AU FIL DES HOMELIES

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L’AUTORITÉ DE LA VÉRITÉ

Ba 4, 21-29 ; Mt 21, 23-27

Lundi de la troisième semaine de l’Avent – B

(12 décembre 2005)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

I

l ne suffit pas qu’une parole soit vraie pour qu’elle soit comprise et entendue. On pourrait croire que la simple autorité de la vérité est suffisante et devrait convaincre. Il s’avère qu’il y a un autre problème qui est celui-ci : pour qu’une parole soit entendue et comprise, il faut qu’elle soit adaptée à celui qui l’écoute. Il est certain que la pertinence de la parole est fondée sur la vérité, mais encore faut-il que celui qui est en soi, l’interlocuteur, puisse la recevoir.

Nombreuses paroles lourdes de vérité sont passées à côté de nous sans que nous les ayons entendues, sans qu’elles soient venues frapper l’intelligence et notre cœur. Pourquoi ? Parce que cela fonctionne ainsi entre les humains, il y a non seulement l’envoi du message, mais il faut que l’envoyeur ait travaillé le contenu et la forme du message pour être sûr que le contenu et la forme seront entendus par celui à qui cette parole est destinée. Et dans le cadre de l’évangile, Jésus sait à l’avance que s’Il dit la vérité, elle ne peut être entendue par l’autre, donc Il les renvoie simplement, d’ailleurs un montage assez pervers dans lequel Il a été enfermé, mais Il boucle, comme Il le fait souvent, quand Il sait que sa Parole ne peut pas être entendue, Il les renvoie à eux-mêmes, en ouvrant une brèche pour qu’ils formulent autrement la question. Cette autre formulation, cette autre possibilité qui porte sur l’autorité, éventuellement les conduirait à entendre une vraie parole de vérité.

Quand nous avons nous-mêmes à parler, quand nous avons à prêcher l’évangile, il ne s’agit pas simplement d’asséner l’évangile, parce que c’est l’évangile et que cela suffirait, il faut travailler aussi. Saint Paul le dit aussi quand il parle du lait qui a été donné pour les nouveaux-nés parce qu’ils ne sont pas encore capables de recevoir des aliments solides. Il en est de même pour l’évangile, ce que l’évangile représente et cette force de vérité qu’il est et en même temps, il y a à travailler la voix de cette parole pour qu’elle soit reçue. Il y a des moments où cette parole-là, bien que vraie, n’adhère pas ou ne peut pas être reçue par l’autre.

Nous avons là tout le problème de la manière dont Jésus, le Verbe de Dieu, à la fois ne convainc pas ses interlocuteurs, et il y a comme une surdité confirmée. Moins on entend, et moins on veut entendre. Donc, le jeu des paroles entre nous, c’est à la fois réserver une place à l’avance qui permet le crédit : ce que tu vas dire, je pense à l’avance que cela va me concerner et être la vérité, et dans ce cas-là, je t’écoute. C’est ce que vous avez fait pour ce sermon : si vous avez considéré à l’avance que ce que j’allais dire n’a aucun intérêt, vous n’avez pas écouté mon sermon et vous n’arrivez qu’à la fin, trop tard. Mais si vous avez prêté une quelconque attention en disant : il doit dire quelque vérité. Vous avez donc laissé une place à l’intérieur de vous, en supposant que si ce n’était pas mon intelligence, c’était au moins la vérité qui fondait la parole que j’avais à vous dire. C’est bien cette place première que nous faisons à l’autre qui crédite l’autorité que nous lui accordons, du moins pendant le temps de la parole. Mais si nous ne lui accordons pas cette autorité, nous pensons que ce qu’il dit, même si c’est vrai, nous ne pouvons pas l’entendre.

Il y a donc un enjeu permanent dans la parole et qu’il ne s’agit pas simplement de dire les choses. Jésus se refuse à rentrer dans ce chantage. Il faut après travailler l’impact de la parole, la manière dont cette parole va être reçue à tel moment par telle personne, et nous-mêmes, nous sommes souvent passés à côté de paroles qui auraient forcément bénéfiques pour nous, mais nous n’avons pas accordé l’autorité à ces paroles qui nous ont été présentées. Jésus, et Dieu à travers Jésus, ne se lasse pas de renouveler la proposition de parole, de vérité et de salut à chaque homme, et à nous, de proposer et offrir la surface d’accueil de cette parole pour que justement, elle puisse être entendue et nous transformer. Il n’y a pas simplement le fait de parler, de dire des choses vraies, il faut que l’autre croie à l’avance que le contenu le concerne et soit plein de vérité pour lui.

C’est cela l’autorité de la vérité. Elle est aussi dans la manière dont cette parole vise avec pertinence la personne à qui cette parole est adressée, et non seulement vise, mais sans aucune violence, trouve l’accueil nécessaire pour que cette parole devienne une vie.

 

AMEN

 

 

 
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