont nés les douze patriarches, les pèreS des douze tribus d'Israël, parmi ces douze enfants, Jacob s'adressait à Juda en disant : "Tous tes frères te loueront. Devant toi s'inclineront les fils de ton père." Il le comparait à un lion, et c'est l'image du Lion de Juda que l'on appliquera plus tard au Christ, affirmant que le sceptre royal ne s'éloignerait pas de sa maison jusqu'à ce que vienne Celui à qui appartient ce sceptre, Celui à qui les peuples doivent l'obéissance, et il désignait par là, sans bien le comprendre lui-même, bien entendu, le Christ, descendant lointain de Juda, descendant de la lignée royale de Juda qui, lui, serait le roi véritable, non pas un roi terrestre, non pas un roi politique, mais le roi des cœurs, le roi du véritable royaume.

Quand Jessé mettait au monde son dernier enfant, David, le plus petit et que le prophète Samuel venait de la part de Dieu pour choisir un roi à Israël et que, négligeant les aînés qui étaient déjà des hommes forts et capables de mener la guerre, il allait choisir ce petit dernier, encore tout enfant et qui savait seulement garder les troupeaux. Quand Samuel le prophète versait l'huile de l'onction royale sur la tête de David, c'était, par avance, le geste de Jean-Baptiste versant l'eau du baptême et manifestant Jésus comme Messie à Israël qui s'accomplissait ainsi en figure.

Quand se succédait la suite des rois dont les uns étaient impies comme Manassé ou Achaz qui ne cherchaient que des réalités humaines, que des alliances diplomatiques ou qui acceptaient de quitter le culte du Dieu unique pour partager le culte des nations païennes, quand ces rois impies sont nommés dans cette généalogie du Christ, c'est tout le péché des hommes, pour lequel le Christ est venu, tout ce péché qu'il porte, lui, l'Agneau qui porte le péché du monde, c'est tout cela qui s'accumule en quelque sorte dans cette généalogie du Christ. Et il va venir dans un monde de pécheurs, lui l'enfant des pécheurs, le fils de notre péché, le fils du péché d'Adam et de tous les péchés accumulés à travers l'histoire des hommes, mais qui vient pour racheter ce péché, pour comble, le vide que ce péché a créé dans le cœur des hommes.

Puis il y avait d'autres rois qui étaient des rois "selon le cœur de Dieu" comme Ozias ou Josias, ou comme Ezéchias, ces rois qui avaient recherché le visage du Seigneur, qui l'avaient attendu. Et c'était leur attente que le Christ venait combler, c'était à leur désir qu'Il venait répondre. Parmi ces bons rois, il y avait Josias en lequel le peuple avait mis son espérance et qui, d'une façon inattendue, avait été tué dans une bataille, réduisant à néant l'espoir du peuple Plus tard c'est Zorobabel, lui aussi de lignée royale qui, après la déportation à Babylone essayera de reconstruire Jérusalem, de rebâtir le Temple, de rétablir cette monarchie issue de David et qui, lui aussi échouera et sera rejeté. A travers ce scandale de ces rois pieux rejetés, tués, négligés, qui tombent dans l'échec, se dessinera dans le cœur du peuple ce pressentiment que le juste qui souffre n'est pas simplement abandonné par Dieu, mais au contraire, dans sa souffrance, rachète à un niveau plus profond, le peuple qui lui est confié, cette découverte que la souffrance du juste peut être rédemption et rachat pour ceux qui ont besoin d'un surcroît d'amour afin de sortir de leur péché. Cette figure des rois souffrants, des justes persécutés va préparer, à travers la méditation des prophètes et des sages, va préparer la venue du Christ.

Puis il y a cette série de noms inconnus parce que, après Zorobabel, la lignée de David, en quelque sorte, s'estompe, ou plus exactement elle est noyée dans la foule. Il n'y a plus de rois en Israël et l'on ne sait même plus très bien qui est de la descendance de David. Ils font partie du peuple des simples et des pauvres, et cela aussi est très important dans la généalogie de Jésus, car c'est cette attente des petits cette attente des pauvres, cette attente des humbles que Jésus va venir combler, à laquelle Il va venir répondre.

Et parmi tous ces pauvres et ces humbles il y aura Joseph et Marie qui seront immédiatement ceux à qui sera donné Jésus, le Sauveur, le Messie, Marie qui lui donnera sa chair, Joseph qui lui donnera son nom et qui lui donnera sa descendance davidique en l'adoptant comme son enfant, après avoir Marie comme son épouse. Toutes ces générations donc qui se succèdent nous rappellent comment toute l'histoire des hommes va vers ce terme, ou plutôt vers ce centre qui est le Christ Jésus, et comment le Christ Jésus prend tout son sens en récapitulant cette histoire des hommes dans sa propre chair et dans sa propre vie, et dans sa passion et sa résurrection. Au moment où s'approche la fête de Noël, ou nous allons dans notre cœur revivre avec joie et avec amour ce don de Dieu qui nous est fait, ce don qui est Dieu Lui-même se donnant à nous, il nous est bon de réfléchir sur toute cette immense histoire qui a préparé Jésus. Notre histoire à nous n'est que la continuation de cette longue histoire, et nos générations s'ajoutent à ces générations, et même si nous sommes après le Christ, nous aussi nous avons besoin de tendre les mains vers Lui, de le désirer et de nous tourner vers Lui pour être sauvés par Lui.

 

AMEN


 
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