AU FIL DES HOMELIES

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PROPHÉTIE DE BALAAM

Nb 24, 2-7+15-17

(16 décembre 1991)

Homélie du Frère Jean-François NOËL

 

Serrabone : Lions affrontés 

L

'histoire dont nous avons entendu un extrait dans le livre des Nombres relate celle de deux personnages Balaq et Balaam. Elle est à la fois étrange et dramatique. Balaam est un prophète païen, devin du bord de l'Euphrate à qui Balaq roi de Moab demande de maudire Israël. Avant d'attaquer Israël Balaq veut obtenir l'autorisation des divinités qu'il vénère et convoque le devin pour que les oracles qui précèdent son attaque lui soient favorables et prévoient déjà la victoire finale. Or Balaam est comme contraint de l'intérieur, malgré les richesses que lui propose Balaq, de livrer la parole qui vient de son cœur et qu'il affirme venir du Seigneur d'Israël, du père d'Abraham, d'Isaac et de Jacob. Curieusement, avant de prendre acte qu'il devient prophète d'Israël, ce qu'il ne sera jamais d'ailleurs, il tente d'obéir aux ordres impératifs de la Parole de Dieu qui prend possession de lui. Dieu lui demande de partir pour Israël ce qu'il fait sur son ânesse avec deux de ses garçons. Or sur un chemin assez étroit, un ange se tient l'épée à la main et empêche l'ânesse de passer. Balaam insiste car il ne voit pas l'ange. Une première fois l'ânesse passe tout prés d'un mur et râpe le pied de Balaam ce qui le met en colère et il frappe sa monture. Une deuxième l'ânesse se précipite dans les vignes et le pauvre Balaam a les pieds écorchés par les sarments. Une troisième fois, l'ânesse en a marre de voir l'ange alors que Balaam ne le voit pas et elle se couche carrément sur place et laisse Balaam taper sur elle comme un sourd. Alors, Dieu plein d'humour donne la parole à l'ânesse qui dit à Balaam : "Que t'ai-je fait pour que tu m'aies battue ainsi ? Ai-je l'habitude d'agir ainsi envers toi ?" Alors Dieu ouvre les yeux de Balaam qui voit l'ange son épée nue à la main.

       La phrase intéressante de ce texte merveilleux et curieux est celle de Dieu : "Sans Moi la route n'a pas de sens. Ta voie est funeste". Si tu ne suis pas la route que je te propose, le chemin que tu prends n'aboutit pas, n'a pas de fin, n'a pas d'issue. Balaq reconvoque Balaam pour lui demander des oracles sur Israël. A chaque fois Balaam est contraint de décrire un Israël victorieux. C'est le passage que nous avons entendu aujourd'hui et qui comporte un certain nombre de comparaisons que nous pouvons entendre non seulement pour l'Israël choisi par Dieu mais plus encore pour l'Église que nous formons. Car il s'agit là, de la part d'un prophète païen, d'un oracle sur l'Église qui se construit autour de son Messie. "Il surgit comme un lion, il ne se couche pas qu'il n'ait dévoré sa proie. Il s'est accroupi, il s'est couché comme un lion, comme une lionne : qui le fera lever ?"

       Ainsi Israël, l'Église, est comparé à la fois à la force, à la puissance du lion, ailleurs on le comparera à un buffle, et à un lion qui s'est accroupi, qui s'est couché. J'aime voir dans cette image de ce lion accroupi comme la force en attente, comme la force encore paisible, prête à bondir mais qui est là comme contenue. D'ailleurs cet oracle se déploie et se précise lorsque Balaam ajoute : "Un astre issu de Jacob devient chef, un sceptre se lève issu d'Israël. Je le vois mais non pour maintenant, je l'aperçois mais non de près." Cette force contenue, cette force potentielle, cette puissance d'un lion prêt à l'attaque mais qui est là comme au repos, les yeux aux aguets, c'est celle de l'Église telle que Dieu la désire. Elle contient en elle cette promesse, cette puissance divine qui pour l'instant est comme au repos, est comme cachée, comme contenue et qui est la promesse de l'astre qui se lève, celle de l'avènement du Messie. Alors nous pouvons entendre ce texte pour maintenant en préparant Noël, l'avènement du Christ qui va venir déployer la puissance de la Rédemption en ce monde. Mais ce texte est plus large et nous pouvons l'entendre comme une attente de la fin des temps car l'Église est à la fois ce lion attentif et couché qui ne peut pas déployer complètement sa force mais qui la contient en lui ou ce buffle qui peut courir dans les steppes en écrasant tout ce qui se trouve sous ses sabots et cet Astre qui se lève. Trois images qui permettent de découvrir ce qu'est notre Église en marche vers son Seigneur.

       Alors en entendant ces oracles anciens et apparemment merveilleux sachons qu'ils disent la vérité de notre Église telle qu'elle devrait se voir à l'extérieur comme Balaam la voyait de l'extérieur. Demandons au Seigneur qu'à travers son Église se lise cette puissance contenue, cette puissance paisible qui est la puissance de la Rédemption du Christ venant sauver tous les hommes.

       AMEN


 

 
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