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QUE LA LUMIÈRE SOIT !

Ba 4, 30-37 ; Jn 12, 35-36
Ste Lucie - (13 décembre 1999)
Lundi de la troisième semaine de l'Avent
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

P

eut-être allons-nous trouver suspect de fêter sans arrêt des gens que nous ne connaissons pas et dont nous ne savons rien. Ces obscurs ancêtres, mais "ces obscurs" ne vont pas très bien à sainte Lucie, il vaut mieux dire ces lumineux ancêtres, ou ces lumineuses "ancestresses" ! qui nous précèdent sur le chemin de la foi.

J'ai ma petite idée que je vais vous partager, qui ne vaut que ce qu'elle vaut, et je vais partir de cette expérience très simple de la lumière. Ce matin spécialement, on a un mois de décembre particulière­ment lumineux, moi qui ne suis pas né en Provence, vous qui êtes nés vous le voyez moins, mais je reste extrêmement sensible à cette clarté qui n'en déplaise à certains bretons, n'a pas illuminé mes jours de Nantes, où je trouvais que souvent la pluie et les nuages gâ­chaient mon soleil intérieur.

Une expérience de lumière ! Si je ne savais rien de Dieu, de Jésus-Christ, il est fort possible que d'emblée j'aurais attribué à Dieu cette lumière. La façon dont la lumière joue sur les pierres dans les villes, épouse les contours, et la façon dont les pein­tres essaient de capter cette lumière. Cela a fasciné un nombre incroyable d'hommes et de femmes qui ont essayé par des traits de couleur, de piéger dans le re­gard, dans l'expérience émotionnelle, la lumière. Cette expérience sur le vide, puisqu'on ne peut pas le pal­per, et en même temps sur ce qui ravit d'une manière absolument incroyable, la lumière suscite la vie, elle donne la vie. Et si vous avez fait quelque voyage dans les pays nordiques, vous savez à quel point cette lu­mière qui manque finit par tuer, finit par abîmer même l'esprit de l'homme.

Il y a donc dans l'expérience de la lumière quelque chose qui d'emblée est divinisable, quelque chose qui est tellement au-delà, qu'on aurait bien en­vie de la diviniser. Mais nous connaissons Dieu et Il n'est pas la lumière, il l'a créée, elle est créature comme le reste, comme le feu, comme la terre, comme l'eau. Et c'est vrai que la Bible démythologise, démystifie le soleil qui n'est plus un dieu, mais qui est une créature. Mais l'instinct humain est si fort à mon avis que dans la tradition de l'Église jusqu'à mainte­nant, se maintiennent des envies de diviniser des ex­périences plus grandes, dont fait partie l'expérience de la lumière.

Et il y a aussi une sorte de constellation de différents phénomènes, une sainte Lucie, une autre Lucie martyre, une expérience de la lumière qui vient. On aurait envie de l'attribuer à Dieu, de la qualifier de divine, tous ces éléments-là font que la popularité l'emporte sur l'histoire et que finalement s'efface la figure réelle du monde de Lucie à Syra­cuse, peut-être simplement le point de départ de cette dévotion, mais surtout, s'ajoute à cette histoire, Madame Lucie à laquelle je faisais allusion dans ce petit passage (un nom gravé sur une pierre trouvée à Syracuse il y a quelque temps) et bien, s'ajoutent à cela un certain nombre d'éléments qui, loin de dire toute la foi chrétienne, l'alimentent. Et plutôt que d'éliminer en fustigeant ceux qui croiraient que la lumière est di­vine, elle est bien de Dieu, et elle nous dit Dieu d'une certaine manière, mais intégrée à la foi, je dirais à la foi populaire, par un certain nombre d'éléments, et Sainte Lucie fait partie de cette intégration.

Donc, nous célébrons tout à la fois, une dame, une lumineuse ancêtre, la lumière en plein milieu de l'hiver, cela fait du bien, et ces choses-là sont un peu la façon dont nous pouvons célébrer la sagesse de l'Église qui n'a pas peur d'intégrer à elle des choses qui apparemment pourraient la menacer, mais elle sait leur donner un nom.

Et je terminerai par là, que la lumière soit quelqu'un créée par Dieu, que cela lui donne cette qualité de créature, elle est quelqu'un, une personne, elle n'est pas Dieu, mais elle nous mène à Dieu. Et c'est le but des saints et des saintes, dont sainte Lucie, de nous mener à Dieu.

Que la lumière de sainte Lucie, son propre martyre, ce don de sa vie et puis même la lumière elle-même, soient ce qui nous mène à la vraie Lu­mière, vous l'avez entendu dans l'évangile, après que le Christ ait parlé de lumière, il se déroba à leurs yeux.

Il nous faut peut-être fermer les yeux sur cette lumière humaine, et pourtant baignés par cette lu­mière humaine pour découvrir plus intensément celle de Dieu.

 

 

AMEN