AU FIL DES HOMELIES

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SUBTILE CONTROVERSE

Ba 4, 21-29 ; Mt 21, 23-27

Lundi de la troisième semaine de l'Avent – B

(12 décembre 2011)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Quelle est la bonne réponse ?

L

e baptême de Jean, d'où venait-il ?" Frères et sœurs, cette polémique de Jésus avec les docteurs, les pharisiens et peut-être quelques autorités théologiques du temple de Jérusalem, est extrêmement intéressante.

Le problème est le suivant : on veut obtenir de Jésus une parole qui le compromette vis-à-vis des critères de la tradition juive officielle, celle du temple. Evidemment, la question est piégée, car si on lui demande par quelle autorité il fait cela, et que Jésus répond : par mon autorité, ou par l'autorité de Dieu, il est brûlé dans les deux cas. S'il répond : son autorité, il se donne une autorité supérieure à celle des autorités du temple, et s'il répond : par l'autorité de Dieu, on va lui rétorquer immédiatement qu'il s'attribue à lui-même l'autorité divine qui dépasse largement ce qu'il peut demander.

Par conséquent, la question est de toute façon piégée. Quelle que soit la réponse que donnerait Jésus, il serait pris dans les mailles du réseau d'enquête des prêtres de Jérusalem pour savoir ce qu'il en est de son enseignement, de son statut, et de la manière même dont il peut exercer une influence sur le peuple. On peut toujours imaginer que Jésus ait dit : Je fais cela par l'autorité de mon Père. A ce moment-là, il accélère le processus par lequel il allait être condamné. D'ailleurs, cela ne tardera pas trop puisqu'à un moment donné, il va parler et agir contre le temple. Ce sera clair aux yeux des mêmes autorités.

Ce qui est intéressant, c'est que Jésus répond de façon très habile. Il renvoie au baptême de Jean. Jésus sait que le baptême de Jean a pris une très grande importance dans le milieu juif officiel, puisqu'à plusieurs reprises on a envoyé des autorités contrôler ce que faisait Jean. D'autre part Jean est fils d'un prêtre, il est lié au milieu sacerdotal de Jérusalem, on l'a connu plus jeune, car normalement, Jean, s'il était fils unique de Zacharie, ce qui semble bien être le cas, il aurait dû être prêtre. Il n'avait pas le choix, il fallait qu'il exerce le sacerdoce, or il ne l'a pas exercé, détail important.

Jésus sait que le baptême de Jean a été interprété diversement, que finalement ce ne sont pas les autorités du temple qui ont inquiété Jean, mais ce sont les autorités politiques, c'est Hérode, à cause des reproches de Jean concernant sa conduite. Les grands prêtres étaient soulagés, puisque Jean avait été éliminé par Hérode, et eux ne voulaient pas savoir si c'était de façon juste ou injuste.

Mais Jésus leur ramène la question : en fait, vous n'avez jamais tranché le problème de l'autorité du baptême de Jean ? Cela reste entier … Étiez-vous pour ou contre ? Là, le raisonnement de ceux qui l'interrogent est très révélateur. S'il répond : du ciel, alors, cela n'exclut pas que Jésus baptise au nom du ciel. Si Jean l'a fait, pourquoi Jésus ne le ferai-il pas ? D'autre part, s'ils disent que Jean l'a fait de sa propre autorité, comme Jean avait un très grand prestige auprès de la foule et qu'on avait cru qu'il était l'envoyé de Dieu, à ce moment-là les autorités risquaient de se mettre la population à dos.

C'est là que Jésus montre l'incapacité que les prêtres ont de juger la situation. Il leur dit : je sais bien que vous n'allez pas oser répondre, pourquoi ? Parce que votre critère de jugement est uniquement opportuniste. Pour Jean vous ne voulez pas répondre parce que vous avez peur, pourtant, il est mort, mais vous avez peur de vous compromettre vis-à-vis de la foule. Donc, puisque vous n'êtes pas capables de juger autrement qu'en fonction de ce qui vous arrange ou de ce qui vous est utile, moi non plus, je ne vous réponds pas ! C'est une manière de procéder extrêmement subtile qui consiste à dire : pour juger d'une cause religieuse, il ne suffit pas d'avoir des galons sur les épaules, il ne suffit pas d'avoir un titre, il faut avoir la capacité de juger et justement, vous ne l'avez pas.

La parole de Jésus est encore plus sévère que s'il avait répondu en disant : du ciel. Cette parole met ces autorités qui l'interrogent face à leur incapacité. Ils croient avoir autorité sur le peuple, mais ils ne sont même pas capables de juger d'un phénomène comme le baptême de Jean qui finalement n'est pas tout à fait l'équivalent de celui que Jésus a fait. A fortiori, Jésus leur dit : si vous ne pouvez pas juger sur Jean, vous ne pouvez pas non plus juger sur moi. Jésus les met devant une radicale incapacité parce que le problème ne se pose pas de cette façon. Jésus montre déjà pour Jean qu'il pouvait agir sans l'autorité du sacerdoce de Jérusalem et c'est évidemment terrible pour eux. C'était quelque chose qui, aux yeux des autorités, était quasiment impardonnable : je vous refuse la capacité de juger.

Frères et sœurs, cela pose pas mal de questions. Nous-mêmes, comment exerçons-nous notre jugement en matière religieuse ? Est-ce que nous n'avons pas de temps en temps la même réaction que les grands prêtres en jugeant une question que nous nous posons du point de vue religieux en fonction d'intérêt, peut-être pas aussi calculé que ceux des grands prêtres, mais en fonction de nos petits intérêts personnels ? Donc, la manière dont tel ou tel fait de l'actualité, de l'Église, de la vie chrétienne, de notre propre vie personnelle nous apparaissent comme des choses dont on peut juger simplement si cela nous arrange ou si cela ne nous arrange pas. La question que renvoie Jésus, il ne la renvoie pas simplement aux pharisiens, c'est une question radicale : quand on juge de problèmes religieux, est-ce qu'on a véritablement non seulement l'apparence d'une autorité compétente, experte ? Mais est-ce qu'on a aussi l'ouverture et l'accueil d'esprit suffisant pour pouvoir juger. En réalité, ce que Jésus dénonce dans le comportement des autorités qui l'interrogent, c'est l'incrédulité, c'est le fait de croire que les questions religieuses se résolvent ou s'éclairent uniquement à partir de l'autorité extérieure. Ce n'est pas vrai. Cela renvoie au jugement intérieur de la foi et lui, à ce moment-là, échappe purement et simplement à un discours d'autorité.

 

AMEN

 

 

 

 

 

 

 
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