AU FIL DES HOMELIES

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LES MANIÈRES DE FAIRE DE DIEU

Ml 3, 1-4+23-24

(18 décembre 2001)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

E

n ces derniers jours avant Noël, nous fréquentons les textes de la frontière, les textes qui marquent la bordure de l'arrivée de Dieu? Et le texte de Malachie que nous avons entendu est un texte très puissant, très virulent, qui annonce ce Jour du Seigneur, ce Soleil de Justice, qui sera d'ailleurs un des noms donné au Christ. A la fois Jour terrible, et Jour merveilleux.

Chaque fois que Dieu s'approche, il provoque cette crainte, et il fait qu'il démonte la crainte et la peur que sa présence suscite. On ne peut pas s'approcher de Dieu comme ça, l'air de rien, il n'y a pas un bon côté de Dieu qui nous permettrait de l'aborder sans crainte. La crainte est le premier instinct qui saisit tous ceux qui s'approchent de Dieu. Et Dieu défait, transforme cette crainte-là. Mais l'intensité de Dieu provoque cette crainte, et provoque ce Jour terrible. Et pourtant, ce jour terrible s'inscrit très doucement dans des choses très quotidiennes. Le fait que Zacharie soit choisi pour le service du Temple fait partie du tirage et n'a rien d'extraordinaire, le fait qu'il s'attarde un peu dans le sanctuaire et en perde la voix, ne relève pas d'un évènement surnaturel qui d'ailleurs aurait défrayé la chronique, le fait que sa femme qui est bien avancée en âge soit enceinte a peut-être fait rire les voisins, en fait, tout cela a l'air très nivelé, presque caché. Il y a une sorte de pudeur, très contrastée par rapport à l'annonce de Malachie, à l'annonce de ce jour merveilleux, la façon dont ce Jour de Dieu avance dans les jours des hommes. Dieu laisse traîner des indices qui pourraient être confondus et pris pour des choses banales de la vie quotidiennes.

       Cela me paraît important la façon dont Dieu amorce parfois cette manière dont Il va venir incognito. A la fois la voix puissante des prophètes a fait entendre l'attente du peuple, le désir que les cieux se déchirent, et ce Jour terrible dont Malachie est le porte-parole. Et puis, derrière se prépare comme en discontinuité la façon dont Dieu va venir et répondre à cette attente profonde de l'homme, en laissant le risque que nous puissions confondre les indices, de ne pas le reconnaître. Après tout, les choses sont pleines de surnaturel latentes, et en même temps elles sont bien cachées jusqu'à la crèche. Il y a un anonymat que Dieu choisit, plus qu'une discrétion, qui est la manière dont Dieu va inscrire profondément sa vie dans la vie des hommes, dans notre vie.

       Nos sens sont amenés comme ceux de Zacharie, à être perturbés, il voit, mais ne peut plus parler, bien que si droit et irréprochable, comme le dit le début du texte, il n'a pas la foi, et il perd quelque chose de lui au contact de cette demande de Dieu quand il dit : "A quoi connaîtrai-je cela ?" C'est d'ailleurs une question que l'on retrouve à différents endroits dans l'Ancien Testament, Abraham lui-même prononce quasiment la même chose devant Dieu quand Dieu lui propose le salut. Cette question est plus qu'une surprise, c'est un recul de la part de l'homme. Pierre lui-même à son tour, aura cette phrase de recul. Et Dieu ne condamne pas l'homme, mais Il condamne fortement ce recul, Il rattrape en quelque sorte cet homme, Il le met au silence, mais Il le tient.

       Cette manière de Dieu, cette façon de faire peut nous aider à comprendre comment Dieu en nos vies agit peut-être aussi à la fois avec des indices si bien cachés, et en même temps, Il nous tient et nous serre. Il ne nous réduit sans doute pas au silence, mais il nous tient pour nous emmener à l'indice suivant qui montrera à la fois sa puissance, et sa discrétion, la manière dont Dieu à la fois vient totalement, et en même temps la façon dont Dieu se cache dans nos vies.

       AMEN


 
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