AU FIL DES HOMELIES

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UNE ÂNESSE ENTÊTÉE !

Nb 24, 2-7+15-17

(16 décembre 1985)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Je l'aperçois …  

L

es deux textes d'aujourd'hui sont en général mal connus. Le passage d'évangile se situe immédiatement avant la résurrection de Lazare et c'est un ultime témoignage de Jésus à la prédication de Jean-Baptiste. Jésus, sentant que la tension entre les Juifs et Lui va croissant, et dans quelques jours seulement ce sera le complot des grands prêtres pour se saisir de Jésus qui déclenchera tout le processus de la Passion, Jésus se retire au-delà du Jourdain à l'endroit même où Jean-Baptiste baptisait. C'est l'occasion de nous dire que beaucoup viennent à Jésus. Et constatant que si Jean-Baptiste n'a pas accompli de prodiges ni de miracles il a fait bien davantage, il a dit au sujet de Jésus "tout ce qui était vrai" beaucoup, aux portes de la Passion, croient en Jésus.

       Ainsi donc le témoignage de Jean-Baptiste rendu au Messie, à la venue du Christ, a accompagné le Christ jusqu'aux portes de sa Passion et là même, sur le souvenir de la parole de Jean qui était déjà mort, beaucoup crurent en Jésus. Précieux verset qui nous montre l'importance de l'influence de Jean-Baptiste, ce Jean-Baptiste qui remplit notre cœur et notre esprit pendant ce temps de l'Avent et dont le témoignage a si profondément atteint le cœur des foules. Nous verrons même plus tard que saint Paul, évangélisant l'Asie jusqu'à la ville d'Ephèse, y trouvera des disciples de Jean-Baptiste. C'est dire l'extraordinaire rayonnement de la prédication de ce "dernier des prophètes", du "plus grand des prophètes.

       Et le livre des Nombres nous parle d'un autre prophète lui aussi très peu connu dont l'existence remonte très loin dans l'histoire. Balaam est ce prophète que nous connaissons par l'imagerie populaire à cause de son ânesse. Balaam, prophète de Dieu, était assez sensible à l'argent et quand le roi Balaq, ennemi d'Israël voulait le faire prophétiser contre Israël pour obtenir la victoire, Balaam s'est laissé appâter par la somme que le roi Balaq lui offrait. Il a enfourché sa monture, son ânesse pour se rendre sur le lieu de bataille et pouvoir, du haut de la montagne, prophétiser en faveur de Balaq et pour l'écrasement des troupes d'Israël. Mais voilà que sur le chemin un ange de Dieu vient barrer la route. Balaam aveuglé par son amour de l'argent ne voit rien, mais l'ânesse voit l'ange de Dieu et elle refuse d'avancer. A plusieurs reprises, Balaam essaie de lui faire franchir cet obstacle qui pour lui n'existe pas. Finalement l'ange se manifeste à lui et lui dit : "Ton ânesse a plus le sens de Dieu que toi, car elle a été capable de voir le signe de l'ange qui lui barrait le chemin, alors que toi tu ne te rends pas compte que par ton avarice et ta rapacité tu vas contre la volonté de Dieu dont tu es le Prophète". Aussi bien, quand Balaam arrivera sur le champ de bataille et que le roi Balaq lui remettra les sommes prévues pour maudire Israël, Dieu mettra dans sa bouche les paroles de bénédiction que nous avons lues tout à l'heure. C'est un oracle très très vieux, dont la formulation est encore obscure, un des plus anciens oracles concernant le Messie : "Que tes tentes sont belles, Jacob, et tes demeures, Israël ! Elles sont comme des vallées qui s'étendent, comme des jardins au bord d'un fleuve. Un héros grandit dans ta descendance. Il dominera sur des peuples nombreux. Il sera un roi plus grand qu'Agag et sa royauté s'élève. Je l'aperçois mais pas pour maintenant. Je l'entrevois, mais c'est de loin. Un Astre issu de Jacob se lève. Un sceptre devient chef issu d'Israël."

       Cet astre, la tradition chrétienne y a reconnu la préfiguration de l'étoile qui conduira les mages jusqu'à Jésus, mais cette étoile elle-même n'était que le signe du véritable soleil levant qui est Jésus Lui-même venu illuminer le monde, illuminer toutes les nations, illuminer tous les cœurs de tous les hommes de tous les temps. Il est précieux de recueillir dans la Bible ces témoignages si anciens, ces témoignages si obscurs parce que ceux qui les ont portés ne pouvaient absolument pas comprendre de quoi ils parlaient. Et pourtant, sous l'impulsion de l'Esprit de Dieu, ils annonçaient le Messie. Nous nous rendons compte ainsi comme cette venue du Christ a été longuement préparée, à travers toute la mémoire d'Israël par ces paroles prophétiques qui, peu à peu, façonnaient, préparaient les cœurs d'Israël à cette venue de son Seigneur.

       Ces paroles s'adressent aussi à nous pour préparer notre cœur. Il faut que nous ayons le cœur moins dur que Balaam, le cœur moins dur que le peuple d'Israël qui, malgré tous ces oracles prophétiques n'a pas su reconnaître le Messie quand Il est venu. Est-ce que nous savons reconnaître le Christ quand Il vient vers nous, car Il ne cesse de venir. Il vient tous les jours dans notre vie, Il vient sans cesse à notre rencontre à travers les évènements à travers nos frères qui sont, Il nous l'a dit Lui-même, sa propre présence.

       Que ces quelques jours qui nous séparent de Noël soient pour nous l'occasion d'ouvrir les yeux comme Balaam qui se vantait d'être "l'homme au regard pénétrant". Puissions-nous voir ce que Shaddaï le Tout Puissant fait voir, son visage dans nos frères et le reconnaître dans cette eucharistie où Il nous appelle et nous invite.

       AMEN


 
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