AU FIL DES HOMELIES

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QUESTION DE GÉNÉALOGIE !

Gn 49, 1-2+8-10 ; Mt 1, 1-17

Lundi de la troisième semaine de l'Avent – A

(17 décembre 2001)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

C

hose étrange de commencer par la fin pour inaugurer cette dernière semaine avant Noël. Chose étrange de commencer par la fin d'un livre, la Genèse, de commencer par la fin d'un homme, Jacob, qui arrive au terme de sa vie, qui a combattu, qui a souffert, qui a vécu un drame ef­froyable dans sa vie de penser que son fils bien-aimé était mort, de penser qu'il avait perdu Joseph pour toujours, chose étrange de le retrouver, chose étrange pour lui au moment de sa mort de retrouver autour de lui tous ses enfants, qui s'étaient battus, entre-déchi­rés, aimée et haïs tout à la fois. Un homme qui semble à la frontière du futur et du passé, un peu comme Jean-Baptiste, comme quelqu'un qui sait, qui pressent quelque chose qui va arriver mais qui sait aussi qu'il ne le verra pas. Il bénit chacun de ses fils en leur an­nonçant ce qui va leur arriver personnellement, mais lui, il reste en-deçà face au futur de ses enfants.

On ne réalise peut-être pas quand on a la joie d'avoir un enfant qui naît, que souvent l'enfant va grandir, tandis que nous nous vieillissons, et dans la logique des choses, nous mourons avant lui. Il y a la joie de l'enfantement, la joie de la promesse, la joie de ce futur que cet enfant va construire, tout en sachant que nous avons au fur et à mesure à le laisser aller, à le laisser grandir, à laisser cet enfant nous quitter un peu plus chaque jour.

Chose étrange que cette généalogie, où dans trois mots, un nom, et puis un autre nom, et entre les deux ce verbe : engendrer. Cette phrase nous paraît si courte, si répétitive et banale, qu'on en oublie ce qui nourrit ce mot : ces mêmes histoires que Jacob a vé­cues. On entend ainsi des noms inconnus, et il y en a beaucoup dans ce texte, on peut prendre au hasard : "Eliakim engendra Azor", il y a là comme un vide, un creux, comme quand on croise des personnes, de ne pas savoir mettre des mots derrière leur nom, de pen­ser que ces gens nous restent étrangers, alors que dans ce seul petit mot "engendrer" il y a tout la genèse, toutes ces histoires humaines qui se sont passées pour Jacob, qui se passent encore pour nous chaque jour, et qui se sont passées pour toutes ces personnes dont il est question dans la généalogie du Christ. Tous ces ancêtres...

Souvent, quand on se prépare à Noël, on se prépare à recevoir un petit enfant, qui vient habiter ce monde. Mais Dieu qui se fait chair, qui vient habiter au milieu des hommes, Il ne se contente pas de pren­dre chair humaine, mais Il habite un nom : Jésus, et Il habite non seulement ce prénom, mais Il habite toute une famille, toute une histoire, des drames, des joies. Et là aussi, paradoxalement, la généalogie de Jésus est différente de cette généalogie que nous avons lu. La généalogie de Jésus c'est celle qui va s'ouvrir au mo­ment de sa mort. Un peu comme Jacob qui meurt et amène tous ses enfants pour les bénir. Jésus en tant qu'homme va mourir, finir en quelque sorte une cer­taine généalogie pour en ouvrir un autre, ouvrir la généalogie des enfants de Dieu, une généalogie où nous sommes tous inscrits dans ce livre, le Livre des vivants, le Livre qui au moment de notre fin nous ouvrira vers un nouveau commencement, vers une nouvelle naissance.

 

 

AMEN

 

 
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