AU FIL DES HOMELIES

Photos

Nombres 24, 2-7 + 15-17 ; Jean 5, 33-36

Lundi de la troisième semaine de l'Avent – A

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Balaam - Arles

F

rères et sœurs, vous avez peut-être été étonnés par la violence et la cruauté du texte du livre des Nombres que nous avons entendu. Nous avons là un de ces morceaux de bravoure de l'Ancien Testament où l'on se réjouit à massacrer et à compter le nombre des victimes. C'est assez fréquent, et nous sommes toujours un peu étonnés nous, chrétiens, qui nous réclamons d'un maître qui a toujours dit qu'il fallait tendre la joue gauche à qui te frappait sur la joue droite ! Ce sont des oracles de vengeance, Israël ayant subi un tel sort de la part de ses ennemis, il faut qu'il soit vengé et que les ennemis reçoivent le salaire de ce qu'ils ont fait ! Le pire de tout, c'est que l'on applique cet oracle à la destinée du Messie.

Cet oracle de Balaam qui est assez étrange vient d'un prophète païen. A cette époque-là le prophétisme n'était pas une spécialité d'Israël, c'était un métier d'accompagnateur, de conseiller technique royal. Le roi était Balak, l'ennemi juré d'Israël. Quand le roi partait en guerre, il emmenait ses prophètes parce qu'il fallait savoir si c'était le bon moment pour livrer la bataille. A longueur de pages de l'Ancien Testament, les prophètes jouent ce rôle de conseiller. Il y avait des vrais et des faux prophètes qui travaillaient sans filet c'était un métier très dangereux. Balak était décidé à attaquer Israël qui séjournait dans les parages. On était avant l'installation et la conquête. Il emmène son prophète sur les hauteurs de Moab pour maudire Israël. C'est la stratégie habituelle, on commence par les injures, ce qui donne le moral aux troupes. Le prophète est donc mandaté pour dire des horreurs sur l'ennemi pour le décourager et le désespérer, et ensuite, le frapper. Or, le prophète refuse de prophétiser des malheurs sur Israël, il démissionne. Poussé par Balak à donner quand même un oracle, Balaam donne un oracle exactement inverse à ce que le roi attendait. Il prophétise la naissance d'une figure royale qu'il compare au lever d'une étoile. Pour montrer que cette étoile naissante au Moyen-Orient va être très efficace, on explique que cette étoile montante va fracasser le tête des ennemis.

Pour manifester le salut, comme Israël vit sous l'oppression des peuples alentour, il n'y a pas le choix : ou bien il est écrasé, ou bien c'est lui qui écrase. Il n'y avait pas de négociations possibles. Pour montrer que Dieu avait suscité un Messie, la première chose qu'il fallait prophétiser sur lui, c'était qu'il allait nous débarrasser des ennemis. D'où la présentation de tous les clichés de la guerre, de la victoire et de l'action militaire sont mis en œuvre par le prophète. Quand on avait remporté la bataille on terminait par nettoyage ethnique vigoureux. C'est très choquant. Le problème de l'oracle lui-même c'est l'affirmation que ce Messie sera sauveur. Il se lève comme un astre, comme un signe d'espérance, et ensuite, il accomplira son travail pour donner à son peuple la véritable liberté, la marche de manœuvre pour qu'il puisse vivre selon le salut de Dieu.

Le problème de la figure messianique à l'époque de Jésus n'était pas réglé, il est toujours intégré dans un contexte de métaphore et de symbolique militaires : dans la guerre, on ne fait pas de quartier. Si l'on gagne, on tue, si l'on perd, on est tué.

Frères et sœurs, pour nous aujourd'hui la conception du Messie et du salut a évolué, mais sur le fond, cela reste quand même la même chose. Etre sauvé, c'est ne pas mourir, c'est la première perception du salut. Si dans la Bible, on a pu élaborer une telle théologie du Messie, c'est que l'arrière-fond c'est la mortalité de l'homme. Donc, il faut quelqu'un pour mettre à mort la mort. Cela commence par les oracles de Balaam en faveur d'Israël et cela se termine par le cri de saint Paul : "O mort, où est ta victoire ?" La mort a été terrassée par la mort du Christ.

AMEN

 

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public